(Nepean, Ontario) De Sydney à Paris, plusieurs milliers de « milléniaux » sont fidèles au message évangélique des messes rock de l’Église Hillsong. À une époque de fortes turbulences, ils y trouvent du réconfort et du sens. Notre reporter a assisté à un service au début du mois à Ottawa.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Il est 11 h en ce frisquet dimanche d’un printemps tardif. Le stationnement de la St. Paul Catholic High School est archiplein. Que se passe-t-il dans cette école pour qu’il soit si difficile de se garer un dimanche matin ? Il y a un service de l’Église Hillsong.

Fondée à Sydney, en Australie, en 1983, l’Église Hillsong est aujourd’hui établie dans une vingtaine de pays. De Buenos Aires à Johannesburg en passant par Berlin, Paris, Los Angeles, New York et Toronto, on y trouve partout la même formule gagnante. Les messes sont données dans des méga-églises, des amphithéâtres de 1000 à 10 000 places, devant un public composé en majorité de gens de moins de 35 ans.

Ces services ressemblent à des spectacles rock. Du rock chrétien, puisé dans les titres des étiquettes Hillsong, qui est le canal par lequel passe le message spirituel et évangélique.

Depuis 2018, Hillsong a pignon sur rue à Nepean, en banlieue d’Ottawa (l’une de ses trois divisions canadiennes, avec les églises de Toronto). En général, les messes dominicales ont lieu à l’Algonquin Commons Theatre, une salle de 800 places sur le campus du collège Algonquin. Mais on a déplacé temporairement les messes à l’école St. Paul, non loin de là, tout près de l’autoroute 417 et d’un Tim Hortons !

La première fois

« Bienvenue chez vous ! », lance Emma, qui nous accueille à l’entrée. « Est-ce votre première fois ?

— Oui. On arrive de Montréal…

— D’accord, très heureux de vous avoir parmi nous. Je vous accompagne au café. Un bon latté ? »

En empruntant le corridor qui nous mène à l’amphithéâtre, on passe devant plusieurs stands et bannières avec des logos très design. Au comptoir « Hillsong Kids », on peut laisser sa marmaille à la garderie avant d’assister à la messe. Au comptoir « Kilo of Kindness », on donne des sacs écolos à remplir de nourriture sèche qui sera distribuée aux familles dans le besoin à Pâques. Au coin librairie, on peut acheter la littérature des pasteurs vedettes : Brian Houston a son livre, tout comme sa femme Bobbie Houston ; sans oublier Carl Lenz, le bon ami chrétien de Justin Bieber, au look très glamour et au corps sculpté.

Ce pasteur, plus vedette que les vedettes, est comme la réincarnation de Jesus Christ Superstar. Et il semble avoir des émules dans la capitale nationale. Autour de nous, on compte les vestes en denim, les perfectos de cuir, les jeans fuseaux, délavés et judicieusement déchirés, les coupes de cheveux à la mode. Chez Hillsong, ce n’est pas le Diable… mais Jésus qui s’habille en Prada !

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE HILLSONG OTTAWA

Si l’Église accueille des fidèles de tout âge, ce sont les jeunes adultes qui composent sa clientèle cible.

Pour ceux qui, comme nous, sont nés au temps des messes à gogo, c’est frappant : on ne voit AUCUNE tête blanche dans cette église ! Disons que la moyenne d’âge des fidèles de l’oratoire Saint-Joseph est le double, voire le triple, de celle de Hillsong.

« On accueille des gens de tous les âges », nuance Matthew Sanjari, responsable du service ce dimanche-là en l’absence du couple de pasteurs maison, Caleb et Julie Davidson. Toutefois, il nous confirme que la clientèle cible de l’Église se trouve dans le groupe « des 18-35 ans ».

