Comme des milliers d'investisseurs, je gère moi-même les actifs de mon REER ce qui m'amène entre autres à transiger des titres sur le marché boursier. Et comme des milliers d'investisseurs, ce que je crains le plus est de commettre l'une de ces erreurs d'appréciation dues aux incontournables vicissitudes de la Bourse qui poussent à acheter trop vite ou trop tard un titre et, surtout, à mal l'évaluer. Mais ce que je crains encore davantage est le premier péché capital de la Bourse dont nous avons pu mesurer certains effets lors de la crise financière: la cupidité. La cupidité qui pousse beaucoup d'entreprises à surévaluer leur potentiel, à embellir leur bilan jusqu'à, dans certains cas, inventer des activités et des opérations qui n'existent pas.

Marc Tremblay

Comme des milliers d'investisseurs, je gère moi-même les actifs de mon REER ce qui m'amène entre autres à transiger des titres sur le marché boursier. Et comme des milliers d'investisseurs, ce que je crains le plus est de commettre l'une de ces erreurs d'appréciation dues aux incontournables vicissitudes de la Bourse qui poussent à acheter trop vite ou trop tard un titre et, surtout, à mal l'évaluer. Mais ce que je crains encore davantage est le premier péché capital de la Bourse dont nous avons pu mesurer certains effets lors de la crise financière: la cupidité. La cupidité qui pousse beaucoup d'entreprises à surévaluer leur potentiel, à embellir leur bilan jusqu'à, dans certains cas, inventer des activités et des opérations qui n'existent pas.

Les 12 ou 15 dernières années ont été particulièrement fertiles en matière de scandales financiers: de la bulle internet de la fin des années 90 à la crise financière de 2007-2008 en passant par les scandales Enron, Adelphia, Worldcom, les exemples d'entreprises ayant fraudé des milliards de dollars, voire de dizaines de milliards, ne manquent pas. Ici même au Canada, nous avons eu le scandale de Bre-X qui, il y a une quinzaine d'années, prétendait détenir les plus importantes réserves d'or au monde alors qu'elle n'avait pas la moindre once du précieux métal jaune. Puis il y eut le cas célèbre de Nortel, victime de la «comptabilité créative» de son président qui a mis à mort une compagnie déjà très ébranlée par une série de mauvaises transactions. Et maintenant, Sino-Forest, une compagnie dont j'étais un malheureux actionnaire.

Comme l'indique son nom, Sino-Forest est une compagnie établie en Chine. Elle exploite des plantations d'eucalyptus et autres essences d'arbre qu'elle transforme en fibres et bois d'oeuvre pour le marché chinois. Elle possède aussi des bureaux au Canada et est inscrite à la Bourse de Toronto, ce qui techniquement en fait une compagnie «sino-canadienne». J'ai acheté les actions de cette compagnie à environ 22$ il y a à peine quelques mois avant de liquider pour moins de 5$ il y a deux semaines. À l'heure qu'il est, les actions valent à peine plus de... 2$. Qu'est-il arrivé à Sino-Forest pour connaître un tel effondrement? Sino-Forest a été accusée de fraude par Carson Block, le fondateur de Muddy Waters Research, une maison de recherche établie en Chine. Sino-Forest aurait grossièrement exagéré ses actifs en inventant des plantations qui n'existent pas afin de gonfler son bilan et propulser ses actions vers le haut.

Maintenant la question à plusieurs milliers de dollars (ma perte dans Sino-Forest...): pourquoi avoir investi dans ce satané titre? En fait, les raisons de manquaient pas: la compagnie affichait un beau bilan avec juteux profits et une rentabilité exceptionnelle, son achat était fortement recommandé par près d'une dizaine d'analystes de maisons de courtage très sérieuses et son modèle d'affaires semblait des plus attrayants. Enfin, faut-il rappeler que Sino-Forest est une entreprise qui existe depuis maintenant 16 ans, que ses états financiers ont été dûment vérifiés par des firmes comptables réputées et que ses actions (qui valaient encore il y a moins d'un mois quelque 5 milliards de dollars en Bourse...) étaient vendues à la Bourse de Toronto depuis de nombreuses années. Que demander de plus? Aurais-je dû aller moi-même inspecter les plantations de Sino-Forest en Chine? Pour votre gouverne, sachez qu'aucun des analystes financiers qui suivaient jusqu'ici Sino-Forest n'avait jamais vu de ses propres yeux les plantations de cette entreprise quand le scandale a éclaté...

Certains esprits malicieux rétorqueront que je ferais mieux de confier mes avoirs à un conseiller financier. Mais d'où ces mêmes conseillers prennent-ils leurs informations sinon des mêmes analystes des mêmes maisons de courtage... Le grand Warren Buffet a toujours dit n'acheter que ce que vous connaissez bien. À ce compte-là, nous sommes tous mieux de larguer nos actions et d'oublier la Bourse. Ou alors, faisons passer un interrogatoire serré à tous les dirigeants d'entreprise en exigeant une caution ferme contre chaque action. Bonne chance!

Il y a trois mois, je n'avais pas acheté d'actions spéculatives. Et je n'avais pas non plus l'impression d'avoir «joué» à la Bourse. J'avais investi dans ce que j'estimais être une excellente compagnie avec un modèle d'affaires gagnant. Aujourd'hui, comme des milliers d'investisseurs, j'ai presque tout perdu ce que j'avais investi dans Sino-Forest. Mon nom s'ajoute à ceux de milliers d'autres avant moi. Combien d'autres suivront?