(Washington) Jane Fonda descend à nouveau dans la rue, comme à l’époque de la guerre du Viêtnam, inspirée par une militante qui a 65 années de moins qu’elle : Greta Thunberg.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Allons donner des coups de pieds au cul ! », a crié Jane Fonda le vendredi 15 novembre, au pied du Capitole à Washington. « C’est le temps de se battre ! », a-t-elle ajouté à plusieurs reprises, lors d’une manifestation animée dont La Presse a été témoin.

L’actrice estimait ces derniers temps que les gestes environnementaux individuels ne suffisaient plus, qu’elle devait en faire davantage pour la cause climatique. Et, un jour, elle a lu un texte sur cette jeune Suédoise de 16 ans.

Greta Thunberg a changé ma vie. J’étais de plus en plus dépressive et anxieuse parce que je savais que je n’en faisais pas assez pour la crise climatique.

Jane Fonda

« Greta nous dit que l’heure de la désobéissance civile a sonné, a expliqué Fonda en début de semaine, alors qu’elle acceptait au nom de Thunberg le prix de la femme de l’année dans la catégorie Révolutionnaire du magazine Glamour. Le temps de la rébellion est arrivé ! »

De la désobéissance civile, la militante de longue date en a fait bien plus qu’elle n’a bu de martinis dans sa populaire série sur Netflix Grace et Frankie. Mais cette envie de recommencer à militer, Jane Fonda dit qu’elle la doit entièrement à Greta Thunberg. Exactement comme elle avait été poussée à descendre dans la rue, il y a 50 ans, par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Simone Signoret, alors qu’elle vivait en France.

Il y a plus d’un mois, elle a ainsi quitté sa « confortable maison de Beverly Hills » pour déménager à Washington, là où les politiciens se trouvent. Elle a mis sur pied le mouvement Fire Drill Fridays et elle manifeste tous les vendredis devant un édifice gouvernemental pour « nommer l’urgence », attirer l’attention de la presse et mobiliser les foules. Un clin d’œil aux manifestations lancées par Greta Thunberg qui ont lieu partout dans le monde, notamment ici, à Montréal, Québec, Ottawa et dans des villes de moindre taille comme Sutton.

Tous les citoyens sont invités à se joindre à elle, sur la pelouse du Capitole à Washington, pour entendre des allocutions d’experts et faire de la désobéissance civile.

PHOTO ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des centaines de citoyens se joignent chaque vendredi à Jane Fonda pour inviter la population à lutter contre les changements climatiques.

Jane voit rouge

Ce vendredi 15 novembre, pour la sixième semaine de suite, des centaines de personnes se sont ainsi rassemblées sous le soleil de Washington, à l’invitation de Jane Fonda.

À 81 ans, le surnom que lui avait donné le magazine LIFE – Busy Rebel, ou la « rebelle à l’horaire chargé » – lui va toujours aussi bien. Alors que la foule scande son prénom : « Jane, Jane, Jane », l’ambassadrice de L’Oréal monte sur scène et fait une grimace sympathique aux militants présents. « Nous sommes de plus en plus nombreux », lance-t-elle, manifestement surprise de l’ampleur que prend son mouvement prend.

Sur des vêtements noirs, elle porte un chic manteau rouge vif qu’elle met à chaque évènement de Fire Drill Fridays. « C’est son dernier achat vestimentaire. Elle a décidé de ne plus acheter de vêtements », nous dit Jodie Evans, qui manifeste aux côtés de Jane Fonda depuis une cinquantaine d’années.

À propos de sa grande amie, elle ajoute : « Elle est très brillante et elle sait ce qu’elle doit faire. D’abord, elle se renseigne chaque jour sur les enjeux environnementaux pour maîtriser le dossier. Mais aussi, elle est quotidiennement dans un grand média ou une émission importante pour parler de la cause. »

PHOTO PATRICK SEMANSKY, ASSOCIATED PRESS

Jane Fonda et d’autres militants ont occupé une des entrées de la Maison-Blanche le 8 novembre.

Pour encore plus braquer les projecteurs sur son mouvement, Jane Fonda invite des personnalités à l’accompagner sur scène. À ses côtés vendredi, il y avait notamment les deux actrices qui interprètent ses filles dans Grace et Frankie, June Diane Raphael et Brooklyn Decker, ainsi que Robert Kennedy Jr.

