Le français n'a rien à craindre du langage «texto», souvent utilisé par les ados pour clavarder.

Mis à jour le 1er août 2008
Daphnée Dion-Viens

C'est du moins l'avis du président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon. S'inscrivant contre les discours alarmistes, il affirme que cette nouvelle façon de s'exprimer au clavier représente plutôt «un signe de vitalité et d'adaptabilité de la langue».

Les parents sont souvent horrifiés lorsqu'ils jettent un coup d'oeil sur l'écran d'ordinateur de leurs enfants. Une phrase comme «qu'est-ce que tu fais ?» peut par exemple devenir «kess tu fè ?», en pleine séance de clavardage. Même principe lorsqu'il s'agit d'envoyer des messages texte (SMS) à partir d'un téléphone cellulaire.

Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette façon d'écrire ne nuit pas nécessairement à la maîtrise de la langue. Au contraire, affirme M. Ouellon. «Les jeunes ont des ordinateurs, ils aiment produire du texte n'importe comment, alors laissons-les aller. Ils sont peut-être plus fins qu'on pense. Quand je prononce une conférence, je n'utilise pas le même niveau de langage que lorsque je vais à la pêche avec mes amis. De la même façon, les jeunes n'utiliseront pas le texto lorsqu'ils devront écrire de façon formelle» a-t-il affirmé hier au Soleil, en marge d'une conférence prononcée pour clôturer le congrès de la Fédération internationale des professeurs de français, qui s'est déroulé cette semaine à Québec.

Conrad Ouellon refuse donc de voir dans le clavardage une menace. Il va même plus loin en minimisant l'importance d'écrire sans faute. «Il ne faut pas faire un drame avec ça (le langage texto), comme il ne faut pas faire un drame avec la faute. Qu'est-ce qui est le plus important, savoir bien structurer un texte ou de ne pas faire de fautes? Je préfère quelqu'un qui sait comment organiser sa réflexion. S'il a des fautes, ça se corrige. Il y a des outils qui peuvent t'aider.»

Le président du Conseil supérieur de la langue française considère par ailleurs que les outils informatiques ne sont pas toujours utilisés comme il se doit dans les salles de classe. «À l'école, il va falloir accepter la présence de l'informatique et de ses produits dérivés. Je ne suis pas sûr qu'on utilise ça à bon escient. Les correcteurs d'orthographe, ça fait partie des outils d'écriture. Il y a quelque chose d'insensé à laisser des enfants jouer avec un ordinateur à longueur de semaine, alors qu'on leur fait passer un examen avec un crayon et un papier, enfermés dans une salle pendant deux heures. Il n'y a plus personne qui fait ça dans la vie.»

Selon M. Ouellon, plusieurs enseignants ne maîtrisent pas l'informatique, ce qui peut expliquer bien des réticences. «C'est peut-être là la source du problème. Les gens qui enseignent et développent des programmes de français ne maîtrisent pas la technique que les enfants maîtrisent. C'est peut-être la première fois dans l'histoire de l'humanité que ça arrive. Je pense qu'il y a là un réflexe de protection qui m'agace.»

Selon une étude du Réseau Éducation-Médias réalisée en 2005, 94 % des jeunes de 9 à 17 ans ont accès à Internet à la maison. En cinquième secondaire, un jeune sur deux possède son propre ordinateur.