Les nouvelles technologies et le manque de relève contribuent à la disparition graduelle de certains métiers autrefois essentiels. Chaque semaine durant l’été, La Presse rencontre des gens qui exercent encore de vieilles professions. 

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Il est à la fois podiatre et pédicure pour une clientèle délicate. Francis Dufresne-Cyr est maréchal-ferrant, métier moyenâgeux peu commun à l’ère du tout numérique.

Il travaille avec des couteaux, un marteau, des limes et des clous, mais l’art du maréchal-ferrant s’apparente à une médecine douce pour les chevaux. Il prend soin des sabots de l’animal, lui pose des fers, lorsque nécessaire, avec un seul objectif en tête : garder les pieds et les articulations en santé. Ou les soigner. « Tout ce que je fais vise le confort du cheval », insiste Francis Dufresne-Cyr.

Le jeune homme de 30 ans, qui pratique depuis 10 ans, a toujours été en contact avec les chevaux. Son apprentie, Kathrine Hébert, aussi. Il a commencé à nettoyer des box à l’écurie près de chez lui à 13 ans. Elle monte depuis l’enfance. « Il faut être bon avec les chevaux avant d’être un bon maréchal-ferrant. Personne n’est maréchal sans avoir côtoyé des chevaux, dit Francis, sinon, il ne réussira pas dans le domaine. »

Kathrine et Francis ont des gestes calmes. Ils savent parler à l’oreille des chevaux, les approcher et les rassurer s’il le faut. Ils ont aussi appris à les jauger. En un coup d’œil, ils peuvent évaluer la longueur et l’angle de leurs sabots. Si le pied se pose bien à plat sur le sol. S’il y a des tensions ou des déséquilibres dans les pattes d’un animal. Sur ce plan, ils sont un peu podiatres.

« On ne met un fer que quand c’est nécessaire », précise Francis. Il y a trois raisons principales pour ferrer un cheval : soit il travaille sur un terrain abrasif qui risque d’user ses sabots trop rapidement et le blesser, soit il pratique un sport qui exige une traction spéciale, soit il a un problème… « Dans les cas thérapeutiques, le fer peut servir d’orthèse, d’une certaine manière », explique le maréchal-ferrant.

Il faut être capable d’évaluer ce que le cheval a à faire, comment il est fait et comment son pied est fait pour déterminer s’il a besoin d’un fer et établir la quantité de corne à enlever.

Francis Dufresne-Cyr, maréchal-ferrant

Seule une minorité de chevaux porte des fers. Tous ont besoin de passer dans les mains d’un maréchal-ferrant toutes les cinq ou six semaines, par contre. Comme nos ongles, la corne de leurs pieds pousse continuellement. Et si elle s’use au gré des kilomètres parcourus chaque jour par les chevaux sauvages, ce n’est pas la même chose pour ceux qui passent l’essentiel de leur temps dans un box ou un enclos.

Le boulot de Kathrine et de Francis est d’abord de leur faire un bon pédicure : couper le sabot avec un couteau à rainette (qui empêche d’aller trop profondément et de blesser l’animal) pour le remettre à plat et le limer. L’essentiel du travail des maréchaux-ferrants est toutefois de faire comme les forgerons du Moyen Âge : ajuster et clouer des fers, parce que ça prend plus de temps que de simplement entretenir la corne.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

« Ça m’a pris environ cinq ans avant d’être à l’aise d’avoir un apprenti, Je ne voulais pas montrer des choses incorrectes », dit Francis Dufresne-Cyr. Kathrine Hébert, qui commence à développer sa propre clientèle, entend bien prendre un ou une apprentie plus tard.

Savoir forger des fers n’est plus essentiel, même si tous les maréchaux-ferrants sont formés pour le faire. « On travaille [surtout] avec des fers préfabriqués, qu’il faut ajuster au pied du cheval, explique Francis, qui traîne des dizaines de modèles différents dans sa remorque aménagée en atelier. Il n’y a pas un fer qui est fait pour un pied de cheval. Il faut toujours l’ajuster. »

Kathrine et Francis peuvent tailler les sabots d’environ 20 chevaux par jour. Ou en ferrer six ou sept maximum. Francis préfère la qualité à la quantité. « Ceux qui en font beaucoup, dit Francis, ils font ça pendant un certain temps… et après ils n’en font plus du tout ! » Or, Francis, lui, a bien l’intention de faire les ongles aux chevaux pendant longtemps.

La profession en trois questions

Depuis quand ?

Francis Dufresne-Cyr pratique depuis 10 ans, après avoir étudié au seul endroit proposant cette formation au Québec, l’Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière.

Comment a-t-il commencé ?

Il travaille dans des écuries depuis l’adolescence : il a nettoyé des box, entraîné des chevaux, donné des cours d’équitation. « Pendant tout ce temps, je voyais le maréchal-ferrant travailler. Je trouvais ça tellement intéressant que j’arrêtais mon travail pour lui parler », raconte-t-il. Rendu à l’université, il faisait son horaire en se réservant toujours deux jours par semaine pour travailler avec un maréchal-ferrant. L’évidence s’est imposée : « Je me suis rendu compte que c’est parce que je préférais faire ça. »

Si c’était à refaire ?

Il referait le même choix. Sans hésiter !