June Diane Raphael, qui arborait un chandail rouge où on pouvait lire en français « Ça suffit », a raconté que ses enfants de 3 et 5 ans avaient déjà conscience de la crise climatique. Elle n’a pas envie de leur dire plus tard qu’elle est restée inactive face à l’urgence. 

Il faut convaincre nos mères, nos pères, nos oncles, nos tantes, nos grands-parents et nos amis de participer. Pour que nous puissions dire à nos enfants : les adultes ont compris.

June Diane Raphael

Comme en écho à ces propos, Jane Fonda a sauté sur la scène pour scander avec force ces dernières paroles : The adults have arrived !

D’ailleurs, en l’observant, on voit bien qu’elle est la chef d’orchestre de l’évènement. Elle est la reine de la ruche et les abeilles travaillent fort pour que tout se passe à la perfection.

Désobéissance civile

PHOTO ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Jane Fonda lors d’une allocution le 8 novembre

Depuis le début des Fire Drill Fridays, Jane Fonda a été arrêtée à quatre reprises. La dernière fois, le 1er novembre, elle a dû passer une nuit en prison. Une nuit que ses « vieux os » ont trouvée difficile. Sur la scène devant le Capitole, ils sont d’ailleurs plusieurs à mentionner le courage de l’actrice qui « offre encore aujourd’hui son corps à une cause ».

« OK, c’est le moment d’aller faire de la désobéissance civile ! », a lancé Jane Fonda, solide comme un chêne, après plus d’une heure de discours enflammés et informatifs.

Une marche se met en branle jusqu’à l’immeuble gouvernemental Russell Senate Office. Plus de la moitié des gens rassemblés entrent dans l’édifice pour prendre possession symboliquement de l’espace. Les autres préfèrent se retirer, ne souhaitant pas être arrêtés.

À l’intérieur, les policiers font leur devoir. Ils clament que les manifestants ont une minute pour évacuer.

C’est là que Fonda flanche et déclare qu’elle ne restera pas, puisqu’une prochaine arrestation pourrait lui valoir plusieurs nuits de prison. Avant de partir, elle remercie et applaudit chaleureusement les militants qui s’apprêtaient à se faire arrêter, dont Robert Kennedy Jr et June Diane Raphael.

Vous savez, un militant, c’est quelqu’un qui aime. Qui aime les autres, qui aime la planète. Et quand on aime et qu’on a de la compassion, on a besoin de faire quelque chose, sinon on devient dépressif. Et Jane le dit, depuis qu’elle refait du militantisme, elle n’a plus de période dépressive.

Jodie Evans

La New-Yorkaise Claire Wright a aussi quitté l’immeuble pour ne pas se faire arrêter. De l’extérieur du périmètre de sécurité, elle regarde avec fierté sa femme sortir, menottes au poignet. « On a pris le train de New York ce matin pour être aux côtés de Jane Fonda. C’est important, ce qu’elle fait. »

« Jane Fonda fait un très bon job. Elle attire les regards sur la crise climatique », ajoute Penny Jackson, une baby-boomer de la Floride venue à Washington pour l’évènement, preuve que l’actrice attire des gens des quatre coins des États-Unis.

On pourrait même dire qu’elle est à la tête d’un mouvement qui a la particularité d’être composé essentiellement de femmes.

Convaincre

En plus d’être une inspiration pour Fonda, Thunberg offre bien des parallèles avec celle qui suit aujourd’hui ses pas.

PHOTO MANDEL NGAN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Jane Fonda lors de son arrestation le 1er novembre

Très volontairement, Fonda versait à un organisme militant tous les revenus liés à ses très lucratives vidéos d’entraînement des années 80. Alors que Greta consacre tout son temps à sa cause.

Également, chacune de ces femmes « révolutionnaires » paye cher son combat, en se faisant insulter et ridiculiser sur la place publique, entre autres par des politiciens.

Et surtout, l’objectif des deux femmes est le même, malgré leur différence d’âge : sensibiliser, interpeller, convaincre. « Elle touche un nouveau public, conclut Jodie Evans, et c’est exactement ça qu’il est important de faire. »

> Regardez le discours de Jane Fonda (en anglais)