Peut-on parler de «vie 2.0»? On est encore loin du moment où il sortira du bocal un être vert et gluant, mais il se pourrait qu'on ait mis le doigt sur une liste d'ingrédients différente de celle utilisée par la nature depuis des milliards d'années.

Mis à jour le 26 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

En termes scientifiques, les généticiens parlent «d'une nouvelle façon d'utiliser le code génétique», qui permettrait aux protéines d'être construites d'une façon inédite. Pour comprendre ce dont ils parlent, il faut revenir à la base : toute forme de vie sur Terre, de la plus humble bactérie jusqu'à la baleine bleue en passant par nous, est composée de quatre «lettres», ou nucléotides (A, C, T, G) qui, mises bout à bout, forment les gènes. Ces nucléotides sont lus (par l'ARN) sous la forme de combinaisons de trois lettres : des triplets. Et chaque triplet encode un et un seul acide aminé.

Vous suivez toujours? Parce que c'est là que se situe l'élément inédit : des chercheurs affirment avoir redéfini cette machine microscopique pour qu'elle fonctionne par quadruplets.

Qu'est-ce que ça change? «C'est le début d'un code génétique parallèle», s'exclame dans le New Scientist l'un de ces chercheurs, Jason Chin, de l'Université Cambridge. Mais encore? Parce qu'il y a quatre lettres et qu'elles se réunissent pas triplets, la vie dispose depuis des milliards d'années de 64 combinaisons possibles de ces lettres pour créer les acides aminés dont elle a besoin. Si l'équipe de Chin a vraiment créé un nouveau code génétique, alors celui-ci dispose à présent de 256 nouvelles combinaisons.

De là à dire qu'ils ont créé une nouvelle forme de vie, il y a une marge. En théorie, un être vivant disposant de ces 256 nouveaux «matériaux» serait «amélioré» - on rêve déjà de bactéries fabriquant de nouveaux polymères ou de nouveaux médicaments. Mais encore faut-il démontrer qu'on pourrait se rendre jusqu'à un être vivant fonctionnel. Pour l'instant toutefois, cette équipe a tout de même démontré qu'au fond d'un bouillon de culture, deux de ces nouveaux acides aminés ont pu s'intégrer aux «vieux» - former des liens chimiques solides - sans problèmes.