Des camions de lettres livrées à un prisonnier, ça ne passe pas inaperçu. Et c’est un moyen de pression efficace pour défendre les droits de la personne, selon la chanteuse et musicienne Samuele, porte-parole du marathon d’écriture d’Amnistie internationale.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Sa fibre militante, Samuele la doit à Amnistie internationale. Elle était encore élève au secondaire lorsque, avec des amis, elle a mis sur pied un comité local de l’ONG qui se consacre à la défense des droits de la personne. Son premier geste militant ? Écrire des lettres à des gens emprisonnés pour leurs idées ou dont les droits élémentaires sont bafoués, comme elle invite les gens à le faire le 14 décembre à la Maison du développement durable, à Montréal.

« Je trouve que le travail [de cette organisation] est très important », dit aujourd’hui la chanteuse et musicienne, fille du regretté Gaston Mandeville. Or, si elle a opté pour Amnistie à l’adolescence, c’est surtout parce que c’était un geste « accessible » pour une gang d’ados « sans moyens ». « Du papier, des crayons et des timbres, c’est facile, dit-elle. Et c’est efficace. »

Amnistie avance que 77 % des personnes défendues par des campagnes d’envoi de lettres et de cartes ont été libérées depuis l’an 2000. « Il est difficile de savoir exactement le rôle que jouent les cartes, parce qu’on n’est pas sur place, reconnaît Samuele, mais c’est sûr que ça attire l’attention sur une personne et que ça ne fait pas plaisir aux autorités qui n’ont pas envie qu’on parle de droits humains…

Les personnes visées par les campagnes reçoivent des camions de lettres chaque semaine. Ça devient gênant [pour les autorités].

Samuele

Elle croit que les régimes finissent par agir pour « se débarrasser » d’une attention qu’ils ne souhaitent pas.

Des Canadiens sur la liste

Le marathon d’écriture 2019 vise des jeunes de 25 et moins de partout sur la planète qui ont été arrêtés, persécutés ou emprisonnés. La liste compte par ailleurs un groupe de jeunes Canadiens issus de la communauté anishinaabe de Grassy Narrows, en Ontario, qui dénoncent un empoisonnement au mercure de leur rivière datant des années 60 et qui se battent pour obtenir un accès à l’eau potable.

« Je crois qu’on se leurre quand on pense qu’on est bien fins ici », commente Samuele, qui ne s’étonne pas que, même dans un pays comme le Canada, les besoins fondamentaux et les droits de la personne puissent être mis à mal. Elle rappelle en outre que l’accès à une eau potable est loin d’être le seul enjeu touchant les Premières Nations au pays, citant notamment le sort des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées.

Elle trouve que de prendre le temps d’écrire est un geste fort.

Savoir que la personne à qui on écrit va tenir le même papier dans ses mains, ça crée une connexion vraiment spéciale.

Samuele

Sans compter que d’écrire une lettre à la main, ce qu’on fait de moins en moins de nos jours, confère un peu de solennité au moment.

Samuele renoue avec Amnistie internationale cette année, mais demeure engagée ailleurs. Son militantisme passe beaucoup par l’éducation, dit-elle, notamment ses visites bénévoles dans les écoles pour parler de féminisme, d’homophobie et de transphobie, chapeautées par le GRIS-Montréal, qui a pour mission de faire connaître la diversité sexuelle et de favoriser l’intégration des personnes LGBT+.

« Il faut parfois seulement prendre le temps d’expliquer les choses d’un point de vue humain. Une histoire au “je”, ça fait souvent toute la différence, assure Samuele. J’ai compris l’impact que peut avoir le fait de raconter son histoire quand j’ai commencé mon bénévolat avec le GRIS, il y a deux ou trois ans. »

Écrire, ça libère !, le marathon d’écriture d’Amnistie internationale, se déroule le 14 décembre de 11 h à 18 h, à la Maison du développement durable.

> Consultez la carte de tous les événements similaires au Québec : https://amnistie.ca/evenements/2019/marathons-decriture-2019-ecrivez-messages-solidarite