Samedi dernier, une jeune femme de 28 ans était poignardée à mort par son ex-conjoint sous les yeux de ses fillettes de 2 et 4 ans, dans un stationnement à Drummondville. Le 24 février, ce même homme avait reçu une sentence de probation de deux ans pour voies de fait ayant causé des lésions corporelles. Il lui était interdit d'avoir des contacts avec madame, sauf pour voir les enfants. Une condition courante, une condition standard, mais non moins troublante.

Publié le 18 mars 2011
Nathalie Villeneuve<br><i>L'auteure est présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.*

Samedi dernier, une jeune femme de 28 ans était poignardée à mort par son ex-conjoint sous les yeux de ses fillettes de 2 et 4 ans, dans un stationnement à Drummondville. Le 24 février, ce même homme avait reçu une sentence de probation de deux ans pour voies de fait ayant causé des lésions corporelles. Il lui était interdit d'avoir des contacts avec madame, sauf pour voir les enfants. Une condition courante, une condition standard, mais non moins troublante.

Quand on impose un interdit de contact dans le cadre d'une sentence ou d'une ordonnance de garder la paix, c'est qu'on reconnaît que le conjoint risque de continuer à importuner la victime, de constituer une menace pour sa paix d'esprit et pour sa sécurité. Mais lorsqu'une telle menace existe, n'est-on dangereux qu'à temps partiel, qu'en dehors des moments où l'on a accès à ses enfants? Le risque disparaît-il par magie au moment d'aller chercher ses enfants dans un lieu public ou même chez sa conjointe?

L'homicide survenu samedi, en présence des enfants, nous montre bien que non. Toutes les histoires ne sont pas aussi dramatiques. Mais elles sont nombreuses, les femmes victimes de violence conjugale qui subissent le harcèlement et la violence d'un ex-conjoint au moment de l'échange de garde ou de l'accès aux enfants.

Pourrait-on éviter cela? Certainement! Une des façons serait de mettre sur pied un réseau de centres de supervision de droits d'accès, accessibles dans toutes les régions, qui répondraient à des normes de sécurité et dont le personnel aurait la formation nécessaire. L'accès aux enfants ou l'échange de garde pourrait ainsi se faire sereinement. Les intervenants judiciaires pourraient y diriger les femmes dont la sécurité est menacée. Elles n'auraient plus à chercher des endroits publics, à requérir l'accompagnement de proches ou même de la police. Elles pourraient y conduire leurs enfants, sans craindre de se faire suivre ou agresser.

Depuis bien des années déjà, nous portons ce message dans les officines gouvernementales. En acceptant vos fonctions de ministre de la Justice et de ministre déléguée aux Services sociaux, en août dernier, vous acceptiez d'être proactifs pour que tous les citoyens et citoyennes du Québec puissent exercer leurs droits, dont celui à la vie et à la sûreté. Dès lors, nous vous faisions part du manque flagrant de lieux de supervision de droits d'accès.  

En janvier, nous vous demandions de profiter du prochain plan d'action en matière d'égalité pour régler ce problème. Nous soulignions également la nécessité de mettre fin aux incohérences des tribunaux où, d'un côté de la bouche, on impose des interdictions de contact à des conjoints violents et, de l'autre, on leur octroie des droits d'accès à leurs enfants sans supervision, leur donnant ainsi implicitement l'occasion de poursuivre leurs menaces.

Combien de femmes et d'enfants devront continuer à vivre avec la peur au ventre, combien faudra-t-il encore de mortes et d'orphelins pour que nous soyons entendues?

* La lettre ouverte est adressée aux ministres Jean-Marc Fournier et Dominique Vien.