La déclaration de la chef du Parti québécois de fermer la centrale nucléaire de Gentilly si son parti prenait le pouvoir est plutôt surprenante pour quiconque se rappelle le débat entourant le développement hydroélectrique de la Baie James.

Publié le 23 mars 2011
Raymond Garneau
L'auteur a été ministre des Finances du Québec de septembre 1970 à novembre 1976.

La déclaration de la chef du Parti québécois de fermer la centrale nucléaire de Gentilly si son parti prenait le pouvoir est plutôt surprenante pour quiconque se rappelle le débat entourant le développement hydroélectrique de la Baie James.

Rappel des faits : au printemps de 1971, le premier ministre Robert Bourassa a annoncé que son gouvernement demandait à Hydro-Québec de procéder au développement des ressources hydroélectriques de la baie James. Au plan économique, cette décision a été sans doute la plus importante qu'ait prise un premier ministre du Québec durant les décennies 1970 et 1980.

Non seulement le harnachement des rivières du versant de la baie James allait fournir de l'emploi à des milliers de Québécois durant la construction, mais surtout, la baie James fournirait de l'énergie propre pour des générations à venir. Le premier ministre Bourassa était convaincu que cette importante décision rallierait tous les Québécois.

Quelle ne fut pas la surprise de M. Bourassa et des membres de son gouvernement de constater que le Parti québécois, par la voix de son conseiller économique Jacques Parizeau, se lançait dans une campagne d'opinion tentant de démontrer que le gouvernement Bourassa faisait fausse route; que l'avenir était le nucléaire; qu'en investissant dans l'hydroélectricité, on privait les scientifiques québécois de la possibilité de participer au développement des technologies nouvelles liées au nucléaire, etc.

À l'époque, j'étais ministre des finances du Québec et le premier ministre Bourassa m'avait confié la tâche de défendre, auprès des jeunes, le choix hydro-électrique de son gouvernement contre les centrales nucléaires proposées par le Parti québécois.

Pour ce faire, j'ai participé à plusieurs débats-midi dans les cégeps et les universités. À chacun de ces débats, les jeunes supporteurs du Parti québécois étaient présents et parfois très agressifs. Après ma présentation, lorsque débutait la période de questions, les jeunes péquistes essayaient de contrôler les micros et, fascicule de Jacques Parizeau en main, me criblaient de questions. Les organisations péquistes dans les comtés relayaient aussi les théories de leur parti auprès de l'électorat.

Heureusement que le gouvernement Bourassa ne s'est pas laissé influencer par les propositions péquistes. Le projet de la Baie James fut complété.

Imaginez un instant la situation dans laquelle nous serions aujourd'hui au Québec si en 1971, on avait écouté le Parti québécois et construit des centrales nucléaires en lieu et place de l'hydroélectricité de la Baie James. Ce n'est pas une mais cinq ou 10 centrales nucléaires que Pauline Marois devrait fermer si elle formait un gouvernement.

J'aurais espéré que lors de sa déclaration de lundi dernier, Pauline Marois  se serait excusée auprès de la population, du fait que son parti ait appuyé le nucléaire contre l'hydroélectricité en 1971. Si elle s'était excusée, sa proposition de fermer la centrale nucléaire de Gentilly aurait été plus crédible.