Aimer d’amour

Il est midi pile. La musique devient tonitruante et les éclairages, aveuglants. C’est l’heure du deuxième service de la journée. Une centaine de jeunes s’entassent dans l’amphithéâtre. Sur scène, six musiciens (quatre guitares électriques, une batterie, un clavier), deux interprètes et un chœur entonnent des pièces de rock chrétien, choisies parmi les « tubes » du répertoire Hillsong. Tout le monde est debout, bras dans les airs et les yeux fermés, pour scander des refrains familiers : « Je suis un enfant de Dieu ; Yes I Am ! » « Dieu est amour pur. Je ne le laisserai pas partir. »

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE HILLSONG OTTAWA

Essentiellement, la devise de Hillsong se conjugue au verbe aimer : « Aime Dieu. Aime les gens. Aime la vie. »

Essentiellement, la devise de Hillsong se conjugue au verbe aimer : « Aime Dieu. Aime les gens. Aime la vie. » Bref, il y a de l’amour dans l’air. Même le technicien qui filme la messe chante en se dandinant au fond de la salle, une main sur la caméra et l’autre en l’air !

La rédemption a un prix

La portion musicale terminée, comme le couple de pasteurs est absent ce jour-là, le sermon est enregistré et diffusé sur écran géant. Il est prononcé par le fondateur et grand patron de Hillsong, Brian Houston, du siège social de Sydney.

Auparavant, on prend soin de nous informer des autres activités du printemps : l’incontournable messe de Pâques (on attend près de 2000 personnes pour les trois services) ; la soirée « revival » et les multiples façons de s’impliquer au sein de Hillsong. Sans oublier les divers modes de paiement pour contribuer à la santé financière de l’organisme.

Car Hillsong, c’est aussi une « business », avec ses campus, ses conférences, ses universités, ses trois groupes de musique, etc.

Son succès chez les jeunes repose en partie sur la musique, mais surtout sur le fait que c’est une Église qui a su capter l’air du temps comme la lumière sur le cristal. Et combler le vide de sens d’une génération qui a jeté la spiritualité avec l’eau bénite.

Célébrités, quelles célébrités ?

Durant son sermon vidéo, entre deux citations du Nouveau Testament, le pasteur Houston affirme ne pas aimer le fait que les médias associent Hillsong aux célébrités et à Hollywood. Il faut dire que, par le passé, le mariage entre Hollywood et la foi n’a pas toujours été heureux. Pensons à Tom Cruise avec la scientologie… D’où son agacement envers les « non-croyants » qui associent ses églises aux vedettes pop ou à une mode pour les jeunes âmes en peine.

Matthew Sangalli, notre voisin de rangée, semble boire les paroles de Houston. Il approuve son message à voix haute, à coups de « Ya, Ya ! » et de « Come on ! », comme dans une messe gospel en Géorgie.

« C’est une conversation avec le pasteur », précise-t-il lorsque La Presse lui demande pourquoi il s’exprime avec sonorité durant le service. Matthew a 28 ans, un bon travail et une blonde. Il va se marier l’automne prochain et travaille en communications pour le Sénat. Que vient-il chercher à Hillsong ? « Une communauté ! », répond-il du tac au tac.

Prions ensemble

Par le passé, Hillsong été associée à des thérapies de conversion pour les personnes homosexuelles en Australie. Après avoir étouffé le scandale sexuel paternel, Brian Houston a fait un parallèle douteux entre la pédophilie de son père et l’homosexualité. Or, les positions conservatrices de l’Église face à l’homosexualité, l’avortement ou le sexe hors mariage finissent toujours par rebondir sur la rhétorique charitable de Hillsong.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE HILLSONG OTTAWA

Le succès de l'Église Hillsong chez les jeunes repose en partie sur la musique.

En tout cas, elles ne semblent pas être partagées par les membres d’Ottawa rencontrés par La Presse : « Hillsong aime tout le monde, point barre », dit Matthew, après le service. « Je ne fréquente pas mon église pour discuter des controverses de la société et des sujets d’actualité. À la fin de la semaine, on vient ici pour l’amour des gens. »

Son avis est partagé par Emma, la jeune mère de famille à l’accueil, Jacob, un étudiant en informatique de 22 ans, Serge, un Acadien du Nouveau-Brunswick établi à Gatineau depuis cinq ans… lls affirment tous que les portes de la maison Hillsong sont ouvertes à tous et toutes, peu importe leur origine ethnique ou leur orientation sexuelle. D’ailleurs, ce dimanche, la faune jeune, diversifiée, comptant autant de Noirs que de Blancs, de familles que de célibataires, semble le confirmer.

« Au bout du compte, nous sommes tous des pécheurs en quête de rédemption et de pureté. Personne ne peut juger la vie des autres », conclut Serge.

Parlez-en à Justin Bieber !