Ils gravitent dans le monde des arts tout en occupant un emploi à temps plein. Et ils réussissent dans leurs deux domaines ! Cette semaine, La Presse a rencontré le Dr André Perreault, chirurgien orthopédiste, plasticien ET sculpteur.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Ses œuvres sont exposées dans son cabinet privé de la rue Saint-Jacques à Montréal. Des sculptures sur pierre pour la plupart, quelques-unes en marbre, souvent à deux faces, des bronzes aussi. Pour l’essentiel des corps de femmes.

« Plusieurs patients ne savent pas que c’est moi qui les fais, ils pensent que je les ai achetés, rigole le Dr André Perreault. Mais il y en a plusieurs qui m’ont dit : “Moi, ce qui m’a convaincu de me faire opérer par vous, ce sont vos sculptures.” Les gens se disent : s’il est capable de faire ça, il doit être capable de faire de belles chirurgies ! »

Son atelier d’artiste se trouve dans le deuxième sous-sol de l’immeuble où il travaille. C’est là que nous le rencontrons. « Je peux faire tout le bruit que je veux ici, nous dit le Dr Perreault, qui avait jadis un atelier à Sainte-Adèle (où il habitait), mais où il générait beaucoup trop de bruit pour ses voisins…

Ce spécialiste de la chirurgie du pied a grandi dans une famille d’artistes à Gatineau. Non, il n’y a pas de hasards.

« Mon père faisait beaucoup de croquis, ma mère était peintre, j’ai une sœur qui a fait de la musique, une autre qui a étudié en histoire de l’art et un frère qui dessinait », nous raconte-t-il, assis devant une sculpture représentant Léane Labrèche-Dor en train de danser (inspirée de sa participation à l’émission Les dieux de la danse).

Avant de faire sa médecine, il dessinait, peignait et sculptait des objets. « J’ai fait des chandelles, des fusains, et je vendais ça dans des boutiques, donc j’ai toujours su que je pouvais faire des choses artistiques, nous dit-il. Je pensais faire l’École des beaux-arts, mais mes parents voulaient un avenir pour moi. Ils m’ont dit que je pouvais toujours en faire plus tard… »

J’ai réalisé que la médecine pouvait me permettre d’exercer une forme d’art.

Le Dr André Perreault

Instinctivement, il a choisi une spécialité où il se servirait de ses mains, la chirurgie orthopédiste, et a ajouté une formation de plasticien.

« Je suis un manuel, et ce que je fais, c’est de la chirurgie de reconstruction. Je pars avec un pied qui est déformé, et mon but est de ramener la fonction, mais aussi la beauté. Et je travaille fort pour ça. Je suis un perfectionniste, je vais peaufiner jusqu’à ce que je sois satisfait. C’est peut-être les deux faces de mes sculptures, mon côté scientifique et mon côté artiste. En tout cas, j’essaie d’allier les deux. »

Depuis une quinzaine d’années, il sculpte de façon plus régulière. Deux ou trois heures par jour, « après le boulot ». « Ça m’attendait », dit-il simplement.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le Dr André Perreault, chirurgien orthopédiste, plasticien et sculpteur

« Je regarde la pierre parfois pendant des heures de temps, puis à un moment donné, je vois des formes. Un dos, un bras, une figure, et puis je commence à sculpter. L’idée se précise au fur et à mesure, mais il ne faut pas se tromper, parce qu’une fois la pierre coupée, c’est fini, on ne peut pas recommencer comme avec une peinture ou un dessin… »

Depuis qu’il consacre son temps libre à la sculpture, il a reçu de nombreuses offres d’achat, mais il n’est pas encore prêt à vendre ses œuvres.

« C’est long, faire une sculpture, ça peut prendre jusqu’à un an, parfois plus, donc je n’en ai pas encore beaucoup, mais ça viendra peut-être », dit le Dr Perreault, qui a l’intention d’organiser dans le Vieux-Montréal une première exposition de ses œuvres « à l’automne ou au printemps ».

Une chose est sûre, André Perreault ne se voit pas arrêter l’une ou l’autre de ses pratiques. « Je n’ai pas l’intention de prendre de retraite, nous dit le médecin âgé de 65 ans, je vais faire comme Molière, je vais mourir sur scène. Je peux travailler moins, mais je n’ai aucun projet de retraite. Je vais continuer tant que je pourrai. »