Les flammes ont peut-être détruit le local de L’Échoppe des fromages de Saint-Lambert, mais elles n’ont pas eu raison de la passion du fromager Max Dubois.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

À Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, L’Échoppe des fromages est bien plus qu’un commerce. Depuis 25 ans, c’est un peu l’âme du village, en grande partie grâce à son propriétaire, Max Dubois, commerçant pas comme les autres, artiste à ses heures et militant 24 heures sur 24.

En juin dernier, quand les flammes ont détruit le petit local qu’il louait rue d’Aberdeen, dans le « village » de Saint-Lambert, c’est toute une communauté qui a été secouée. L’Échoppe, « notre » Échoppe, brûlait…

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Les flammes ont détruit L’Échoppe des fromages, à Saint-Lambert.

« La réponse des gens a été incroyable », raconte Max Dubois, encore ému quelques mois plus tard. En l’espace de quelques heures, des dizaines et des dizaines de Lambertois offraient leur aide et leur expertise pour l’aider à se remettre sur pied rapidement. « J’étais dépassé par les évènements, se souvient-il. Il fallait inspecter les lieux, se relocaliser rapidement, déménager les fromages qui n’avaient pas été touchés, l’équipement qui était encore en état de marche, etc. »

Chassé par les flammes, le fromager s’est donc réfugié à quelques pas de son Échoppe… dans la caserne de pompiers ! Et c’est un pompier, Maxime Léveillé, aidé de sa blonde, Valérie, qui a organisé le déménagement. « Une journée, se souvient Max, il y a eu 50 bénévoles le matin et 50 autres l’après-midi. C’était complètement fou. »

Un fromager nomade

Dans les semaines qui ont suivi l’incendie, comme la Ville de Saint-Lambert lui interdisait de tenir commerce entre les murs de la caserne, Max Dubois a pris la route avec ses fromages et quelques fidèles employés. « On a passé l’été dans les marchés fermiers de la région, et c’était extraordinaire », affirme-t-il.

De temps à autre, le fromager publiait une vidéo sur Facebook pour tenir les résidants de Saint-Lambert au courant des derniers développements. Il a également installé un petit comptoir de vente aux Assoiffés, épicerie spécialisée dans les bières de microbrasserie fondée par une ancienne employée de L’Échoppe.

Mais les fidèles amateurs de fromage s’impatientaient : quand retrouveraient-ils « leur » Échoppe ?

C’est chose faite depuis quelques semaines. Max et son équipe — une belle gang de jeunes allumés et passionnés — se sont installés chez un ancien manufacturier de verre, un immense local industriel que le fromager aimerait bien transformer en espace de diffusion culturelle, avec ateliers d’artistes et salle de spectacle.

Il a testé le concept le 7 décembre dernier lors d’un concert-expérience organisé avec un collectif de jeunes artistes de la région. Intitulé Hors terre, le projet se voulait une « ode à la banlieue », mais, surtout, une façon pour Max Dubois de remercier la communauté tissée serré de Saint-Lambert, qui l’a soutenu au fil des mois. 

Le clou de la soirée : un concert de Lydia Képinski, précédé par le lancement de Feux, livre que Max a conçu avec le designer graphique Éliot B. Lafrenière pour « rendre hommage à la formidable solidarité » qui s’est exprimée à la suite de l’incendie.

Pas moins de 300 personnes se sont déplacées pour l’évènement, qui inaugurait officiellement les nouveaux locaux de L’Échoppe. Depuis, Max Dubois rêve à des lectures publiques, des soirées de poésie et toutes sortes de manifestations culturelles qui pourraient se tenir dans son nouvel espace.

Un fromager éditeur

En attendant, L’Échoppe ouvrira sa salle à manger d’ici quelques semaines. Les nouveaux locaux abriteront également un coin traiteur ainsi que les éditions Cahier de charge, le nouveau bébé de Max. « J’ai tellement aimé faire le livre Feux avec Éliot, ce jeune a tellement de talent ! Il faut voir ce qu’il a fait à partir de mes mots, la beauté de ses illustrations ; c’est une petite œuvre d’art. Il a imprimé ça sur une presse artisanale manuelle, c’est fabuleux. »

Avec Cahier de charge, Max Dubois souhaite fabriquer d’autres carnets qui seront consacrés aux métiers disparus. Personne ne sera surpris d’apprendre que le premier sera consacré au métier de fromager. Décidément, Max est en feu…

>>> Feux, aux éditions Cahier de charge. En vente à L’Échoppe des fromages (205, avenue Saint-Denis, Saint-Lambert).