Au Québec, le régime cétogène connaît un léger regain de popularité. Si plusieurs petits patients épileptiques suivent ce traitement alimentaire, c'est encore une infime minorité.

Sophie Allard

À l'hôpital Sainte-Justine, on parle de 10 enfants épileptiques sur 2000 par année. À l'Hôpital de Montréal pour enfants, ça tourne autour de six enfants par année.

Au cours des 10 dernières années, vu le nombre croissant d'enfants devenus résistants aux anticonvulsivants, le régime cétogène est de nouveau considéré comme un moyen efficace pour maîtriser les crises, indique Épilepsie Canada.

«Notre habitude est d'offrir le régime cétogène seulement après avoir fait plusieurs essais avec différents antiépileptiques. Quand ces médicaments sont inefficaces ou mal tolérés par le patient, on propose alors le régime», explique la Dre Anne Lortie, épileptologue et chef du service de neurologie à l'hôpital Sainte-Justine. On y offre le régime cétogène depuis 1987.

La popularité de ce régime est cyclique et inversement proportionnelle à la découverte de médicaments prometteurs. «Après avoir été peu à peu abandonné vers la fin des années 90, le régime cétogène a été réintroduit chez nous en 2006, indique Sandra Bérubé, infirmière clinicienne au service de neurologie de l'Hôpital général pour enfants. On l'offre seulement aux patients réfractaires aux traitements médicamenteux. C'est efficace, ça donne souvent de bons résultats.»

Cette approche n'est plus mise en doute par les experts. «On ne comprend pas encore son mécanisme d'action, mais plusieurs études ont démontré ses bienfaits. C'est un traitement accepté et reconnu», indique la Dre Anne Lortie. À l'hôpital Sainte-Justine, on évalue le taux d'efficacité du régime à environ 60%. «Chez 30% des enfants traités, on note une très nette diminution des crises, dit l'épileptologue. Les crises diminuent de moitié ou un peu moins pour une autre tranche de 30% des patients, mais on remarque une amélioration du comportement.»

«On observe une nette réduction de l'activité critique chez jusqu'à 75% des enfants qui suivent le régime cétogène, peut-on lire dans une brochure d'Épilepsie Canada. Même s'ils prennent encore des anticonvulsivants, souvent les dosages et le nombre de médicaments qu'ils utilisent sont sensiblement diminués.»

De deux à trois ans

Le régime, souvent recommandé aux enfants de 1 à 12 ans, est d'une durée de deux à trois ans. Parfois plus, s'il y a rechute. «De plus en plus d'études indiquent que le régime peut être poursuivi plus longtemps, indique la Dre Anne Lortie. On s'interroge néanmoins sur les effets secondaires pour le bilan lipidique. Il pourrait y avoir des risques accrus d'artériosclérose, d'accident vasculaire cérébral et d'infarctus. On n'a pas assez de recul pour quantifier ces risques.»

Le régime cétogène, aussi miraculeux soit-il, a ses limites. «C'est très contraignant, il faut le suivre à la lettre. Généralement, ce traitement est plus approprié chez l'enfant qui dépend entièrement de l'adulte pour manger, souligne la Dre Lortie. S'il mange les croustilles ou le biscuit du copain, ça ne marchera pas.»