Depuis 10 ans, les maisons des jeunes (MDJ) sont en véritable croisade pour continuer à intéresser une clientèle rivée à ses écrans. Elles se battent tous les jours contre les réseaux sociaux, les jeux vidéo et les téléphones cellulaires. Et ça marche. Portraits de quatre établissements à l’ère du numérique.

Thomas Dufour Thomas Dufour
La Presse

La Petite-Bourgogne : une révolution par le communautaire

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le directeur de Youth in Motion (L’Association des jeunes de la Petite-Bourgogne), Michael Farkas, discute avec certains des animateurs de l’établissement.

Le directeur de Youth in Motion (L’Association des jeunes de la Petite-Bourgogne), Michael Farkas, connaît son quartier de fond en comble. En marchant dans le parc Oscar-Peterson, à un jet de pierre de la MDJ, le directeur de l’établissement salue tout le monde.

Il s’approche des jeux d’eau pour parler à des parents et à leurs enfants ; il serre la main de policiers et les salue par leur prénom ; il rigole avec les médiatrices qui travaillent au parc. Les habitants de la Petite-Bourgogne viennent lui parler, lui demander conseil ou simplement le saluer.

Cette approche montre bien la vision de Youth in Motion : ne pas attendre les jeunes et aller directement à leur rencontre. Les intervenants sont nomades.

Depuis l’arrivée du téléphone intelligent et de la tablette, la MDJ a dû redoubler d’ardeur pour rejoindre sa clientèle. L’équipe enregistre de la musique dans des studios au sous-sol, offre des cours de vidéo et de prise de son, sort dans les parcs pour des BBQ et des activités sportives.

Quand Michael Farkas, 59 ans, regarde en arrière, il est fier du chemin parcouru par le quartier. « On est passés de “ça va mal” à “ça va mieux”. » Il remarque que la violence a beaucoup reculé au parc Oscar-Peterson depuis 15 ans.

En ce jeudi soir, le parc est rempli d’enfants qui courent dans les jeux d’eau, de jeunes qui jouent au basketball, de familles qui pique-niquent à l’ombre.

Michael Farkad croit que les groupes communautaires y sont pour quelque chose. « On voulait redonner le quartier à ses citoyens. On a travaillé tous ensemble et c’est comme ça qu’on a relevé le défi. »

Le Plateau-Mont-Royal : l’entrepreneuriat encouragé

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

La Maison des jeunes du Plateau fonctionne un peu comme une petite entreprise. L’été, ces participants offriront des services comme du gardiennage, du jardinage et du lavage dans le secteur.

En ce mardi après-midi, à la MDJ du Plateau, 10 adolescents âgés de 14 à 16 ans discutent « business ». Ils revoient les horaires et les échéances des prochaines semaines avec deux intervenants. Bientôt, ils auront à mettre sur pied une petite entreprise.

Les participants offriront des services comme du gardiennage, du jardinage et du lavage dans Le Plateau-Mont-Royal. Ils vendront aussi de la nourriture au parc Baldwin.

L’équipe est séparée en services : marketing, ressources humaines et comptabilité.

« Il faut répartir les tâches et communiquer sinon ça ne fonctionne pas, dit Yann-Akim, 14 ans. J’aime que ce soit une coopérative, ce n’est pas quelqu’un en haut qui donne des ordres à ceux d’en bas. »

« Je ne voulais pas juste rester chez moi tout l’été à écouter la télé donc je me suis embarqué dans le projet », dit Samira, 16 ans. Ils travailleront quatre jours par semaine tout l’été.

Malgré tout, la MDJ du Plateau souffre de l’arrivée des nouvelles technologies. « Les adolescents restent chez eux et ils socialisent différemment, dit Simon Gagné, coordonnateur à la MDJ du Plateau. Ils ont moins besoin de sortir. »

Les intervenants constatent aussi que les jeunes ont tendance à considérer la MDJ comme un commerce plus que comme un milieu de vie. « C’est de la consommation du loisir. Ils arrivent en disant : “Je veux faire de la musique”. Ils en font et partent », raconte Simon Gagné.

L’Île-Perrot : déménager pour se renouveler

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Afin de rester en contact avec sa clientèle, la Maison des jeunes de L’Île-Perrot a des comptes Facebook et Instagram.

À la Maison des jeunes de L’Île-Perrot, les boîtes vides s’entassent le long des murs. Les intervenants et les jeunes attendent le déménagement d’une semaine à l’autre.

Le local est un ancien salon de quilles, avec des œuvres murales, une cuisine, des tables de ping-pong et de billard. Seul hic, l’eau s’infiltre par le toit. La MDJ a donc décidé de faire peau neuve pour rester au goût du jour.

Le déménagement n’est que l’une des étapes de ce renouvellement. La MDJ a maintenant des comptes Facebook et Instagram, participe aux évènements de la ville, envoie des intervenants dans les écoles, organise des soirées.

Résultat : le nombre de jeunes est passé de 80 à 160 entre 2018 et 2019. « On suit la génération plutôt que de rester tout seuls dans notre coin », explique Nathan Coallier, un jeune impliqué dans la gestion de la MDJ. Le défi est d’assurer un renouvellement de la clientèle, quand les ados ont 18 ans et quittent la MDJ.

Rimouski : renouer avec la nature

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA MAISON DES JEUNES DE RIMOUSKI

Quelques fois par année, Marc-Alexandre Labelle passe à la Maison des jeunes de Rimouski et invite un petit groupe à l’accompagner à la pêche. 

Quelques fois par année, Marc-Alexandre Labelle embarque cannes à pêche, hameçons et bottes de pluie dans sa voiture, puis passe chercher deux ou trois jeunes pour aller taquiner le saumon à la mouche.

Ils reviennent souvent les mains vides, mais Marc-Alexandre ne s’en formalise pas. « C’est fou, les discussions qu’on a avec les jeunes dans le bois, autour d’un feu, dit l’intervenant et coordonnateur de la Maison des jeunes de Rimouski. On n’a pas besoin de poser de questions, ça sort tout seul. »

Ces activités permettent à des jeunes de vivre des expériences qu’ils ne vivraient pas autrement. « Je sais que certains n’iraient pas dans le bois avec leurs parents. »

Au début des années 2000, la Maison des jeunes de Rimouski était victime de sa popularité. « On pouvait avoir 80 jeunes dans une soirée. Ça avait l’air d’une discothèque », se souvient Marc-Alexandre Labelle.

À l’époque, des conflits éclataient entre différentes gangs. « Il y avait les death metal et les rappeurs qui se faisaient la guerre », dit Marc-Alexandre Labelle. Ces rivalités ont disparu en même temps que ces styles vestimentaires.

L’intervenant croit que les nouvelles technologies ont aidé sa maison des jeunes. Comme plus de jeunes restent chez eux, les intervenants peuvent maintenant consacrer plus de temps à ceux qui se déplacent jusqu’aux locaux de l’organisme. La génération née avec les divertissements électroniques cherche des solutions de rechange et réalise l’importance des contacts humains, selon Marc-Alexandre Labelle. « Ils ont besoin de se voir. »