L'hormonothérapie au début de la ménopause serait moins risquée que dans la soixantaine, selon une nouvelle étude américaine.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Ces résultats préliminaires, dévoilés au début du mois d'octobre en Floride, au congrès annuel de la Société pour la ménopause, sont déjà invoqués par certains médecins pour rassurer leurs patientes inquiètes. «Le problème avec tout le débat sur l'hormonothérapie, c'est le concept que toutes les femmes en ont besoin après 50 ans», explique David Morris, un endocrinologue de l'Université McGill qui y a fondé une clinique de la ménopause. «Je la prescrivais encore à mes patientes qui en avaient besoin. L'avantage de la nouvelle étude, c'est qu'elle me permet de rassurer celles qui ont entendu parler des risques cardiaques et de cancer et de leur dire que si elles ont des symptômes indésirables à la ménopause, je peux les traiter.»

Ces risques ont été mis au premier plan il y a une dizaine d'années par une énorme étude, la Women's Health Initiative (WHI), qui a suivi 16 000 femmes pendant huit ans. «Le problème avec la WHI, c'est que les patientes avaient déjà dépassé de beaucoup le début de la ménopause, dit le Dr Morris. On avait en quelque sorte étudié l'hormonothérapie pour les grands-mères.»

L'étude Keeps, qui a suivi pendant quatre ans 700 femmes ayant un âge moyen de 52 ans, n'a pas observé de risque cardiaque ou de cancer du sein, malgré l'utilisation de marqueurs extrêmement sensibles, selon S. Mitchell Karman, coordonnateur de l'étude et président de l'Institut Kronos de recherche sur la longévité, laboratoire indépendant de Phoenix, en Arizona. «S'il y avait un risque à long terme à suivre une hormonothérapie à cet âge, nous l'aurions probablement vu», dit le Dr Karman, qui affirme que les résultats, qui seront publiés au milieu de l'année prochaine, montreront des bénéfices cognitifs en plus des avantages affectifs. Les doses d'hormones utilisées étaient 25% plus faibles que celles de la WHI.

Avant la WHI, l'hormonothérapie était réputée cardioprotectrice, en plus de soulager les symptômes affectifs de la ménopause. Certaines études ont avancé que l'hormonothérapie diminue le risque cardiaque chez les femmes plus jeunes et l'augmente chez les plus vieilles. Mais selon le Dr Morris, ces effets négatifs ou positifs ne dépassent pas de 5% à 10%, ce qui est à peine détectable.

Catherine Des Rivières-Pigeon, sociologue de la santé à l'UQAM, souligne quant à elle que la généralisation de l'hormonothérapie avant la WHI équivalait à médicaliser et à traiter comme un problème une étape normale de la vie, la ménopause. Certains sociologues critiquent même le traitement des symptômes de la ménopause, selon Mme Des Rivières-Pigeon, qui aborde le sujet dans son récent livre Les paradoxes de l'information sur la dépression postnatale.