J'ai participé pour la première fois à l'assemblée générale de l'Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) visant à se prononcer «pour» ou «contre» la grève générale illimitée. On n'oublie jamais la première fois. Ce serait, me disait-on, une des rares fois où l'on peut participer à un exercice de démocratie directe.

Publié le 24 févr. 2012
Jean-François Gingras<br><br><i>L'auteur est étudiant à la majeure en histoire à l'UQAM.</i>

Dès le début des propositions, le ton est donné: la grève est la seule option. Pas d'information sur les risques associés à cette grève, ni à propos des horaires de cours bizarres, compressés qu'on risque de vivre au retour. Bref, beaucoup d'opinions, peu de faits, rien de concret. Sur quelles bases vais-je voter? Le capitalisme (méchant), les corporations (rapaces), les complots capitalistes contre la population, le gouvernement Harper, Charest, les luttes étudiantes de Slovénie? Triste spectacle!

Autre chose me laisse quelque peu dubitatif: le processus. Les salles ont une capacité d'environ 1000 personnes... alors que l'AFESH en représente 4623. Comment s'exprimeront les 3600 autres membres?

Un représentant de l'AFESH répondait à la question demandant pourquoi le scrutin n'était pas secret: un vote secret est une action individuelle, alors qu'une assemblée est plutôt une action collective! J'ai failli m'étouffer! Cela, pour moi, veut tout dire. Ceux qui sont «pour» sont organisés et volontaires, alors ils voteront sans problème lors de l'assemblée, et on limite ainsi la participation des autres à ce processus démocratique.

L'AFESH et son «présidium» se sont transformés en machine de propagande au service d'une seule option (le «pour»), alors qu'elle devrait représenter TOUS les membres, quelle que soit leur allégeance. Belle représentativité: on exclut de facto 3600 membres sur 4623 à la participation de cette vie «démocratique», et on fait campagne avec des fonds fournis automatiquement par des membres (comme moi), qui ont diverses opinions sur la question.

En tenant compte de la nature de la proposition (sérieuse), de la population visée par l'exercice (ayant des obligations multiples), un vote électronique, un scrutin secret pendant toute une journée (on le fait lors d'élections provinciales, municipales et fédérales) ou un référendum étalé sur 5 jours (chaque étudiant se présentant au moins une fois pendant la semaine), comportant un seuil de participation (affirmant ainsi la représentativité et la légitimité du verdict final) ainsi que des conditions préétablies de victoire d'une option (la bonne vieille majorité simple fera) n'auraient-elles pas été des options souhaitables? Ou au moins remplacer le vote à main levée par un vote secret?

Même les démocraties émergentes se fendent en quatre pour s'y conformer... C'est une question de respect pour TOUS les membres, quelle que soit leur allégeance.

Pour plusieurs étudiants, c'est un premier contact avec la politique. Il faut s'assurer que l'exercice soit inspirant, solide, apporte la confiance en leur pouvoir citoyen. Pour quelques trucs d'organisations de référendum en milieu collégial ou universitaire, le DGE Québec a pensé à un guide fort inspirant.

Le but ultime en rendant le processus démocratique solide, inattaquable, mobilisateur: éviter une décision rendue par une faible proportion de membres, laissant ainsi l'opportunité aux opposants (le gouvernement) d'en diminuer la validité.

À notre faculté des sciences humaines, l'option «pour la grève» l'a emporté avec 80% des voix. Verdict solide? Seulement 780 personnes (17% des étudiants) ont voté «pour», engageant ainsi 4623 étudiants... sur un chemin parsemé d'inconnues. Est-ce que le «présidium» trouve que ce résultat, ces méthodes répondent aux normes modernes de la démocratie? A-t-il favorisé l'enjeu au détriment du processus? Le vote n'était-il qu'une formalité par rapport à l'enjeu?