Nos vies sont jalonnées de premières fois… et certaines sont plus marquantes que d’autres. Chaque vendredi au cours de l’été, une personne nous raconte quel effet une décision ou un événement a pu avoir sur son existence.

Nicolas Bourcier
La Presse

Christian Lanouette, tatoueur depuis 18 ans, a fait ses premières armes… sur sa cuisse : une étoile et une rose. Depuis, impossible pour lui d’estimer le nombre de fois qu’il a pratiqué son art. « J’étais beaucoup dans le milieu du skateboard et de la musique. Le tatouage était omniprésent dans ce mouvement culturel là. J’ai eu la chance d’avoir un bon cercle d’amis sur qui j’ai pu m’entraîner », explique-t-il dans son salon de tatouage, Sans Regret, plein à craquer en cette fin de journée, rue Rachel à Montréal.

Les choses ont bien changé depuis qu’il a utilisé une aiguille pour décorer sa peau pour la première fois.

« Quand j’ai commencé le tatouage, c’était vraiment marginal. J’avais carrément l’air d’une bête de foire », raconte Christian Lanouette. Aujourd’hui, les dessins qui ornent son corps lui donnent plutôt des airs de carte de mode. D’ailleurs, le premier tatouage qu’il s’est fait faire, un bracelet de feu sur son bras droit, est à peine visible sous les couches de dessins qui se sont ajoutées avec le temps. « J’ai fait faire ça en 1997, j’avais 17 ans. Comme tu peux voir, il ne paraît plus très bien », raconte-t-il.

À ses débuts, vers la fin des années 90, il a eu du mal à s’informer pour apprendre le tatouage. Une fois par mois, il achetait au dépanneur une revue sur les tatouages. « Quand j’ai commencé, c’était vraiment marginal, ceux qui en avaient, c’étaient des punks. Aujourd’hui, c’est vraiment rendu mainstream. Monsieur et madame Tout-le-Monde se font tatouer. »

En faire, donc, n’a pas été de tout repos. « Il fallait que j’entre en contact avec des gens qui avaient des studios. Il y a une vingtaine d’années, c’était très difficile », se souvient le tatoueur, qui est néanmoins content d’être passé par la vieille école, d’avoir appris son métier à la dure.

Tout a changé. Aujourd’hui, tu mets le mot tatouage sur n’importe quoi, puis ça va se vendre.

Christian Lanouette, tatoueur

Se faire connaître sur les réseaux sociaux

L’arrivée des réseaux sociaux a permis de donner plus de visibilité aux artistes du tatouage. 

« Il n’y a plus beaucoup de gens qui entrent ici et demandent d’abord à voir nos livres de dessins, explique M. Lanouette. Dans le temps, c’était comme ça que ça fonctionnait. Aujourd’hui, les gens ont déjà un rendez-vous 95 % du temps. » Et quand le rendez-vous est pris, c’est parce que les clients ont d’abord vu les croquis du tatoueur sur l’internet ou les réseaux sociaux.

Aussi, grâce à Instagram, par exemple, un jeune tatoueur peut facilement se faire un nom. « J’ai l’impression qu’aujourd’hui, un jeune qui commence à tatouer peut devenir un artiste reconnu en un an ou deux. »

Mais faire partager son art sur l’internet n’a pas que du bon. « Les droits d’auteur, pour vrai, oublie ça. Tu as beau mettre un copyright sur la photo, ça ne donne rien. »

« Au début, ça me faisait vraiment rager quand je voyais quelqu’un qui copiait un de mes tatouages, poursuit Christian. Maintenant, je me dis que si mon tatouage est assez hot pour être copié, tant mieux. La plupart des artistes n’aiment pas reproduire le travail des autres, de toute façon. »

Des progrès et des défis

Dans les années 90, Christian Lanouette devait souder et stériliser son matériel lui-même. « On ne fait plus de stérilisation puisque tout est pré-usiné et pré-stérilisé. Je trouve ça vraiment hot », lance-t-il. Seul bémol, parce que le matériel pré-stérilisé est destiné à un usage unique, il engendre davantage de déchets. « Il nous reste à trouver une façon de rendre ça écologique », lance le tatoueur.

Le monde du tatouage est donc appelé à évoluer… encore !