Avec le gouvernement de François Legault qui veut stimuler l’achat local, deux entrepreneurs et Dragons — Isabèle Chevalier et Georges Karam — lanceront plus tôt que prévu le site transactionnel Mazonequebec.com. Mais en période de confinement, est-ce acceptable d’un point de vue éthique de commander en ligne des produits québécois non essentiels ? 

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

« S’il y a une chose que la COVID-19 peut apporter aux Québécois, c’est de changer notre façon de consommer », lance l’entrepreneure Isabèle Chevalier, qui lancera sous peu avec Georges Karam — son collègue de l’émission Dans l’œil du dragon — le site web transactionnel Mazonequebec.com.

L’objectif ? Rivaliser avec Amazon, rien de moins. « Avec un service simple et efficace. »

« Pour favoriser l’achat local, il faut des outils faciles d’accès. Les gens doivent trouver rapidement des réponses à leurs besoins », dit Isabèle Chevalier, qui est à la tête de Bio-K+.

Dimanche, le gouvernement de François Legault a annoncé la création du Panier bleu, un répertoire d’entreprises québécoises et de commerces locaux. Or, des experts se sont désolés de voir Le Panier bleu se résumer à « des Pages jaunes » avec une approche marketing désuète.

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Pour sa part, le site de Ma Zone Québec sera transactionnel. Il y aura plusieurs catégories de produits. « Des vêtements, des meubles, des bijoux, de l’alimentation », détaille Isabèle Chevalier.

> Consultez le site de Ma Zone Québec

C’est un projet que la femme d’affaires et Georges Karam pilotent depuis des mois. « Nous avons redoublé d’efforts pour devancer notre date de lancement », indique Georges Karam, qui souhaite que le site de Ma Zone Québec soit opérationnel d’ici une semaine.

PHOTO FOURNIE PAR ROY TURNER

Isabèle Chevalier et Georges Karam

« C’est un casse-tête de lancer un site transactionnel dans un contexte de crise, car il est impossible de faire des visites chez nos partenaires », souligne-t-il.

« Beaucoup de compagnies sont intéressées à être sur notre site. Il y a beaucoup de demandes depuis le point de presse de dimanche, poursuit Isabèle Chevalier. Il y aura un soft launch pour avoir un contrôle sur la qualité du service […] Comme toute entreprise, tu commences petit et tu grossis. »

Quant au service de livraison — qui fait le succès d’Amazon —, « il sera à la hauteur », promet-on.

Dilemme éthique ?

Lors de son point de presse quotidien, dimanche dernier, François Legault a dû justifier pourquoi les Walmart et Costco peuvent toujours vendre de la marchandise « non essentielle ».

Plusieurs se posent la question. Alors que le confinement doit durer jusqu’au 4 mai, est-il acceptable d’un point de vue éthique d’acheter des produits québécois non essentiels ? Des romans sur le site de Leslibraires.ca ? Des jeux pour les enfants sur Randolph.ca ? Une commande en ligne d’articles de cuisine chez Simons ?

Certes, c’est de l’achat local, mais des employés doivent assurer la manutention et la livraison des commandes.

Voici la réponse du ministère de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, acheminée par le responsable des relations avec les médias Jean-Pierre D’Auteuil : « Le télétravail et le commerce en ligne sont permis en tout temps pour toutes les entreprises incluant des détaillants de bien jugés non prioritaires. Les détaillants peuvent donc en cette période difficile liquider une partie de leur inventaire sans que la clientèle n’ait à se déplacer. »

« Toutefois, pour la livraison des colis, les règles établies par la santé publique doivent être appliquées dans les entrepôts et des mesures de distanciation sociale doivent être respectées par les clients afin de protéger les employés qui travaillent dans le secteur de la livraison. »

De multiples initiatives

À l’heure actuelle, les initiatives pour soutenir l’achat local pullulent au Québec. « La compétition, c’est bon pour le consommateur ! » lance Georges Karam.

La femme d’affaires Danièle Henkel travaille depuis plusieurs mois sur l’offensive Je consomme québécois en collaboration avec la Fondation de la relève entrepreneuriale du Québec et l’École des entrepreneurs du Québec. « Au-delà du commerce au détail, il ne faut pas oublier les entreprises culturelles et de services », souligne-t-elle.

> Consultez le site de Je consomme québécois

« Nous ne sommes pas un répertoire, mais un mouvement, précise Luc Tousignant, de l’École des entrepreneurs du Québec. Nous sommes à revoir notre positionnement pour être complémentaires aux autres initiatives. »

Le Québec versus le monde

« Le plus qu’il y a d’initiatives, le mieux c’est, dit Isabèle Chevalier. Il faut tous ramer dans la même direction. C’est le Québec versus le monde. »

Il y a aussi des initiatives à plus petite échelle. À Montréal, on peut se faire livrer un panier de produits du marché Jean-Talon sur le site Panier québécois. On peut acheter des chèques-cadeaux de restaurants montréalais sur le site de Brunette, ou encore des produits de designers sur www.soukmtl.com

> Consultez le site de Brunette

> Consultez le site de Panier québécois

Des commerces de quartier ont aussi intégré un espace transactionnel à leur site web. C’est le cas de la boutique de vêtements Archive dans Villeray. Des fleuristes comme Le jardin de Mathilde offrent la livraison gratuite avec une commande de 30 $ et plus.

« Et si on commençait maintenant… »

MC Gilles, fier défenseur du terroir québécois, a lancé un cri sur cœur sur Twitter. « On dit que le monde a changé, qu’on va acheter local après. Et si on commençait MAINTENANT, a-t-il martelé. Lâchez Costco, McDo, Subway, Walmart, A & W, Dairy Queen et autres. »

« C’est un effort collectif », renchérit Isabèle Chevalier.

Georges Karam parle pour sa part de « résilience ». « Dans chaque crise, il y a des opportunités », dit celui qui a vécu la guerre pendant 15 ans au Liban.

« Nous pouvons être des victimes ou choisir de s’en sortir plus forts. »

> Lisez l’article « Mode : des initiatives pour encourager l’achat local »