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Campagne en faveur de Pluton

Mathieu Perreault
La Presse

Pluton n'aurait jamais dû perdre son statut de neuvième planète en 2006. Au contraire, l'Union astronomique internationale devrait reconnaître qu'il y a des dizaines de planètes dans notre système solaire, notamment notre lune et celles d'autres planètes. Telle est la position exposée par un astrophysicien américain dans une étude publiée à la fin de septembre.

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Surface de Pluton

PHOTO FOURNIE PAR LA NASA

ORBITE ET GÉOPHYSIQUE

La définition de « planète » adoptée par l'Union astronomique internationale (UAI) en 2006, qui excluait Pluton, énonçait trois critères : une orbite autour du Soleil, et non autour d'une autre planète, la sphéricité et la capacité de « nettoyer » son orbite d'astéroïdes et autres corps célestes. « C'est une rupture complète avec la tradition », explique Philip Metzger, de l'Université de Floride centrale, l'auteur de la revue Icarus. « Dans les années 50, on a cessé de décrire certains astéroïdes comme des planètes, mais seulement parce qu'on a compris que certains d'entre eux étaient trop petits pour avoir des processus géophysiques, de la chaleur à l'intérieur qui modifie leur surface. En fait, avec la définition de 2006, on revient à l'Antiquité, quand on avait nommé les jours de la semaine en fonction des sept sphères célestes, le Soleil, la Lune et les cinq planètes alors connues. C'est un effort pour restreindre le nombre de planètes pour qu'on s'en souvienne. » Depuis 2006, Pluton est classée dans une nouvelle catégorie, celle des planètes naines.

LA THÉORIE ET LA PRATIQUE

En pratique, la majorité des astrophysiciens utilisent le nom de planète pour des astéroïdes et même des lunes de planètes du Système solaire. « J'ai compté 150 mentions de ce genre dans une recherche des cinq dernières années de littérature », dit M. Metzger. Nicolas Cowan, astrophysicien à l'Université McGill, confirme le phénomène. « L'UAI peut bien décider ce qu'elle veut, les astronomes vont employer le mot "planète" comme ils l'entendent, dit M. Cowan. La définition de 2006 pose un problème dans mon champ d'études, les exoplanètes, parce qu'on n'a aucune manière de savoir si elles ont "nettoyé" leur orbite. »

L'ENNEMI JURÉ

La réunion de l'UAI en 2006 où a été décidé le sort de Pluton a été hautement irrégulière. « La proposition d'une nouvelle définition de planète a été défaite en assemblée, alors tout le monde a décidé de partir, dit Metzger. Un petit groupe qui tenait mordicus à détrôner Pluton est resté dans la salle et a réussi à faire tenir un autre vote. La plupart des spécialistes planétaires étaient déjà partis, alors la nouvelle définition a été approuvée par 75 % des voix. C'est très loin du type de consensus qu'on recherche en science, où on veut que 90 % ou 95 % des experts s'entendent. La contestation a été menée par le directeur du centre des planètes mineures de Harvard, Brian Marsden, qui tenait depuis longtemps à avoir Pluton dans son catalogue. Marsden est mort en 2010, alors j'hésite à le critiquer, mais il a pris des raccourcis avec la vérité dans son argumentaire contre Pluton. Par exemple, il écrit que William Herschel [découvreur d'Uranus en 1781] a cessé à un certain point de considérer les astéroïdes comme des planètes, tout comme l'Almanach astronomique de la marine britannique. Dans les deux cas, c'est faux. »

NEW HORIZONS

Philip Metzger n'avait pas en 2006 d'opinion sur le statut de Pluton. « Personnellement, j'étais à la NASA à ce moment-là et je ne m'occupais pas beaucoup de planètes, plutôt de sondes et de fusées. Mais Alan Stern, directeur de la mission New Horizons, est un ami à moi, et j'étais avec lui en juillet 2015, en compagnie de ma fille, quand a eu lieu le survol de Pluton. Voir tout le monde s'émouvoir et pleurer en voyant Pluton m'a décidé à m'intéresser à la question. » M. Metzger a fondé plus tôt cette année l'ONG Press To Orbit, vouée à la colonisation d'autres planètes, avec la top-modèle vénézuélienne Sheyene Gerardi.

LA PLANÈTE X

Début octobre, des astrophysiciens américains ont annoncé qu'une planète naine appelée Gobelin, encore plus lointaine que Pluton, a une orbite irrégulière qui ne peut s'expliquer que par la présence d'une planète géante dont l'existence a été postulée en 2016. La « planète X » ou « Neuf » serait de la taille de Neptune et son orbite elliptique irait de 200 à 1200 unités astronomiques. (Une unité astronomique, ou UA, correspond à la distance entre la Terre et le Soleil.) Gobelin, elle, fait 250 km de diamètre et est actuellement située à 60 UA (Pluton est entre 30 et 50 UA du Soleil). « La planète X est un autre bon exemple de l'absurdité de la définition de planète de l'UAI, dit M. Metzger. Elle a la taille de Neptune, mais comme son orbite est très elliptique, elle ne peut pas la "nettoyer" de tout autre corps céleste. »

Pluton au fil des ans

1930 : Découverte de Pluton par un Américain

1978 : Découverte d'une première lune de Pluton, Charon

2006 : Pluton perd son statut de neuvième planète

2015 : La sonde New Horizons survole Pluton à 12 000 km d'altitude

En chiffres

2400 km : diamètre de Pluton

12 700 km : diamètre de la Terre

5000 km : diamètre de Mercure, la plus petite des huit planètes du Système solaire

140 000 km : diamètre de Jupiter, la plus grosse planète du Système solaire

5300 km : diamètre de Ganymède, la plus grosse lune du Système solaire, en orbite autour de Jupiter

3500 km : diamètre de la Lune

Source : NASA




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