On peut comparer la situation actuelle de la LNH à celle qu'a connue General Motors il y a deux ans. Rick Wagoner, ancien président-directeur général de GM, a démissionné au début de 2009 quand le principal actionnaire de GM (le gouvernement des États-Unis) a conclu qu'il n'était pas la bonne personne pour opérer le changement requis. L'entreprise avait besoin d'une transformation radicale, sans quoi elle disparaîtrait. Après le départ de M. Wagoner, les nouveaux dirigeants n'ont rien ménagé pour réinventer GM, prenant même la douloureuse décision d'abandonner les marques cultes qu'étaient Pontiac et Hummer. GM a reconnu, un peu tard, que le monde avait changé.

Norm O'Reilly et David Finch<br><i>Les auteurs enseignent respectivement à l'École des sciences de l'activité physique de l'Université d'Ottawa et à la Bissett School of Business du Mount Royal University.</i>

On peut comparer la situation actuelle de la LNH à celle qu'a connue General Motors il y a deux ans. Rick Wagoner, ancien président-directeur général de GM, a démissionné au début de 2009 quand le principal actionnaire de GM (le gouvernement des États-Unis) a conclu qu'il n'était pas la bonne personne pour opérer le changement requis. L'entreprise avait besoin d'une transformation radicale, sans quoi elle disparaîtrait. Après le départ de M. Wagoner, les nouveaux dirigeants n'ont rien ménagé pour réinventer GM, prenant même la douloureuse décision d'abandonner les marques cultes qu'étaient Pontiac et Hummer. GM a reconnu, un peu tard, que le monde avait changé.

En se remémorant Rick Wagoner, on ne pouvait qu'être désolé pour le commissaire de la LNH, Gary Bettman, à la conférence de presse annonçant le déménagement des Thrashers d'Atlanta à Winnipeg. Il était visiblement déchiré par la perte d'une franchise dans l'un des plus grands marchés des États-Unis, au bénéfice d'un petit marché canadien qui avait perdu une équipe une quinzaine d'années plus tôt. L'échec des Thrashers est le signe le plus récent que la LNH se trouve devant le même genre de dilemme que GM. Il faut une nouvelle vision pour redéfinir l'avenir de la ligue, et cette vision doit s'orienter vers le nord.

En 1995 et 1996, plus personne ne voulait être propriétaire d'une franchise à Québec ou à Winnipeg. Les profits n'étaient tout simplement plus au rendez-vous dans les petits marchés canadiens. La ligue et ses propriétaires imaginaient une LNH alimentée par les droits de télédiffusion américains. Une vision qui était d'ailleurs confortée par les investissements de géants locaux comme Ted Turner, Wayne Huizenga et Disney. La LNH avait par surcroît l'assentiment des contribuables, qui allaient subventionner la construction de nouveaux amphithéâtres comme ceux de Nashville et de Phoenix. Cependant, tout comme GM l'a découvert avec le Hummer, des investissements massifs dans un produit ne sont pas garants de son succès. Le monde change et les organisations doivent s'adapter en conséquence. L'étonnant soutien qu'a reçu récemment la nouvelle équipe de Winnipeg montre bien aux dirigeants de la LNH la pertinence d'une nouvelle vision et leur donne l'occasion de s'atteler à la tâche.

Depuis cinq ans, la LNH n'a pas cessé de soutenir ses franchises, et les déménagements n'étaient envisagés qu'en dernier recours. Mais la crise économique aux États-Unis et l'appréciation fulgurante du dollar canadien ont redéfini les bases du sport professionnel en Amérique du Nord, surtout pour la LNH. Les Ted Turners de ce monde ne se bousculent plus pour s'offrir à coup de millions de dollars une franchise de la LNH, et les contribuables n'ont plus envie de subventionner de nouvelles installations (sauf à Phoenix). L'espoir qu'avait insufflé le projet initial d'expansion aux États-Unis s'est heurté à la dure réalité.

La LNH se voit confrontée à deux réalités du marketing. D'une part, la passion l'emporte sur la taille d'un marché. Autrement dit, un marché a beau être volumineux, c'est la passion qui en détermine l'avenir. D'autre part, le hockey en Amérique du Nord demeure une industrie tributaire des ventes de billets, contrairement à certaines autres ligues majeures qui tirent une bonne part de leurs revenus des médias, des télédiffuseurs et des commanditaires. Dans un tel contexte, la passion est essentielle au succès financier de l'organisation.

La preuve ne s'est jamais démentie: c'est au Canada que la passion pour le hockey est la plus vive. La passion propulse les ventes de billets, attire les commanditaires et les médias et, si tout va bien, génère l'expansion. Conjuguée aux réalités économiques de 2011, la passion que nous avons vue à Winnipeg donne au conseil des gouverneurs de la LNH et à M. Bettman l'occasion de transformer la ligue, qui se trouve actuellement à la croisée des chemins. Souhaitons que son avenir soit dicté par la passion et par les faits. Si tel est le cas, il fera bon être Canadien, à la veille d'un retour en force d'une franchise à Québec et peut-être ailleurs au pays.