La jeunesse qui se mobilise pour le climat fait couler beaucoup d’encre, mais des boomers et des aînés sont tout aussi engagés, à l’image de Jane Fonda, qui peut, comme Greta Thunberg, inspirer les militants aux cheveux gris. Une façon de faire mentir la fameuse expression « OK boomer », qui souligne le fossé entre les jeunes et les baby-boomers. 

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Jane Fonda est un exemple à suivre et elle pourrait être une leader mondiale. Comme David Suzuki à une époque. Comme Greta Thunberg aujourd’hui », croit l’ancien député fédéral Yvon Côté, qui a également été vice-président du Comité permanent de l’environnement sous Brian Mulroney. Il salue l’implication de l’actrice et militante, qui a été arrêtée plusieurs fois au cours des dernières semaines après des manifestations à Washington contre l’immobilisme face à la crise climatique. « Ça pourrait avoir une influence presque meurtrière, de façon positive j’entends, sur cette pensée négative que les jeunes se font des baby-boomers », ajoute l’ancien politicien de 80 ans. 

Tout comme lui, Jane Fonda est trop âgée pour être de la génération des baby-boomers (qui comprend les personnes nées entre 1946 et 1964). Mais tout comme elle, il se considère comme un allié du mouvement mondial pour le climat. Bien plus près des jeunes militants du climat que de ceux qui remettent en question le rôle de l’homme dans le dérèglement climatique. Parmi les baby-boomers et les aînés interviewés, ils sont d’ailleurs plusieurs à confier que la signature du « Pacte » les a conscientisés à l’urgence climatique et qu’ils multiplient maintenant les actions pour y faire face. 

Anne-Marie Cournoyer est de ceux-là. Elle ne prend plus l’avion et elle conduit une voiture électrique. Cette femme de 66 ans, qui a toujours aimé porter de nouveaux vêtements, avance aussi qu’elle n’en achète plus. « L’autre jour, avec ma fille, je suis rentrée chez Winners. J’ai eu mal au cœur ! Il y avait trop de stock, c’est tellement du gaspillage », dit la résidante de Sainte-Julie. 

De leur côté, Yvon Simard et Claudine Saint-Gelais ont pensé à leurs petits-enfants en signant le Pacte lancé par Dominic Champagne. Ces résidants de Charlevoix ont également acheté une voiture électrique et ne vont plus passer l’hiver au Mexique. Fini l’avion.

Nous tentons de donner l’exemple, mais nous sommes considérés comme des extraterrestres. Notre parenté rit de nous. Mais je le sais que si, collectivement, on ne fait rien, on s’en va dans un mur.

Yvon Simard 

Pendant des décennies, Gil Marineau reconnaît qu’il n’a pas été à l’écoute des groupes environnementaux. Entre autres lorsqu’il travaillait comme ingénieur dans l’industrie du plastique. « Ça m’inquiète sérieusement, la crise climatique. C’est une chose à laquelle on ne pensait pas il y a cinq ans, mais maintenant, ça me prend aux tripes », dit l’homme de 83 ans, qui a entre autres changé son système de chauffage au mazout pour un système électrique. 

À ce jour, le mouvement Extinction Rebellion, auteur de nombreuses actions non violentes et de désobéissance civile, a essaimé dans 56 pays. Au Québec, le groupe est connu pour avoir pris d’assaut la structure du pont Jacques-Cartier en octobre dernier. « Nous avons maintenant un groupe Extinction Rebellion pour les aînés », affirme la coordonnatrice Zoyanne Côté. 

« OK boomer » 

Il y a plusieurs mois, l’expression « OK boomer » a fait son apparition chez les jeunes de la génération Z et les milléniaux. Une manière de répondre entre autres aux commentaires désobligeants et à l’attitude infantilisante de certains baby-boomers à leur égard. L’expression a connu un retentissement soudain lorsqu’elle a été utilisée, il y a une dizaine de jours, par Chloe Swarbrick, lors d’une séance parlementaire en Nouvelle-Zélande. Alors que la députée de 25 ans livrait un discours sur la crise climatique, un député plus âgé l’a huée. « OK boomer », a-t-elle dit sans sourciller avant de poursuivre, comme si de rien n’était, son allocution. Cette vidéo est devenue rapidement virale et le « OK boomer » est maintenant sur toutes les lèvres et souvent utilisé pour souligner le manque d’intérêt de certains baby-boomers au sujet de la crise climatique. 

La sociologue Diane Pacom se méfie toutefois de « l’effet de mode » qui peut entourer le militantisme environnemental. D’après elle, il est quand même « facile » de lancer des flèches aux aînés, de leur envoyer un « OK boomer » et de porter un jugement sur leur manque de volonté pour un changement environnemental en profondeur. Mais ces jeunes en font-ils vraiment plus ? Peut-être pas tous, même s’ils affirment que oui, lance-t-elle. 

Yvon Côté croit aussi que bien des aînés sont des alliés de la première heure lorsqu’il est question d’environnement. Il y a eu bien des avancées dans les dernières décennies, ajoute-t-il. Il se souvient particulièrement du sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, où les représentants des organisations non gouvernementales (ONG) et des groupes de citoyens ont vraiment « alarmé » les politiciens et diplomates présents. « Il y a eu une grande prise de conscience à ce moment-là et un mouvement de sensibilisation a suivi, surtout une mise en œuvre de plans locaux », affirme le représentant officiel de l’Association Internationale des Pays de Langue Française.

Évidemment, ça ne se compare pas au mouvement mondial qu’on voit aujourd’hui, convient-il. « Le monde politique, diplomatique et les groupes financiers internationaux » ont évolué plus lentement que les ONG ne l’auraient souhaité. Mais il y a quand même eu de l’éducation et des actions concrètes. Yvon Côté ajoute que des évènements comme la Marche pour le climat, en septembre dernier, le réjouissent tout particulièrement. Il voit les résultats de ce que lui et ses collègues sensibilisés par la crise climatique de partout dans le monde ont semé. « Ça va continuer à faire des petits. Et il y aura une heureuse moisson dans les mois et les années à venir. »