« Pourquoi pas ! » C’est ce que notre journaliste et son mari se sont dit lorsque celui-ci s’est vu offrir un poste à Francfort pour deux ans. Ce serait une belle occasion de faire découvrir l’Europe à leurs enfants de 7 et presque 9 ans, non ? Au cours des prochaines semaines, elle nous fera part de cette expérience exaltante, mais parfois déstabilisante. Récit.

Olivia Lévy Olivia Lévy
La Presse

Plus que quelques jours avant Noël. Les Allemands préparent l’oie farcie, l’équivalent de notre traditionnelle dinde, très souvent servie avec du chou rouge et des pommes de terre. Entre la course aux cadeaux et les marchés de Noël, les Allemands, pour se détendre, vont au sauna. Comme dans de nombreux pays nordiques, aller au sauna fait partie de la culture allemande toute l’année, mais l’hiver est la saison par excellence pour en profiter. Il s’agit d’une véritable tradition, puisqu’on compte plus de 350 stations thermales.

Pour l’anecdote, le soir de la chute du mur de Berlin, Angela Merkel, 35 ans, physicienne à l’Académie des sciences de Berlin-Est, se trouvait, comme chaque jeudi soir, au sauna avec une amie, une de ses activités préférées.

Je me suis dit qu’il fallait que je teste cette belle coutume. Nous avons décidé, mon mari et moi, de ne pas nous limiter au sauna, et c’est donc à Baden-Baden, oasis au cœur de la Forêt-Noire, et ville reconnue dans le monde entier pour ses thermes, que nous nous sommes aventurés. Nous nous sommes retrouvés un samedi après-midi au célèbre Friedrichsbad, lieu historique fondé en 1877. J’étais prête à vivre une belle expérience relaxante, dans un cadre qui rappelle les bains romains.

Le parcours du Friedrichsbad, véritable temple du bien-être, est composé de 17 étapes où l’on alterne entre air chaud et froid, ensuite, c’est sera le massage à la brosse et au savon, puis le bain de vapeur thermale, un bain en eau froide, le séchage, le crémage, le repos, la lecture. À moi le paradis !

La surprise dès le départ est totale ! Quoi ? « Textilfrei. » « Sans maillot de bain » ? On doit être entièrement nue ? Et c’est obligatoire ? J’hésite. Je suis pudique, mais il faut bien vivre le rituel allemand ! Bon, allez, je me déshabille. Une minuscule serviette me couvre à peine jusqu’aux fesses. J’entre dans la première salle, où l’air est à 54 degrés. La stupeur est totale. « Quoi ? C’est mixte ? », me dis-je en arrêtant de respirer, apercevant des femmes et des hommes dans leur plus simple appareil, allongés sur des chaises longues, très à l’aise et détendus. 

À titre de comparaison, c’est comme si vous étiez au Bota Bota, au Scandinave ou au Strøm Spa, nu, sans robe de chambre, en compagnie d’hommes et de femmes. 

En Allemagne, la nudité est quelque chose de tout à fait naturel, car il existe depuis plus de 100 ans une culture du naturisme.

Konrad Weller, professeur de psychologie et de sexologie à l’Université de Mersebourg, en Saxe-Anhalt (au centre du pays)

« Freikörperkultur », ou « FKK » est la « culture du corps libre ». 

Elle indique que depuis le début de la libéralisation sexuelle, vers la fin des années 60, le naturisme a pris un formidable essor, notamment en République démocratique allemande (RDA) jusqu’aux années 80. « Traditionnellement sur les plages de la mer Baltique, ou au bord des nombreux lacs allemands, les familles, parents et enfants se baignent nus, dit-il. La nudité est considérée comme normale depuis l’enfance, mais cette tradition est en déclin aujourd’hui. » Il précise que dans cette société communiste qu’était la RDA, la nudité était un espace de liberté qui faisait disparaître les différences sociales.

Je regarde autour de moi. Il y a autant d’hommes que de femmes. De tous les âges, 30, 40, 50, 60 ans. Entièrement nus. Je vois bien que je suis la seule, pudique, à tirer sur ma petite serviette pour ne rien dévoiler… « Ça va être long », me dis-je en ne sachant plus où poser mon regard. Et voilà que c’est déjà l’heure de mon massage à la brosse et au savon. Je me dirige vers une grande salle à l’éclairage cru au néon, où nous sommes allongés les uns à côté des autres. Pour l’intimité, on repassera.

À cet instant, une femme immense s’approche de moi. « Je ne sais pas si je vais m’en sortir », me dis-je. Elle me savonne si fortement avec sa brosse que j’ai envie de hurler. Une fois le travail terminé, elle m’arrache ma serviette. « Nein, nein, nein, nein. » Traduction : « Non, non, non, non », dis-je. On se bat presque, je persiste : « Nein, nein, badetuch (traduction : serviette) ! » Je dois me résigner et rendre ma serviette. Contre un physique de nageuse d’ex-Allemagne de l’Est, je ne fais pas le poids. Je serai désormais nue et fière. 

Je sors de la pièce, je vois un grand bassin, je plonge, sans hésitation, complètement nue… et je sursaute aussitôt. C’est le bassin d’eau froide ! Je replonge cette fois-ci dans celui d’eau tiède, et je finis par admirer la magnifique et spectaculaire coupole, pièce maîtresse de ces thermes de Baden-Baden. Incroyable ! Je suis presque détendue… Est-ce possible ?

PHOTO FOURNIE PAR LE FRIEDRICHSBAD DE BADEN-BADEN

La magnifique et spectaculaire coupole, pièce maîtresse des thermes de Baden-Baden

« N’oubliez pas que sur la plage ou dans le sauna, les personnes, entièrement nues, font la découverte étonnante que les corps de la grande majorité des citoyens sont tout aussi imparfaits que les leurs. C’est bon pour l’image de soi », conclut le professeur Konrad Weller. 

Sur ces sages paroles, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter Frohe Weihnachten (traduction : Joyeux Noël).

Le Friedrichsbad

Le Friedrichsbad offre des bains mixtes sauf les lundis et jeudis. Les hommes et les femmes sont alors séparés, sauf dans les deux bassins principaux, qui sont toujours mixtes. Pour ce qui est des saunas allemands, ils sont mixtes et sans maillot de bain.