Des géophysiciens ont trouvé pour la première fois des traces d'eau dans les roches rapportées par les expéditions Apollo, il y a 40 ans. Leur découverte confirme que la Lune contient assez d'eau pour subvenir aux besoins en carburant et en oxygène de bases robotiques ou humaines.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Comme apporter un demi-litre d'eau sur la Lune coûte 25 000$US, une base est impensable si elle n'abrite pas d'eau», a expliqué en entrevue Yang Liu, de l'Université du Tennessee à Knoxville, auteur principal de l'article publié dans la revue Nature Geoscience. «Des sondes ont montré qu'il y a de l'eau de manière intermittente et peut-être de façon permanente dans le fond des cratères et aux pôles. Nous avons trouvé un nouveau réservoir et démontré la source de l'eau lunaire, ce qui permet de mieux calculer combien il y en a et comment on pourra la récolter.»

Selon William Minarik, géochimiste à l'Université McGill, à qui La Presse a demandé de commenter l'étude, les géophysiciens américains ont profité des avancées de deux techniques d'analyse minérale qui permettent de détecter de très faibles concentrations de molécules. Dans les roches d'Apollo, on ne trouve que 200 parties par million d'eau. Cette eau, sous forme de cristal solide emprisonné dans la roche, est produite quand une météorite frappe la Lune. La météorite fournit de l'hydrogène, qui se lie à l'oxygène des roches lunaires.

L'autre réservoir d'eau de la Lune est généré par le vent lunaire, qui apporte de l'hydrogène. Mais cette eau s'évapore sous les rayons du Soleil, contrairement à celle du réservoir découvert dans l'étude de Nature Geoscience.

Les chercheurs américains veulent maintenant calculer la quantité totale d'eau présente dans ces différents réservoirs. Ils veulent aussi déterminer la quantité d'eau qu'on pourrait trouver sur d'autres corps célestes semblables, comme Deimos (satellite de Mars), Éros ou Vesta (gros astéroïdes). Comme la Lune, ces derniers n'ont pas d'atmosphère. «Nous devons réévaluer la présence d'eau dans ces endroits qu'on considérait comme arides», explique M. Liu.