Des sénateurs démocrates et républicains ont critiqué mercredi le nouveau programme d'exploration spatiale du président américain Obama, le qualifiant de décevant et vide de tout objectif, lors d'une audition du patron de la Nasa devant une sous-commission sénatoriale.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Jean-Louis Santini AGENCE FRANCE-PRESSE

La Maison Blanche avait annoncé en janvier l'annulation du programme Constellation lancé par l'ancien président George W. Bush en 2004 prévoyant un retour des Américains sur la Lune vers 2020 et, à plus long terme, la conquête de Mars.

M. Obama entend aussi promouvoir le développement du secteur privé pour construire des lanceurs capables de transporter des astronautes vers la Station spatiale internationale. Il a aussi confirmé la fin des vols de navette fin 2010.

«Je me joins à mes collègues pour exprimer ma déception à propos de ce budget», a lancé le sénateur républicain de Floride George LeMieux, se faisant l'écho de plusieurs de ses collègues dont le démocrate de Floride, Bill Nelson, l'influent président de la sous-commission pour la Science et l'espace du Sénat.

«Ce n'est pas une question d'argent mais de priorités», a dit M. LeMieux en soulignant la modestie de l'enveloppe consacrée à la Nasa comparativement au budget américain (19 milliards, soit 0,5% du total).

«Si nous voulons rester le leader mondial dans l'exploration spatiale nous devons avoir un objectif», a insisté M. LeMieux.

«Je pense que le consensus dans les réactions à ce budget est qu'il marque un changement radical» dans l'exploration spatiale, a jugé le sénateur républicain de Louisiane, David Vitter. «Allouer des ressources à un programme spatial sans vision est une perte de temps».

Pour le sénateur Nelson, «il est temps que le président Obama exerce son leadership» pour fixer et poursuivre un objectif d'exploration spatiale habitée.

Charles Bolden, un ancien astronaute respecté, a défendu la décision de M. Obama, affirmant que l'objectif ultime de la Nasa restait Mars.

Bill Nelson a pris acte de cette déclaration et a demandé à M. Bolden s'il disait cela avec l'approbation de la Maison Blanche, ce à quoi le patron de la Nasa a répondu par l'affirmative.

Mais pour ce faire «nous devons développer de nouvelles technologies».

«Même si vous me donniez des ressources illimitées, je ne pourrais pas envoyer un homme sur Mars en dix ans, car il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons», a lancé Charles Bolden. Un de ces problèmes étant que la science ignore encore les effets sur le corps humain d'une exposition prolongée aux radiations dans l'espace.

Il existe des technologies qui en théorie permettraient d'atteindre Mars en quelques semaines et non en six mois, a-t-il assuré.

«J'espère de ce fait qu'avec les technologies qui seront développées nous atteindrons Mars plus vite que nous l'aurions fait» dans le cadre de Constellation, a indiqué le responsable de la Nasa.

La grande différence avec le président John F. Kennedy et son projet Apollo de conquête de la Lune des années 60, c'est que Mars est plus compliqué, a dit M. Bolden.

«Le président Obama peut annoncer un vol vers Mars comme objectif de notre mission mais la Nasa ne peut pas lui dire que c'est encore possible car il y a a trop de choses dont nous de disposons pas encore», a-t-il ajouté.