Bien que des enfants puissent en souffrir dès un très jeune âge, l’anxiété se manifeste généralement à l’adolescence. Pour la prévenir et mieux la maîtriser, des chercheurs de l’Université Concordia mettront en place, au cours de l’année, un programme pilote dans quelques écoles montréalaises.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

À l’école, les enfants apprennent généralement l’importance de bien manger et de faire de l’activité physique afin d’être en bonne santé. Mais les outils pour veiller à son bien-être psychologique sont plus rarement enseignés. Deux professeurs de psychologie de l’Université Concordia, William Bukowski et Adam Radomsky, travaillent à l’élaboration d’un programme de recherche qui vise à sensibiliser les élèves de cinquième et sixième année du primaire à la gestion du stress et de l’anxiété. 

Pourquoi à cet âge ? « Nous croyons qu’il est mieux de donner aux jeunes ces outils avant le moment où ils pourraient devenir anxieux plutôt qu’après coup. C’est à titre préventif », souligne William Bukowski, professeur et chercheur au département de psychologie de l’Université Concordia et titulaire d’une chaire de recherche sur le développement en début d’adolescence (Early Adolescent Development). Il remarque que l’anxiété fait généralement son apparition lors de l’entrée au secondaire. Alors que les enfants ont tendance à vivre au jour le jour, les adolescents sont plus conscients du futur.

« On veut parler [aux enfants] de la santé mentale, pas dans le sens des problèmes que les gens peuvent avoir, mais comme un processus, précise M. Bukowski. Comment s’autoréguler afin d’avoir une bonne santé mentale ? Nous allons introduire des notions qu’on entend souvent dans les médias, comme l’équilibre et la résilience. » 

Les enfants seront notamment initiés à des techniques de relaxation, à des manières de filtrer les pensées négatives et à la méditation pleine conscience.

Les chercheurs souhaitent également amener les enseignants à reconnaître les circonstances qui peuvent provoquer de l’anxiété chez leurs élèves et à agir de façon à diminuer leur stress.

Des programmes du genre, basés pour leur part essentiellement sur la pleine conscience, ont déjà été implantés dans le passé, mais ils ont connu des résultats « médiocres », selon William Bukowski. « La pleine conscience est souvent présentée comme une solution à tous les problèmes, mais parfois, elle peut aussi causer des problèmes », explique-t-il. En devenant pleinement conscientes, certaines personnes « réalisent que leur vie n’est pas aussi belle qu’elles pensaient qu’elle était ». Ainsi, il croit qu’il faut donner aux jeunes une variété d’outils pour apprendre à relaxer et à filtrer les expériences négatives.

L’anxiété en hausse

Les deux professeurs ont décidé de placer l’anxiété au centre de leur projet, en raison de l’augmentation considérable du taux d’anxiété chez les adolescents au cours des dernières années. Selon l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017, menée par l’Institut de la statistique du Québec, la proportion des élèves du secondaire aux prises avec des troubles anxieux, confirmés par un médecin, est passée de 8,6 % en 2011 à 17,2 % en 2017.

Chez Tel-jeunes, les questionnements liés à la santé psychologique chez les jeunes représentent 38 % de toutes les interventions. Les sujets relevés sont notamment l’estime de soi, l’anxiété, l’inquiétude, la gestion des émotions et les idées suicidaires, précise l’organisme.

Selon William Bukowski, cette hausse de la prévalence de l’anxiété chez les jeunes est souvent attribuée aux changements sociaux que connaît notre époque. « L’anxiété a beaucoup à voir avec l’intolérance à l’incertitude, expose-t-il. Le monde est devenu moins certain et comme résultat, les gens qui ont de la difficulté à tolérer l’incertitude feront face à plus de problèmes parce qu’il y a plus d’incertitude. » Il observe d’ailleurs que le niveau d’anxiété est plus élevé en septembre, alors que les jeunes rentrent à l’école et font face à un degré d’inconnu élevé.

Le professeur croit également que le niveau de compétitivité ressenti par les jeunes est plus élevé qu’auparavant. Bien qu’il n’en soit pas le seul responsable, le filtre déformant des réseaux sociaux n’est pas étranger à cela, selon lui.

Trois conseils aux parents

Leur donner confiance
« Les élèves deviennent souvent anxieux parce qu’ils ne savent pas ce qu’il va arriver, constate William Bukowski, professeur et chercheur au département de psychologie de l’Université Concordia. Les parents peuvent rappeler à leurs enfants : “Hé, tu as bien fait l’an dernier. Peut-être que tu as eu de la difficulté avec ceci ou avec cela, mais tu peux travailler là-dessus. Aie confiance en toi.” »

Diminuer l’incertitude
« Quand leur enfant se sent anxieux, une chose que les parents peuvent faire est de demander pour quelle raison, suggère William Bukowski. Quelles sont tes préoccupations ? Tu es préoccupé parce que tu crois que l’enseignant ne t’aime pas, ou tu es inquiet à propos d’un examen ? Comment vous pouvez minimiser cela ? Peut-être en demandant à l’enseignant quelles sont les attentes par rapport à ce test. »

Ne pas accorder trop d’importance aux notes
« Il y a une chose que presque tous les professeurs vont diront : un étudiant qui obtient des A+ est bon à une chose : obtenir des A+, dit William Bukowski. À long terme, un étudiant qui a des B+ va souvent plus loin. Et si tu demandes aux parents ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants, ils répondent : “Je veux seulement qu’ils soient heureux.” Tu demandes aux enfants ce que leurs parents veulent pour eux, ils disent : “Ils veulent que j’aie des A+ !” » Il est donc également important de bien communiquer ses attentes.