Jean-Claude Van Damme a dansé sur la musique de Paul-Étienne Côté. Les acteurs John Hurt, Stanley Tucci et Julia Roberts, entre autres, ont mangé le pain de Marc-André Cyr. Aujourd’hui, ces ex-collègues aux parcours incroyables collaborent à nouveau, grâce à l’agence musicale Circonflex. Voici une histoire d’amitié parsemée d’heureux hasards, de musique et de… scones !

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Cela fait maintenant 20 ans que Marc-André Cyr et Paul-Étienne Côté se connaissent. Par l’entremise d’une connaissance commune, ils se sont rencontrés en 1999, dans un studio, pour jouer de la musique ensemble. Le premier était à la batterie, le second, au violon.

Mais ils auraient aussi bien pu se croiser dans la rue, la rue Saint-Urbain plus précisément, où ils habitaient tous deux, l’un en face de l’autre !

Paul-Étienne étudiait la philosophie et le violon jazz, tout en travaillant au Santropol. Marc-André, de 10 ans son aîné, avait déjà entrepris sa deuxième carrière aux fourneaux, après avoir pratiqué le théâtre musical pendant plusieurs années.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Marc-André Cyr est un des boulangers les plus réputés du Québec. Il travaille maintenant à l’agence de production musicale Circonflex. 

« À 12 ans, je rêvais d’être Rudolf Noureïev, admet le boulanger de 49 ans. J’avais une admiration sans bornes pour ce danseur exceptionnel. »

Sentant le temps des confidences venu, Paul-Étienne se livre à son tour : « De l’âge de 5 ans à 15 ans, j’ai fait du patinage artistique. Ma mère avait peur que je sois un “gars-gars”. Elle voulait que je développe une sensibilité artistique. » Voilà ! C’est dit.

Mais ce ne sont pas les pirouettes qui ont permis aux deux hommes de connecter. C’est plutôt leur amour de la musique, en dépit de goûts très divergents !

La naissance de Circonflex

Marc-André a proposé à son nouvel ami de travailler comme serveur chez Olive + Gourmando, boulangerie-café du Vieux-Montréal fréquentée par de nombreux artistes et quelques grandes vedettes (John Hurt, Stanley Tucci et Julia Roberts, c’était là). Le jeune diplômé pourrait y faire de belles rencontres et mettre sa carrière musicale sur les rails, peut-être.

Paul-Étienne a passé quatre heureuses années dans la salle animée d’Olive + Gourmando. Un jour, il a justement rencontré LA personne qui lui ouvrirait la porte du vaste monde de la production musicale. C’était un habitué du café. De fil en aiguille, il a mis le jeune homme en contact avec une amie française cherchant une musique pour un film d’animation. « Marc-André a même joué de la batterie sur le démo que j’ai envoyé et qui m’a permis de remporter mon premier pitch ! »

Ainsi naissait Circonflex, agence de production musicale fondée en 2005, sans tambour ni trompette. Plusieurs années plus tard, des centaines d’épisodes d’émissions de télé et un très grand nombre de publicités québécoises, françaises, américaines et britanniques ont pour trame musicale les compositions de Paul-Étienne et de son équipe.

Il suffit d’aller sur le site de l’agence pour constater à quel point ces musiques sont omniprésentes dans nos vies. Quelques exemples de campagnes récentes : Coors Light UK avec Jean-Claude Van Damme, Biotherm Homme avec David Beckham, Le Lait, Maxi avec Martin Matte, « La maladie d’amour des enfants » pour la Fondation CHU Sainte-Justine.

Tandis qu’il bâtissait discrètement son entreprise, à partir de son studio maison, le musicien a continué de se passionner pour la restauration, la bonne bouffe, le vin, l’hospitalité. Aussi son intérêt très marqué pour les belles et bonnes choses devait-il se refléter dans les nouveaux locaux de Circonflex, en plein boulevard Saint-Laurent (entre Saint-Joseph et Laurier).

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Les nouveaux locaux de l’agence Circonflex sont l’œuvre de Zébulon Perron. 

Ce n’est pas un hasard si Paul-Étienne a embauché la coqueluche du design de restaurants Zébulon Perron pour concevoir l’espace tout neuf.

En plus d’une insonorisation digne d’une technologie de la NASA et des studios à la fine pointe, les lieux ont été pensés pour recevoir avec panache. Les tomates poussent sur une des terrasses. Le café vient d’un microtorréfacteur montréalais. La bière est locale. À terme, il n’est pas dit que Circonflex ne brassera pas ses propres boissons.

J’avais envie d’un endroit où nos clients se sentent bien. Ils sont accueillis avec un café et des scones ou muffins maison. Pour le lunch, on peut organiser un pizza party. La majorité de nos clients ont un certain raffinement et connaissent les bonnes choses. Pour se distinguer, à titre de studio, c’est important d’offrir une expérience qui les met en confiance.

Paul-Étienne Côté, des productions Circonflex

Pouvoir retravailler avec son ami Marc-André, c’était la cerise sur le gâteau ! Paul-Étienne a commencé à rêver à ces retrouvailles au moment où il a acheté la boulangerie portugaise voisine, un local vacant pour l’instant, mais qui permettra une éventuelle expansion.

Tout comme son nouveau « patron », le boulanger a récemment eu un deuxième enfant. La conciliation boulangerie/restauration/famille n’est pas toujours facile. De plus, il a abondamment roulé sa bosse, ayant travaillé au Pain dans les voiles, chez Automne, à son propre compte (Baker on the go), en plus d’avoir fondé l’événement Le Goût du grain, rendez-vous annuel des « tripeux » de céréales.

« C’est une chance de cuisiner dans une ambiance et dans un contexte qui vont avec ma vie. J’ai une famille avec qui je veux passer du temps. J’ai une longue histoire avec la musique et le showbiz en général. J’aime boulanger et cuisiner devant les gens, avec les gens. Paul-Étienne essaie de créer quelque chose de spécial et d’unique chez Circonflex et je suis fier qu’il m’invite à en faire partie. »

Bref, le seul aspect regrettable de l’affaire, c’est qu’il faille désormais être client, invité ou ami de Circonflex pour avoir accès aux excellents produits de boulange de Marc-André. Mais quel bel argument de vente, qui saura sans doute prendre certains publicitaires et producteurs par le ventre !