Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas
Ève Dumas La Presse

L’expérience ne peut que bien commencer lorsque c’est Jocelyn Despres qui vous accueille au café ou au restaurant. Derrière ses lunettes stylées, ses yeux sourient en permanence. « Mais je ne me réveille pas avec des confettis dans les mains tous les matins ! », prévient-il. Néanmoins, Jocelyn est un boute-en-train !

Voilà bientôt 20 ans que l’as du service travaille en restauration à Montréal. Il a passé plusieurs années au (défunt) Kilo du Village, a servi des « remontants » au Café Rico et à La Distributrice, a travaillé en salle au regretté Ma’tine et au Réservoir, entre autres. C’est au restaurant du Musée d’art contemporain qu’il a connu le chef Antonin Mousseau-Rivard. À l’ouverture du Mousso, on lui a confié la « courtoisie », à titre de maître d’hôtel.

Jocelyn est toutefois sur le point de tourner la page sur sa carrière montréalaise. L’été prochain, il ira travailler en Gaspésie, région qu’il connaît bien puisque son père y habite depuis plusieurs années. S’il s’y sent à l’aise, il y restera et ouvrira son café-resto bien à lui. La communauté autour de Percé lui en saura gré, c’est sûr !

L’apprentissage de la politesse

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Jocelyn Despres est maître d’hôtel au Mousso depuis les débuts du restaurant.

S’il y a une preuve vivante qu’on peut s’affranchir de ses origines, transcender un milieu qui ne prédispose pas nécessairement à l’allégresse, c’est bien Jocelyn. « Je suis le mouton noir de ma famille », lance d’emblée celui qui a grandi à Tétreaultville, dans l’est de Montréal. Malgré un environnement un peu rêche, il a fleuri. « D’après les rumeurs qui courent dans ma famille, j’étais un enfant pétillant. Je m’amusais avec un rien. Je trouvais mon compte même si personne ne m’a jamais vraiment encouragé dans quoi que ce soit et qu’à ce jour, on ne comprend pas ce que je fais dans la vie. »

Jocelyn a un frère, dont les valeurs sont radicalement opposées aux siennes. Et l’école n’a pas été facile, sur le plan social. « Je me suis beaucoup fait traiter de tapette, explique le menu moustachu à l’air juvénile. J’ai réalisé assez vite que pour avoir des amis, il fallait que je sois vraiment sweet. » Jocelyn croit que l’apprentissage de la gentillesse et de la courtoisie s’est un peu fait en réaction à toute cette cruauté.

À 17 ans, l’adolescent a quitté le foyer maternel pour se joindre à une communauté au sein de laquelle des personnes avec et sans déficience intellectuelle vivent et travaillent ensemble. Puis, à 20 ans, le jeune homme a passé neuf mois au sein du même organisme, mais en Haïti.

« Je voulais voir c’était quoi d’être un des seuls Blancs dans ma communauté. Ça a été une expérience très riche. Ce qui m’a surtout marqué, c’est à quel point la musique, les couleurs, l’énergie contrastaient avec la pauvreté. »

C’est à son retour que la restauration est devenue une vocation, surtout pour le contact qu’on peut y avoir avec les gens. N’ayant qu’un diplôme d’études secondaires en poche, il a décidé de suivre une formation en service de restauration. Plus récemment, il a eu envie de comprendre la complexité du monde du café de spécialité, avec son approche écologique, humaine et qualitative. Depuis deux ans, il a ajouté deux quarts de travail au café Paquebot à sa quarantaine d’heures par semaine au Mousso, dans le but ultime d’avoir « sa place », son établissement bien à lui.

S’il accumule ainsi les connaissances dans son milieu, c’est sans doute parce qu’il aspire au dépassement de soi, mais c’est aussi pour combler un certain manque de confiance en lui qu’il porte encore. « Je me mets en doute assez facilement », admet-il. La thérapie ? « J’ai essayé, pendant un an, après une rupture vraiment difficile, mais on dirait que j’ai peur de trop creuser et de trouver des choses que je n’aimerai pas. »

Sa thérapie à lui, c’est plutôt les arts. 

J’aime le cinéma, puis la musique qui m’a vraiment aidé quand j’étais adolescent et jeune adulte. J’en écoute encore beaucoup, mais un peu moins depuis que j’ai découvert les balados. J’aime les histoires. On dit que dans le très personnel se trouve l’universel. J’y crois. J’aime me sentir compris.

Jocelyn Despres

Les défis ne font pas peur à Jocelyn. Avec ses collègues et amis, ils s’en lancent souvent. Fin 2019, un camarade de café et lui ont décidé de faire non pas un mois sans alcool, mais une année complète ! Accessibilité aidant (ou n’aidant pas du tout !), restauration et consommation vont souvent de pair.

Et puis ? « Ça va vraiment bien. Et mon portefeuille, lui, s’en porte à merveille ! » Voilà qui permettra au futur entrepreneur-commerçant d’économiser pour le prochain chapitre de sa vie bien remplie.

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Questionnaire du bonheur

Avez-vous une définition du bonheur ?

« Chaque fois qu’on me parle du bonheur, j’ai la toune de Daniel Bélanger qui me vient en tête : “Je sais, le malheur, c’est comme le reste/Moins on en entend parler/Et moins ça nous intéresse.” Le bonheur, pour moi, réside dans un état de satisfaction, une synchronicité entre mes souhaits, mes rêves, et la réalité, mon quotidien. »

Qu’est-ce qui nuit à votre bonheur ?

« Je ne crois pas vraiment à l’astrologie, mais en tant que Verseau, je pense que tout ce qui touche à ma liberté d’agir, qui me confine à un rôle précis, me donne envie de m’enfuir et d’aller voir ailleurs. J’ai énormément besoin d’espace, de liberté. Tout ce qui m’en enlève mine mon bonheur. »

Qu’est-ce qui vous fait aimer l’hiver ?

« J’ai toujours détesté l’hiver, jusqu’à ce que je commence à faire du vélo. Ça me fait le plus grand bien. Tellement qu’avec un de mes collègues, au Mousso, on devient vraiment excités quand il y a une grosse tempête. On se regarde et on se dit : “La neige va être bonne ce soir !” »