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Pulvérisée, la station spatiale chinoise achève sa course dans le Pacifique

La fusée contenant le module Tiangong-1, lors de... (PHOTO AP/INSTITUT Fraunhofer-Gesellschaft)

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La fusée contenant le module Tiangong-1, lors de sa mise en orbite en 2011.

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Laurent THOMET, Patrick BAERT
Agence France-Presse
Pékin

Plus de peur que de mal : la station spatiale chinoise Tiangong-1 s'est désintégrée lundi en plein vol alors qu'elle regagnait la Terre au-dessus du Pacifique, au terme de deux années d'évolution incontrôlée en orbite.

Après plusieurs journées d'incertitude, le laboratoire spatial a fait sa rentrée dans l'atmosphère lundi vers 00H15 GMT, a annoncé le CMSEO, le bureau chinois chargé de la conception des vols spatiaux habités. L'organisme d'État n'a pas fourni les coordonnées exactes du point de chute, évoquant seulement « la partie centrale du Pacifique Sud ».

« La plupart des équipements ont été détruits lors de la phase de rentrée dans l'atmosphère », a assuré le CMSEO.

L'engin, en vol incontrôlé depuis 2016, a regagné la Terre un peu plus tôt que prévu : le CMSEO avait annoncé auparavant que la rentrée dans l'atmosphère s'effectuerait autour de 00H42 GMT, ce qui l'aurait située au-dessus de l'Atlantique Sud, au large de la ville brésilienne de Sao Paulo.

La station spatiale abandonnée pesait environ huit tonnes, mais ne devait pas causer de dégâts en tombant, avait assuré la Chine ces derniers jours. Pékin avait même promis un spectacle « splendide », semblable à une pluie de météorites.

« Amusant à voir »

Mais au-dessus du Pacifique, il paraissait improbable que quiconque ait pu assister à la scène à l'oeil nu. Avant de regagner le sol, l'engin spatial a survolé la Corée du Nord et le Japon où il faisait déjà jour, réduisant encore la probabilité d'avoir été vu depuis le sol, a souligné pour l'AFP l'astronome Jonathan McDowell, du Centre d'astrophysique Harvard-Smithsonian, aux États-Unis.

« C'eut été amusant à voir », a-t-il déclaré. « Le bon côté des choses, c'est qu'il n'a pas provoqué de dégâts en tombant. »

Les États-Unis ont confirmé le retour de l'appareil dans le Pacifique, évoquant cependant un décalage d'une minute (00H16 GMT) par rapport à l'évaluation chinoise, selon le Joint Force Space Component Command (JFSCC), dont le réseau de radars a suivi la trajectoire de l'engin en coordination avec plusieurs pays (Allemagne, Australie, Canada, Corée du Sud, France, Italie, Japon, Royaume-Uni).

Le laboratoire spatial avait été placé en orbite en septembre 2011. Il aurait dû effectuer une rentrée contrôlée dans l'atmosphère terrestre, mais a cessé de fonctionner en mars 2016.

D'après l'Agence spatiale européenne (ESA), les ingénieurs chinois au sol n'étaient plus en mesure d'actionner les moteurs qui auraient permis de contrôler la chute de l'engin. Mais Pékin a réfuté à plusieurs reprises que le Tiangong-1 soit devenu « incontrôlable ».

« Les médias étrangers montent en épingle la rentrée (dans l'atmosphère) du Tiangong-1 (...) parce que certains pays occidentaux essayent de couvrir de boue une industrie aérospatiale chinoise en pleine croissance », dénonçait encore lundi le quotidien de langue anglaise Global Times, au ton souvent nationaliste.

Un risque sur 700 millions

Le risque pour un être humain d'être touché par un débris spatial de plus de 200 grammes est d'un sur 700 millions, avait rappelé le CMSEO. « Les gens n'ont aucune raison de s'inquiéter », avait-il assuré.

Tiangong-1, ou « Palais céleste », a été utilisé pour des expériences médicales. Le laboratoire était également considéré comme une étape préliminaire dans la construction d'une station spatiale chinoise.

La Chine a investi des milliards d'euros dans la conquête spatiale pour tenter de rattraper l'Europe et les États-Unis. Coordonnée par l'armée, elle est perçue comme un symbole de la puissance retrouvée du pays.

