Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Elle a un nom de famille prédestiné : Labonté. À un moment dans notre histoire collective où bien des gens en ont besoin, Johanne répand sa bonté en offrant des desserts maison et des cartes-cadeau d’épicerie à des familles et autres personnes dans le besoin.

« J’ai commencé par faire des biscuits pour les membres de ma famille qui étaient débordés, et ça a eu un succès fou, explique-t-elle. J’ai eu envie d’aider à plus grande échelle. J’ai donc publié mon offre d’aide sur Facebook. Quatre familles et une banque alimentaire m’ont répondu. »

Depuis, celle qui a toujours aimé cuisiner prépare principalement des desserts « parce que ça fait vraiment plaisir ». Elle paie les ingrédients et les cartes d’épicerie en partie de sa poche, mais aussi avec les dons que lui font amis et connaissances touchés par son geste. Tous les jours, elle publie sur Facebook des photos de ses créations, pour que ces généreux donateurs voient ce que leur argent a acheté.

J’en donne plus que j’en reçois, mais ça me fait plaisir. Des fois, c’est égoïste de donner, tellement ça procure un sentiment merveilleux. C’est aussi à moi-même que je fais du bien en ce moment !

Johanne Labonté

Depuis deux semaines, une dame du centre d’aide et de réinsertion CARE Montréal passe chez elle pour cueillir les précieuses denrées, tous les après-midi. La pâtissière autodidacte a cuisiné, entre autres, un décadent gâteau au chocolat et un pouding chômeur format extralarge pour une famille de sept qui n’avait plus de quoi s’alimenter. Ses tartes au sucre font fureur. La semaine dernière, Pâques oblige, les brioches du carême étaient aussi au menu.

Il faut dire que Johanne Labonté a l’habitude d’être productive en cuisine. Quand sa fille est devenue maman, elle a cuisiné son lot de petits plats à réchauffer. Le mot s’est passé et, au sommet de sa carrière involontaire de « traiteur », elle cuisinait pour une trentaine de familles !

Une femme d’action

Johanne n’a jamais été le genre de personne à se tourner les pouces. Elle est toujours prête à aider. À preuve, ses vacances au Mexique l’hiver dernier : entre deux séances de bronzette, elle a donné un coup de main dans la clinique locale de stérilisation animale, organisé des sorties de groupe dans des villages reculés et réuni la communauté de Québécois de Melaque à la table de son petit appartement.

« Je suis une personne très active, confirme-t-elle. Depuis 15 ans, je fais partie d’un groupe d’amis qui jouent au badminton chaque semaine, l’hiver, et au volleyball, l’été. » Alors qu’elle approchait la cinquantaine, la mère de deux grands enfants s’était mise au taekwondo. Une douzaine d’années plus tard, elle obtenait sa ceinture noire. « Je m’entraînais trois heures par jour, six fois par semaine. »

Avant que tous les gymnases et écoles de la ville ne ferment leurs portes, c’était à son tour d’entraîner des mini-athlètes de 3 ans et plus. Sa petite-fille, qui a aujourd’hui 7 ans, a commencé le taekwondo avec elle à 2 ans et demi. Elle lui manque d’ailleurs beaucoup. Le séjour mexicain de Johanne, suivi d’une quarantaine, puis le confinement les empêchent de se voir depuis trois mois. Mais grand-maman est loin de se plaindre. La santé avant tout ! Elle n’a d’ailleurs plus aucune patience pour ceux et celles qui ne respectent pas les consignes de santé et sécurité.

Partie de loin

Née dans Hochelaga, au sein d’une famille de neuf enfants, celle qui possède aujourd’hui un triplex dans Rosemont n’a pas grandi dans la ouate. « Petits, on a eu des périodes très difficiles. Mes parents en ont bavé. Aujourd’hui, ils sont à l’aise, parce qu’ils ont travaillé fort comme entrepreneurs. »

Johanne, elle, a commencé sa vie professionnelle aux commandites des Expos de Montréal. « Rodger [Brulotte] et moi invitions Céline Dion à venir chanter les hymnes nationaux à quelques reprises durant la saison. Elle avait 14 ans », se souvient-elle.

Puis, après un bref mandat au Cirque du Soleil, elle a passé les 25 années suivantes dans le milieu de la mode, à s’occuper du développement international de marques québécoises comme Joseph Ribkoff, Farouche et Parasuco.

Ce boulot lui a permis de voyager dans plus de 50 pays, une chance inespérée, mais qui n’était pas toujours facile à conjuguer avec son statut de mère seule. Alors que ses enfants n’avaient que 11 et 5 ans, leur père, le boxeur Mario Cusson, est mort. Dire que ça n’a pas été un moment facile dans la vie de Johanne et de ses petits serait, bien sûr, un euphémisme.

« Mais je suis le genre de personne qui a toujours les yeux rivés sur la solution. Mes amis diraient que j’ai le bonheur facile. Moi, je dis que c’est aussi un choix qu’on fait dans la vie, quand on en a les moyens. Chercher la solution plutôt que de s’apitoyer sur son sort, c’est déjà un pas dans la bonne direction.

« Aujourd’hui, j’aime la vie et je la trouve belle. Le sera-t-elle encore plus dans l’après-COVID ? Est-ce qu’on réussira à l’apprécier davantage ? Je l’espère. »

QUESTIONNAIRE BONHEUR… AU TEMPS DU CORONAVIRUS

Quelle musique écoutes-tu pour te mettre de bonne humeur ?

J’écoute beaucoup de musique. Ça varie selon l’activité que je fais. Plus rythmée le matin lorsque je m’entraîne. J’écoute Charles Aznavour depuis toujours. Zaz aussi. Du soft rock pour cuisiner. Finalement, un peu de tout !

Et qu’est-ce que tu regardes ?

J’aime regarder des comédies comme The Kominsky Method et Shameless. Je suis une adepte des séries américaines Chicago Fire et Grey’s Anatomy. Et, comme beaucoup de personnes, je suis accro à District 31 ! Côté cinéma, j’aime les films à suspense et les drames, puis les documentaires et histoires de faits vécus.

Qu’est-ce que la crise t’a appris de positif sur l’humanité ?

Notre capacité d’entraide. Avec mon projet d’entraide alimentaire, j’ai reçu des dons de personnes près de moi mais aussi de gens qui me connaissent peu. C’est touchant de voir la confiance dont les gens font preuve et le résultat de cette entraide.