De nouveaux vaccins copient l'ADN d'un agent infectieux pour bâtir, presque sans effets secondaires, une redoutable défense immunitaire. Cette machine de guerre biologique vise les maladies dévastatrices, le sida et l'influenza en tête. Et ce n'est qu'un début.

Danny Raymond AGENCE SCIENCE PRESSE

Les vaccins et certains médicaments à ADN pourront désormais s'attaquer seulement aux cellules infectées, sans provoquer une réaction immunitaire exagérée. En clair, les cellules n'auront plus à recréer l'élément pathogène au complet pour assurer leur défense. Une promesse non seulement de guérison, mais aussi de prévention de certaines maladies graves.

C'est déjà le cas de certains médicaments approuvés sur les animaux, dont un produit contre la mortalité foetale chez les porcs. Des essais cliniques en cours évaluent le potentiel des traitements à l'ADN contre l'insuffisance cardiaque congestive, le virus du papillome humain (VPH) ou celui de l'hépatite C chez l'humain.

Des arts martiaux cellulaires

Dans la plupart des arts martiaux, l'enseignement préconise d'utiliser la force adverse pour la retourner contre elle-même. Une stratégie sur mesure pour inspirer les récents développements pharmaceutiques.

Cette nouvelle génération de médicaments contient essentiellement des plasmides, des molécules d'ADN encodées d'une seule ou de plusieurs protéines du virus à combattre. Elles entrent ensuite dans les cellules de la peau et d'autres cellules immunitaires de l'organisme pour produire un antigène, la réponse immunitaire. Le corps réagit et se met alors à produire encore plus de cellules immunitaires. La méthode de vaccination à l'ADN est identique à celle plus traditionnelle. Ce sont les réactions immunitaires qui sont différentes.

Les cellules immunitaires décodent ensuite l'inscription des protéines infectées pour déclencher une protection sur mesure. Une armée de lymphocyte T (l'ennemi des bactéries, des virus et du cancer, notamment) et des molécules d'anticorps est lancée. Ils agissent comme des têtes chercheuses, programmées spécifiquement pour détruire ces virus. Avec le moins de dommages collatéraux possible.

Le système immunitaire ne considère pas les plasmides comme un intrus à éliminer. Et l'administration répétée du vaccin ne devrait pas non plus provoquer d'immunorésistance, un effet primordial pour assurer l'efficacité des traitements.

Thérapie prometteuse

Les vaccins à ADN se conservent beaucoup plus facilement que les vaccins classiques. L'ADN ne requiert aucune réfrigération, contrairement au vaccin contre l'influenza, et reste stable à la température de la pièce. Donc, le transport des et l'entreposage d'une grande quantité de médicaments sont ainsi facilités.

Les méthodes d'administration des médicaments représentent en soi une innovation tout aussi impressionnante que leurs réactions, expliquent Matthew P. Morrow et David B. Weiner, tous deux chercheurs à l'Université de Pennsylvanie. Ils donnent l'exemple des timbres médicamenteux ou des injections sans aiguilles à l'air comprimé, des techniques qui transportent les plasmides au plus grand nombre de cellules immunitaires possible en même temps.

Ces méthodes d'administration donnent beaucoup d'espoir de guérison. D'abord, parce que les adjuvants, une substance ajoutée aux vaccins courants pour en augmenter l'efficacité et sa conservation, pourront dorénavant être insérés directement dans les plasmides et injecté dans les cellules de la peau, où elles sont le plus concentrées. La technique libère plus de plasmides directement dans la peau et les cellules immunitaires que le feraient les injections.

On ne prévoit pas la commercialisation de ces nouveaux médicaments pour demain. Toutefois, cette percée médicale se situe au stade embryonnaire d'une série de traitements aussi encourageants que révolutionnaires.