De sa maison de campagne, à Deschaillons, entre Québec et Trois-Rivières, le metteur en scène Dominic Champagne se remet de la COVID-19 que sa blonde et lui ont contractée dès le début de la pandémie. La Presse en a profité pour lui parler de ce temps d’arrêt… et aussi un peu d’environnement.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Il n’a pas eu les symptômes décrits par la Santé publique. Pas de fièvre, pas de toux, pas de détresse respiratoire. Plutôt une très grande léthargie, des courbatures et des migraines. Et pourtant, il a reçu un diagnostic positif à la COVID-19. Il en a d’ailleurs fait le récit détaillé sur sa page Facebook.

Lisez le statut de Dominic Champagne

D’où sa quarantaine, et maintenant son confinement dans sa maison de campagne.

Mais l’esprit bouillonnant de Dominic Champagne n’a pris, semble-t-il, aucune pause. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on voulait lui parler et prendre le pouls du Québec confiné avec lui. Parler des effets de cette pandémie sur notre mode de vie, sur la décroissance aussi, et sur le risque, bien réel, que « l’après » soit pire que « l’avant ».

Pandémie et crise écologique

L’image employée par le philosophe Alain Deneault dans un article publié dans le quotidien Libération – un #metoo de Gaïa – lui plaît.

« Je pense qu’aujourd’hui, on ne peut pas nier que la crise écologique a provoqué une crise sanitaire. On cherche encore les causes réelles, mais il y a de plus en plus d’articles scientifiques sérieux qui nous expliquent que l’avancée industrielle tous azimuts repousse les limites des espaces vitaux à la nature et que, tout à coup, il y a des zones de contacts qui n’existaient pas avant. »

Dominic Champagne se défend de récupérer la crise actuelle à des fins écologiques, mais selon lui, il est « indéniable » qu’il y a des liens à faire entre la pandémie et la crise écologique. Il devait rencontrer le premier ministre François Legault le 20 mars dernier pour discuter du plan d’économie verte – rencontre qui a bien sûr été annulée. Il regrette aujourd’hui que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, soit absent des discussions portant sur la relance économique.

Est-ce que ce temps d’arrêt amènera vraiment les gens à revoir leur mode de vie ou de consommation, comme le prétendent certaines personnes ?

« Souhaitons-le, répond Dominic Champagne. Je n’ai pas la réponse à cette question. Dans cet arrêt-là, il y a déjà de la souffrance, de l’insécurité, il y a plein de gens qui ont perdu leur job. Moi, j’ose espérer que les gens se rendront compte qu’il y a une limite à l’ultramondialisation telle qu’on la connaît. Peut-être qu’on devrait se concentrer à produire l’essentiel. »

Dominic Champagne souhaite que ce temps d’arrêt nous permette de distinguer l’essentiel de l’accessoire.

On s’est complètement dépossédés de notre capacité à produire beaucoup de choses depuis une génération. Moi, dans le Mile End, je vivais dans un quartier où on fabriquait des vêtements, où l’industrie textile était florissante.

Dominic Champagne

« On savait faire des choses il n’y a pas si longtemps, mais tout a été délocalisé. On le voit avec les fameux masques, qui sont fabriqués en Chine… »

Une bonne raison de « reprendre possession » de nos moyens de production, selon Dominic Champagne, est que, comme l’ont prédit des scientifiques, il y aura d’autres pandémies. « On va faire face à une multiplication de ces crises-là, donc on va devoir développer une résilience plus grande, retrouver un sens de la communauté, cette prise de conscience est essentielle. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le Pacte pour la transition de Dominic Champagne a fait couler beaucoup d'encre.

La limite atteinte ?

L’idée de décroissance, criée dans le désert depuis des années, serait-elle en voie d’être entendue ?

« Elle va s’imposer tôt ou tard, à mon sens, croit Dominic Champagne, mais c’est encore un défi énorme. Le texte du Pacte est un appel à la décroissance, à la réduction de notre empreinte carbone, à la multitude de gestes de surconsommateurs et de surproducteurs qu’on est devenus, parce qu’on sait que ça ne peut plus durer, on commence à prendre conscience que nos ressources sont limitées. »

La pandémie nous fait nous rendre compte qu’on est « en train de toucher à des limites qu’on ne doit pas dépasser », illustre le militant écologiste.

La littérature climatique nous dit qu’il y a dans le pergélisol actuellement des quantités importantes de bactéries, de virus, qui sont gelés là, qui n’ont jamais cohabité avec l’humanité et qui représentent en quelque sorte une bombe à retardement avec le réchauffement de la planète. Donc, il y a des menaces, réelles, qu’on vit dans notre chair.

Dominic Champagne

Si la crise actuelle ne dure que quelques semaines, et qu’à très court terme, tous les commerces et les théâtres rouvrent leurs portes, elle n’aura été qu’une parenthèse, croit Dominic Champagne et n’aura probablement pas le temps de changer nos mentalités.

« Il faudrait que la crise dure assez longtemps pour avoir des conséquences profondes pour nous obliger à des changements de comportements pour le mieux, pour une vie plus saine. Devant la nature, on se retrouve bien humble devant la multiplication des sécheresses, des inondations, des cataclysmes, et là on a déjà commencé à toucher à cette humilité-là avec ce virus invisible. »

Le danger de la relance

Il reste que, selon beaucoup de pessimistes, une fois la crise terminée, les gens se rueront dans les magasins et retrouveront leurs bonnes vieilles habitudes de (sur)consommation – qui touchent directement le monde agricole. Est-ce qu’avec l’appel à la relance de l’économie qui suivra, « l’après » ne sera pas une catastrophe pour l’environnement, qui sera à coup sûr relégué au second plan ?

« Je suis peut-être trop candide, mais actuellement, on a un gouvernement, à Québec, qui a été capable de mettre la science au cœur de ses décisions politiques. Des décisions difficiles, pas simples, courageuses, fondées sur la confiance dans la science. J’ose espérer que le gouvernement Legault va avoir les mêmes réflexes dans ses décisions économiques pour régler la crise écologique, qui est liée à cette crise-ci. »

Depuis déjà quelques semaines, certains se réjouissent en tout cas de voir l’environnement s’assainir, du fait du confinement de la population et de la fermeture des entreprises… « Ce qu’on vit actuellement n’est pas de l’ordre de la décision. La nature nous impose des changements de comportements et une prise de conscience. Souhaitons que cette expérience nous permette de prendre des décisions qui sont à la hauteur des défis auxquels nous faisons face. Ce qu’il faut tirer comme leçon, c’est qu’on a une relation plus harmonieuse à développer avec le monde qui nous entoure. C’est le temps d’être unis avec cet objectif. »