Depuis décembre dernier, un conflit de travail paralyse les activités à l'usine Rio Tinto Alcan à Alma. Dans le contexte actuel où l'économie mondiale connaît de multiples hésitations et où le Québec tente d'attirer davantage d'investissements ici, ce conflit apparaît particulièrement préoccupant pour l'économie québécoise. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'on constate les revendications syndicales, qui semblent être à la source du conflit.

Publié le 17 févr. 2012
Yves-Thomas Dorval

L'auteur est président du Conseil du patronat du Québec.

Parmi ces revendications, on retrouve la question du plancher d'emploi, qui est apparue comme l'une des demandes centrales du Syndicat des métallos. Ce dernier présente l'obtention d'un plancher d'emploi comme un gage de sécurité d'emploi et élève même la mesure au rang d'absolue nécessité.

Le Conseil du patronat du Québec ne veut pas intervenir ni prendre position dans ce conflit proprement dit. Nous estimons cependant pertinent de remettre en question le principe même de plancher d'emploi invoqué dans le cas de Rio Tinto Alcan ainsi que dans d'autres conflits de travail au fil des ans.

À notre avis, l'imposition d'un plancher d'emploi est tout simplement incompatible avec une entreprise privée, qui doit affronter d'autres géants mondiaux pour survivre dans une économie globale comme celle dans laquelle nous évoluons aujourd'hui.

Un plancher d'emploi, ça n'existe nulle part ailleurs dans le secteur manufacturier. Quelle entreprise accepterait de s'engager à maintenir dans le futur un nombre fixe d'emplois sur une période indéterminée et d'accepter que ce nombre ne pourra fluctuer qu'en fonction du volume de production ou des changements technologiques? La réponse est simple: aucune.

Il y a tellement d'autres facteurs qui influent sur le nombre optimal d'emplois que doit maintenir une entreprise, allant du souci constant d'amélioration de la productivité en passant par la nature des produits et des services offerts. La convention collective, par sa rigidité et sa durée définie dans le temps, n'offre pas la flexibilité nécessaire.

Pour survivre dans le contexte actuel, les entreprises qui connaissent le succès doivent avoir d'abord la flexibilité nécessaire pour s'adapter au changement, qu'il soit technologique, environnemental ou lié aux cycles du marché mondial. Par sa rigidité, le plancher d'emploi vient saper cette flexibilité et empêcher toute entreprise de prendre les décisions nécessaires pour assurer sa compétitivité et sa viabilité à long terme.

Par cette revendication, le syndicat souhaite renforcer la sécurité d'emploi à long terme et pour les générations à venir. Le CPQ estime que l'intention est certainement noble, mais le moyen envisagé est inopérant. Dans les faits, la vraie sécurité d'emploi se concrétise avant tout par la capacité d'une entreprise à prendre librement des décisions stratégiques pour son avenir.

À ce chapitre, ces investissements faits, entre autres, par des groupes tels que Rio Tinto Alcan sont le gage de la vraie sécurité d'emploi pour les régions où ces entreprises mènent des opérations.

D'ailleurs, n'assistons-nous pas présentement à des campagnes de recrutement majeures par des entreprises dans le secteur métallurgique, qui témoignent de leur volonté d'investir ici? Il en est de même pour les investissements faits par les entreprises au cours des dernières décennies.

Voilà autant de gestes concrets qui devraient être pris en compte par le syndicat quand vient le temps d'évaluer la question de la sécurité d'emploi. De telles prises de position syndicales sur la garantie d'un plancher d'emploi pourraient avoir en effet des conséquences importantes à plus long terme dans l'application des relations du travail au Québec

Il est à souhaiter que les autorités syndicales mettent de côté leur demande, voire l'imposition d'un plancher d'emploi, une mesure aussi irréaliste qu'inopérante. C'est la meilleure façon d'avoir un dialogue bénéfique pour toutes les parties et, dans ce cas-ci, pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Québec tout entier.