Le plus récent rapport de surveillance du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), publié la semaine dernière, indique une hausse des diagnostics chez les enfants. Le point avec le psychiatre Alain Lesage, de l’Unité de surveillance des troubles mentaux et maladies neurologiques de l’INSPQ.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

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En 2015-2016, la prévalence annuelle (personnes diagnostiquées et traitées une année donnée) était de 4,1 % des enfants et des jeunes de 1 à 24 ans. Elle s’établissait à seulement 0,9 % en 2000-2001. Au cours de la même période, la prévalence à vie est passée de 2,2 % à 11,3 %. Les garçons sont plus nombreux que les filles à recevoir un diagnostic durant l’enfance et l’adolescence, mais à l’approche de l’âge adulte (18-24 ans), les proportions sont à peu près égales.

Augmentation constante

L’accroissement du nombre de cas recensés s’explique par un plus grand nombre de diagnostics, souligne le Dr Alain Lesage. « Ça ne veut pas dire que la maladie est plus fréquente qu’avant », nuance-t-il. Le chiffre de 11,3 % de prévalence à vie est comparable à celui qui a été constaté par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis, dit-il aussi. Le chercheur à l’Institut universitaire de santé mentale de Montréal précise que l’écart entre les prévalences annuelle et à vie indique qu’un pourcentage important des gens qui ont reçu un diagnostic de TDAH ne sont pas traités ou, du moins, pas de façon continue.

Écarts régionaux

Des disparités régionales importantes existent : il y a presque 10 points d’écart entre la prévalence du TDAH chez les 1 à 24 ans à Montréal (6,9 %) et celle dans le Bas-Saint-Laurent (16,6 %). Ces différences régionales ne sont pas propres au Québec et tiennent, selon lui, à des facteurs structurels : la majorité des diagnostics sont posés par des médecins de famille et des pédiatres, plus difficilement accessibles dans les grands centres. « Les villes comme Montréal sont riches en médecine spécialisée et relativement pauvres en médecine de première ligne, explique-t-il. Le nombre de médecins de famille [par habitant] est moins élevé à Montréal, en particulier dans les quartiers défavorisés. » Il y aurait peut-être un sous-diagnostic chez les enfants de Laval et Montréal, qui arrivent en queue de peloton.

Diagnostic et accompagnement

« On n’a pas de problème d’identification [du TDAH] et de surdiagnostic. On n’a pas de problème d’accès à la médication », tranche le Dr Alain Lesage. Le manque se trouve dans l’accompagnement des enfants, des adolescents et des familles. « Dans le volet traitement psychosocial […], il y a un grand déficit », estime le spécialiste, qui pointe notamment les écoles et les lieux comme les CIUSSS où les parents pourraient obtenir l’aide de spécialistes pour encadrer leur enfant.

Plus défavorisé, plus à risque

Les indicateurs de l’INSPQ font un lien entre l’indice de défavorisation matérielle et la prévalence du TDAH. La pauvreté ne cause pas ce trouble, bien sûr. Avoir un TDAH rend toutefois plus à risque de décrocher de l’école, d’occuper un emploi moins bien rémunéré et de se retrouver dans un secteur défavorisé, résume le médecin. Il y a en outre une composante génétique dans ce trouble, qui « empêche les gens de bien utiliser leurs capacités cognitives ». Le psychiatre insiste : « Cela n’a rien à voir avec les capacités intellectuelles » d’une personne. Il croit en outre possible de « briser le cercle », si on s’occupe de ces enfants.

Sources des données

Les estimations contenues dans le rapport publié le 24 avril découlent du jumelage de fichiers de la Régie de l’assurance maladie du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec qui constituent le Système intégré de surveillance des maladies chroniques du Québec.