Anticholestérol: les États-Unis font figure d'extrémistes

Les États-Unis font figure d'extrémistes par rapport à l'Europe dans le recours... (Illustration Maha Rabiyi, La Presse)

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Illustration Maha Rabiyi, La Presse

Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse

Les États-Unis font figure d'extrémistes par rapport à l'Europe dans le recours aux anticholestérols pour prévenir des maladies cardiovasculaires, selon une analyse européenne de l'impact des nouvelles recommandations américaines pour prescrire ces médicaments.

Selon le nouveau guide proposé en novembre dernier par l'American College of Cardiology, 56 millions d'hommes et de femmes avec un risque de 7,5 % d'infarctus ou d'accident vasculaire cérébral dans les dix ans, devraient prendre des statines, les anticholestérols vedette depuis les vingt-cinq dernières années, contre 25 millions actuellement.

Les précédentes recommandations fédérales américaines en 2001 indiquaient que des statines devaient être prescrites pour les personnes avec un risque de plus de 20 % de pathologies vasculaires dans les dix ans calculé en fonction entre autres du taux de cholestérol, du poids et de la tension artérielle.

Dans cette étude menée aux Pays-Bas avec 5000 adultes en bonne santé quasiment tous les hommes (96,4 %) et 65,8 % des femmes de 55 ans et plus se verraient prescrire des statines comme le Lipitor ou le Zocor en appliquant les critères du nouveau guide américain, ont conclu ces chercheurs.

Ils ont présenté leurs travaux à la conférence annuelle de l'American College of Cardiology (ACC) réunie ce week-end à Washington. L'étude a aussi été publiée en ligne dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).

Ces proportions de personnes concernées par ces recommandations sont nettement plus élevées que celles qui se verraient prescrire des statines dans le cadre du guide de la Société européenne de cardiologie, soulignent les auteurs dont le Dr Maryam Kavousi, du Centre médical Erasmus à Rotterdam, le principal auteur.

Ainsi avec le guide européen, la proportion des personnes qui se verraient recommander des statines serait de 66,1 % pour les hommes et de 39,1 % pour les femmes.

Avec les précédentes recommandations américaines de 2001, seulement 52 % des hommes et 35,5 % des femmes de ce groupe de Néerlandais seraient encouragés à prendre des anticholestérol, ont également estimé ces chercheurs.

Ils ont aussi comparé le risque moyen anticipé d'infarctus et d'attaques cérébrales sur lequel s'appuient le nouveau guide américain qu'ils ont comparé aux taux de ces accidents vasculaires observés dans la réalité et constaté une forte surestimation du risque.

«Une prédiction plus exacte du risque et l'établissement de seuils appropriés dans une large population sont nécessaires pour faciliter de meilleures décisions cliniques», concluent ces chercheurs.

Cette dernière étude a alimenté la polémique suscitée par les nouvelles recommandations généralement défendues par les cardiologues américains.

«Il ne s'agit pas d'une statinisation» de la société, a lancé lors d'une session samedi à la conférence de l'ACC le Dr Sanjay Kaul, cardiologue à l'hôpital Cedars-Sinai à Los Angeles critiquant le fait que certains détracteurs affirment que ces recommandations vont conduire à faire prendre des statines à un milliard de personnes dans le monde. D'autres ont accusé l'ACC d'être sous l'influence des laboratoires pharmaceutiques.

«Le calcul de risque donne une estimation des personnes qui devraient probablement bénéficier le plus d'un anticholestérol pas de celles qui devraient absolument être traitées», explique ce médecin.

Ces informations sont seulement une base de discussion entre le médecin traitant et son patient, assure-t-il ajoutant qu'«on ne devrait pas voir cela comme des règles absolues, mais seulement comme un guide».

Interrogé sur le fait de savoir comment il souhaiterait être traité s'il entrait dans les critères de risque du nouveau guide, le Dr Christie Ballantyne, professeur de cardiologie au Baylor College a répondu être «un enthousiaste d'une thérapie anticholestérol intensive».

Il a aussi insisté sur l'importance avec les statines, du mode de vie comme l'exercice et une alimentation plus saine pour améliorer la santé et prévenir le diabète.

«Non seulement les patients sortent du cabinet médical avec une ordonnance pour des statines, mais aussi avec une ordonnance pour faire de l'exercice et perdre du poids», a-t-il lancé.




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