Pékin ambitionne d'envoyer un vaisseau spatial autour de Mars vers 2020, avant de déployer un véhicule téléguidé sur la planète rouge.

Le géant asiatique souhaite aussi déployer d'ici 2022 une station spatiale habitée, au moment où la station spatiale internationale (ISS) aura cessé de fonctionner. Un autre laboratoire, Tiangong-2, a été lancé à cet effet en septembre 2016. La Chine rêve également d'envoyer un homme sur la Lune.

La conquête de l'espace par la Chine, une Longue marche

La désintégration lundi de la station spatiale chinoise Tiangong-1 au-dessus du Pacifique Sud ne ralentira pas la conquête de l'espace par la Chine : initiée il y a 60 ans, elle vise aujourd'hui la Lune et Mars.

Le géant asiatique investit des milliards d'euros dans son programme spatial, fierté du pays et symbole de sa « renaissance » sur la scène internationale. Pékin espère également rattraper les États-Unis et la Russie.

Voici un récapitulatif du programme spatial chinois depuis les années 1950 :

L'appel de Mao

En 1957, l'URSS place en orbite terrestre le premier engin de fabrication humaine, Spoutnik. Le fondateur de la République populaire de Chine, Mao Tsé-toung, lance alors un appel à ses citoyens : « nous aussi nous fabriquerons des satellites ! »

La première étape se concrétise en 1970. Pékin lance son premier satellite, à bord d'une fusée « Longue Marche ».

Ce n'est qu'en 2003 que le géant asiatique enverra le premier Chinois dans l'espace, l'astronaute Yang Liwei. Il réalise 14 fois le tour de la Terre en 21 heures.

Avec ce vol, la Chine devient le troisième pays, après l'URSS et les États-Unis, à envoyer un humain dans l'espace par ses propres moyens. Depuis, elle mène régulièrement des missions spatiales habitées.

« Lapin de jade »

Le module spatial Tiangong-1 avait été placé en orbite en septembre 2011. En 2013, la deuxième spationaute chinoise dans l'espace, Wang Yaping, y a donné un cours de physique télédiffusé en direct pour des centaines de millions d'écoliers et de téléspectateurs sur Terre.

Tiangong-1 (« Palais céleste 1 »), qui a cessé de fonctionner en mars 2016, a été utilisé pour des expériences médicales. Le laboratoire était également considéré comme une étape préliminaire dans la construction d'une station spatiale.

En décembre 2013, la Chine avait réussi à faire débarquer sur la Lune un véhicule téléguidé nommé « Lapin de jade ». Ce « rover » lunaire a toutefois rencontré un problème mécanique qui l'a plongé dans de longues phases de coma.

En 2016, le géant asiatique a lancé son deuxième module spatial, Tiangong-2. Ce laboratoire est censé ouvrir la voie au déploiement, prévu en 2022, d'une grande station spatiale habitée chinoise.

Objectif Mars ?

La Chine ambitionne d'être le troisième pays à construire seul une telle station (après les États-Unis et l'URSS). Elle a été délibérément écartée de la Station spatiale internationale (ISS) qui associe Américains, Russes, Européens, Japonais et Canadiens.

Pékin veut par ailleurs construire une base sur la Lune, a indiqué début mars le journal officiel Global Times, citant un haut responsable du programme spatial. D'abord contrôlée par des robots dotés d'intelligence artificielle, elle accueillera ensuite des humains.

Le programme spatial chinois a cependant connu un rare revers à l'été 2017 : le lancement raté d'une fusée Longue Marche-5 -- un lanceur lourd qui devait mettre en orbite un satellite de communications.

Cet échec a entraîné le report du lancement de la sonde Chang' e-5, qui devait collecter des échantillons de surface lunaire au deuxième semestre 2017. Elle ne se posera finalement sur la Lune qu'en 2019, a annoncé la semaine dernière l'agence officielle Chine nouvelle.

La mission du robot Chang' e-4, qui doit se poser sur la face cachée de la Lune en 2018, est maintenue.

Enfin, les astronautes et scientifiques chinois rêvent d'envoyer un vaisseau autour de Mars vers 2020, avant de déployer un véhicule téléguidé sur la planète rouge.




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