Ça y est: le gouvernement Harper sera vraisemblablement renversé à la Chambre des communes et nous aurons des élections fédérales, ce qui provoquera des grincements de dents chez plusieurs contribuables.

Publié le 24 mars 2011
Marc Simard
L'auteur est professeur d'histoire au collège François-Xavier-Garneau, à Québec.

Ça y est: le gouvernement Harper sera vraisemblablement renversé à la Chambre des communes et nous aurons des élections fédérales, ce qui provoquera des grincements de dents chez plusieurs contribuables.

Les résultats de ces élections risquent, en effet, de ressembler étroitement à ceux de 2006 et de 2008: les choix électoraux des Canadiens, tracés pour l'essentiel depuis la dernière reconfiguration des partis, qui a vu la naissance du Bloc québécois et la fusion qui a généré le Parti conservateur, ont autant de chances de changer radicalement que les positions du pape sur l'avortement.

Peut-on penser sérieusement que les provinces de l'Ouest, qui ont accordé 71 de leurs 92 sièges aux conservateurs en 2008 et 65 en 2006, vont basculer vers le PLC ou le NPD? Leurs électeurs vont-ils se convertir aux vertus du «big government» incarné par ces deux partis? Vont-ils se défaire de leur sentiment historique d'aliénation vis-à-vis Ottawa et les partis du centre du Canada?

Au Québec, la rhétorique du Bloc fera encore mouche, avec la défense des «intérêts du Québec» et le «péril droitiste» à l'avant-plan. Les électeurs ont démontré leur perméabilité à ce discours, en lui accordant entre 38 et 54 des 75 sièges en jeu lors des six élections fédérales depuis 1993. Le spectre de la droite y fait florès et une tradition s'y est enracinée de n'accorder son vote qu'aux partis dont le chef est issu de la nation. Les libéraux y sont discrédités dans l'électorat francophone depuis le scandale des commandites et le NPD n'y a jamais percé.

Dans les Maritimes, la dépendance historique à l'égard des programmes sociaux fédéraux fera pencher la balance vers le PLC, qui y est associé, et dans une moindre mesure vers le NPD, pour lequel on y a de la sympathie, mais qui souffre du handicap de n'avoir pas d'espoir de former le gouvernement.

En Ontario, malgré le déclin progressif des libéraux (75 sièges sur 106 en 2004, 54 en 2006 et 38 en 2008), il est douteux que les conservateurs fassent davantage de gains, même s'il est possible qu'ils progressent dans les régions rurales et dans la grande région de Toronto.

En fait, cette élection va se jouer à la marge : dans la région de Québec, où le PC pourrait être laminé pour sa responsabilité fiscale face aux projets d'amphithéâtre du maire Labeaume; et à Toronto, où on ignore encore si le populisme de droite du maire Rob Ford est soluble en politique fédérale. Pour le moment, son enjeu apparaît être l'atteinte d'une majorité par le PC.

En l'absence de commotion majeure comme le scandale des commandites, qui a sérieusement amoché la crédibilité du PLC, ou l'échec de l'accord du lac Meech, qui a provoqué la naissance du Bloc québécois, le résultat des élections de 2011 ne différera que légèrement de celui des élections précédentes.

En ce sens, celles-ci auront donc été un gaspillage de fonds publics, une perte de temps. Mais devant la sclérose de la vie politique canadienne, l'apathie du gouvernement et la multiplication des scandales parlementaires, un scrutin peut être utile même s'il n'est pas nécessaire.

Si les Canadiens réélisent un gouvernement conservateur minoritaire, alors il se pourrait que le tout n'ait été qu'un coup d'épée dans l'eau, à moins que le PC n'y trouve une légitimité qui lui redonne de la vigueur ou l'amène à sortir des ornières de la politique partisane.

Si le PC obtient une majorité, la vie politique canadienne pourrait changer de façon drastique. À moins que ces élections ne débouchent, ô surprise, sur la résurrection de l'improbable coalition entre le NPD, le PLC et le Bloc?