Le Mois de l’histoire des Noirs, qui se tient pendant tout le mois de février, n’aurait pu trouver meilleure porte-parole. La rappeuse québécoise Sarahmée — qui fait équipe avec l’humoriste Aba Atlas — vient d’être nommée aux Juno pour son vidéoclip Bun Dem. Elle nous fait quelques recommandations d’activités pour l’occasion.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Sarahmée avait le sourire dans la voix lorsque La Presse lui a parlé. Quand la rappeuse d’origine sénégalaise a appris que son vidéoclip Bun Dem, tiré de son deuxième album Irréversible, avait été nommé aux Juno, son cœur a bondi dans sa poitrine.

« J’étais dans ma voiture, et c’est Caraz, qui a réalisé le clip au Sénégal l’été dernier avec l’aide d’un ami à moi qui vit là-bas, qui m’a appelée. Moi, j’avais oublié que c’était la conférence de presse, j’étais sur autre chose, nous confie-t-elle. Quand elle m’a annoncé la nouvelle, j’ai crié dans l’auto ! J’ai appelé mon agente, mes amis. J’étais vraiment contente. »

La pièce Bun Dem (« Brûle-les » en argot jamaïcain) est un hommage aux femmes. « Beaucoup de femmes dans le monde, de par certaines coutumes ou lois, ne sont pas libres de leurs choix, peut-on lire en ouverture du clip. Ce film célèbre la force des femmes et honore leur droit à disposer de leurs corps et de leur avenir. »

Le fait que c’est ce clip et cette chanson qui ont été retenus l’a beaucoup touchée. « J’ai beaucoup d’amis à Dakar, j’y vais souvent, je suis proche de mes origines. Donc, qu’on fasse un vidéoclip là-bas, pour une pièce qui met de l’avant la femme, je trouve ça très puissant », nous a confié la chanteuse, qui vient de terminer le tournage d’un autre vidéoclip (sur la pièce Alléluia, qu’elle chante avec Nix).

Connaître ses origines

La sœur de Karim Ouellet avoue n’avoir jamais participé aux activités du Mois de l’histoire des Noirs par le passé (hormis sa présence au gala Dynastie). Pourtant, lorsqu’on lui a proposé d’être l’une des porte-parole (avec l’humoriste d’origine éthiopienne Aba), elle n’a pas hésité.

« D’abord parce que je fais partie de cette communauté, et parce que j’aime l’idée d’être dans le partage de la connaissance. Le Mois de l’histoire des Noirs pourrait avoir lieu au Sénégal, parce que, quand j’étudiais là-bas au secondaire, on ne m’a pas enseigné l’histoire de l’Afrique, mais l’histoire de la France… »

Il y a beaucoup de gens de couleur qui ont du talent au Québec, des artistes, des artisans, des politiciens, mais il y a moins de lumière sur eux. C’est bien de les mettre en valeur.

Sarahmée, rappeuse et co-porte-parole du Mois de l’histoire des Noirs

Être impliquée cette année dans l’organisation du Mois de l’histoire des Noirs lui a fait réaliser combien il y avait de l’information accessible à tous dans ce domaine. « Plus je vieillis, plus je veux apprendre et connaître mon histoire, mes origines. Mon véhicule, c’est la musique, c’est sûr, mais je m’inspire de toutes ces histoires aussi, et il y en a plein. Mon ami Webster [chanteur hip-hop] donne une conférence sur l’histoire de la présence des Noirs au Québec. Je trouve ça super intéressant et je veux être là. »

Alors, parmi les quelque 150 activités, spectacles, expos, projections, conférences, il y en a vraiment pour tous les goûts. Entre un match amical avec l’ex-capitaine de l’Impact Patrice Bernier, la projection du film Kenbe la, jusqu’à la victoire, de Will Prosper, ou une conférence sur la culture de la banane, vous avez l’embarras du choix.

> Consultez le site du Mois de l’histoire des Noirs

Les recommandations de Sarahmée

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le rappeur Webster, passionné d’histoire, animera la conférence La présence noire au Québec.

> Conférence La présence noire au Québec, de Webster

À la Bibliothèque de la maison culturelle et communautaire (Montréal-Nord), le 22 février

Le premier esclave africain est arrivé à Québec en 1629. Il s’appelait Olivier Lejeune et appartenait à Guillaume Couillard. Le saviez-vous ? « Webster est un passionné d’histoire, et je pense que cette conférence-là va être super intéressante », nous dit Sarahmée.

> Massimadi : festival des films et des arts LGBT

Exposition A Hazy Collision, au Never Apart, le 29 février

La photographe d’origine haïtienne Gaëlle Elma offre une visite guidée de son exposition ce jour-là. « C’est sûr que, dans la communauté, il y a encore beaucoup de tabous et de préjugés. Donc, je trouve ça intéressant de voir la vision de cette photographe », estime Sarahmée.

> Collecte de sang d’Héma-Québec

Au Centre Ceda, le 15 février

C’est une collecte pour l’anémie falciforme, qui touche tout particulièrement les membres de la communauté noire. « Malheureusement, peu de dons de sang proviennent de nos communautés. Je trouve donc ça important d’en parler et d’en faire la promotion pour que les gens y soient sensibles, même si ce n’est pas un évènement culturel. »

> Gala Dynastie

Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le 1er mars

C’est la quatrième manifestation de ce gala qui récompense depuis 2017 les personnalités de la communauté noire du milieu culturel, des médias et du divertissement. L’évènement, organisé par la Fondation Dynastie, clôt le Mois de l’histoire des Noirs.

> Lancement du Musée Africa

Maison de l’Afrique, le 21 février

Il s’agit d’un musée virtuel consacré aux arts et aux patrimoines de l’Afrique et des diasporas africaines. « Je pense que c’est une initiative vraiment intéressante, nous dit Sarahmée, pour toutes les communautés africaines. »

> Djely Tapa

Au Lion d’Or, le 28 février

La chanteuse d’origine malienne Djely Tapa, révélation Radio-Canada 2019-2020, fera la promotion de son premier album Barokan, mélange de musique subsaharienne, de blues et d’électro. « J’aime beaucoup ce qu’elle fait. C’est l’un des beaux spectacles au programme. »