Une équipe menée par la psychologue de l'Université du Minnesota Stephanie M. Carlson vient de démonter que les jeunes Américains d'aujourd'hui sont plus patients que les enfants d'il y a 50 ans - alors que 72 % des adultes s'attendaient plutôt au contraire.

Nicolas Bérubé LA PRESSE

Pour réaliser l'expérience, les chercheurs ont répété le « test de la guimauve ». Les chercheurs ont observé qu'au cours de la période de 10 minutes que durait le test, les enfants d'aujourd'hui avaient patienté en moyenne deux minutes de plus que les enfants qui avaient passé le test dans les années 60, et une minute de plus que les enfants des années 80, selon les résultats publiés par l'Association américaine de psychologie.

La Presse s'est entretenue avec Mme Carlson. 

Question: Avez-vous été étonnée de constater que les enfants d'aujourd'hui étaient plus patients que les enfants des années 60 et 80 ?

Réponse: D'une part, oui, nous avons été surpris. Tout comme 72 % des adultes sondés dans notre étude, nous pensions que la gratification différée s'était dégradée en raison de l'abondance des distractions et de la prévalence du trouble du déficit de l'attention. Or, d'autre part, nous savions que le quotient intellectuel a augmenté au fil des décennies et qu'il y a eu des changements sociaux qui ont contribué à une meilleure maîtrise de soi.

Q: Vous signalez que l'usage que font les enfants de la technologie a pu jouer un rôle positif dans ces résultats. Or, nous croyons souvent que la technologie a un impact négatif sur l'attention des enfants...

L'arrivée des nouvelles technologies dans la vie des jeunes enfants peut certainement avoir des coûts, comme la dépendance aux écrans et la façon dont ils prennent la place d'autres formes de jeu. Il est important de mettre des limites. Mais l'un des effets cachés des applications interactives peut être d'entraîner les enfants à la pensée abstraite et à la pensée symbolique. On sait aussi que jouer à faire semblant est favorable à une meilleure maîtrise de soi, alors les nouvelles technologies pourraient aussi avoir un rôle analogue. Au minimum, notre recherche démontre que la technologie n'a pas dégradé l'aptitude des jeunes enfants à choisir une gratification différée. Mais nous réitérons que ce n'est pas parce qu'ils sont capables d'attendre qu'ils vont choisir de le faire dans toutes les situations !

Q: Vous dites que les inégalités persistent en ce qui concerne les résultats du développement des enfants qui vivent en situation de pauvreté. Est-ce que les enfants qui vivent dans un milieu pauvre sont plus nombreux à « échouer » au test de la guimauve ?

Oui, les enfants qui vivent en situation de pauvreté ont plus de mal avec la gratification différée, et on le voit dans leurs temps au test de la guimauve, qui sont plus courts en moyenne. Dans un environnement où les ressources sont peu nombreuses, il peut être logique de chercher à avoir une récompense tout de suite, plutôt que d'attendre d'avoir une plus grosse récompense plus tard. Or, on sait que ces résultats sont aussi vrais dans les expériences qui n'impliquent pas de nourriture. Toutefois, certains enfants qui vivent en situation de pauvreté obtiennent de bons résultats sur le plan de la maîtrise de soi, et ce sont ceux qui réussissent bien à l'école. Nous continuons à faire de la recherche pour déterminer pourquoi des enfants réussissent mieux que d'autres, afin de pouvoir suggérer aux parents et aux enseignants des méthodes « qui fonctionnent » pour les enfants qui en ont le plus besoin.

Photo tirée du site de l’Université du Minnesota

Stephanie M. Carlson, psychologue de l'Université du Minnesota