Dans son texte d'opinion («La mission syndicale doit être repensée»), un collectif de réflexion composé essentiellement d'étudiants en droit et en philosophie défend le mouvement syndical québécois contre ses quelques menues critiques ayant voix au parloir, qualifiant celles-ci au passage de paranoïa ou de pseudo-science. Fort heureusement, ces quelques collectivistes ne représentent pas l'esprit des jeunes générations du Québec qui ont à coeur leur avenir ainsi que celui de leur société.

Publié le 16 mars 2011
Jean-Hugho Lapointe<br><i>L'auteur est avocat. Il réagit à l'opinion «La mission syndicale doit être repensée», publiée mardi sur Cyberpresse.</i>

Dans son texte d'opinion («La mission syndicale doit être repensée»), un collectif de réflexion composé essentiellement d'étudiants en droit et en philosophie défend le mouvement syndical québécois contre ses quelques menues critiques ayant voix au parloir, qualifiant celles-ci au passage de paranoïa ou de pseudo-science. Fort heureusement, ces quelques collectivistes ne représentent pas l'esprit des jeunes générations du Québec qui ont à coeur leur avenir ainsi que celui de leur société.

S'il est vrai que l'on ne doit pas attribuer au syndicalisme tous les maux qui affligent le Québec d'aujourd'hui, il n'en demeure pas moins le principal porte-étendard d'un modèle social-démocrate intransigeant qui conduit le Québec tout droit vers un mur.

Il n'y a ni paranoïa, ni pseudo-science derrière la constatation du niveau d'endettement et de taxation de notre État. À l'heure où les dirigeants des grandes centrales demandent au gouvernement de hausser les impôts des citoyens déjà étouffés afin de maintenir les «acquis» de leurs membres, les générations montantes réalisent progressivement que cette philosophie est insoutenable et que leur seule participation à la grande utopie sociale-démocrate sera d'en payer la facture. De disculper les grands syndicats corporatistes de toute responsabilité dans le fiasco socio-économique du Québec, comme le fait ce collectif, est à la fois naïf et insouciant.

L'apologie du collectif débute par l'affirmation classique voulant que les syndicats soient porteurs de grands bienfaits pour les salariés. Ceux-ci se verraient accorder un pouvoir qui leur revient et seraient protégés contre le totalitarisme représenté par le sempiternel méchant dans l'affaire, c'est-à-dire l'employeur. On ferme ici facilement les yeux sur les coûts de la syndicalisation: cotisations forcées qui absorbent bien souvent les gains obtenus, conditions de travail uniformes pénalisantes pour plusieurs travailleurs afin de maintenir celles des sous-performants, réduction de la mobilité de la main-d'oeuvre, incitatifs à la non-embauche, rigidité dans la gestion, fermetures d'entreprises, et besoin insatiable de taxes et d'impôts pour l'employeur étatique, écrasant l'économie québécoise et le niveau de vie global.

Le taux de syndicalisation au Québec est le plus élevé en Amérique du Nord. L'enflure est telle qu'elle cherche maintenant à atteindre les emplois traditionnellement accessibles aux étudiants, comme les dépanneurs et la restauration rapide. Or, la hausse des coûts associés à ces emplois entraînerait une réduction de la demande de main-d'oeuvre chez les jeunes et donc une pression accrue sur le système de prêts et bourses, en plus d'amener des hausses de prix qui devront être assumées par le consommateur moins bien nanti. Et ce ne sont là que des exemples des répercussions sociales de la syndicalisation à outrance qui sont trop souvent passées sous silence.

Le collectif appuie également sur l'importance de donner une voix à l'employé. L'incohérence du discours frappe puisqu'en contexte syndical, l'employé est forcé de prêter sa voix à un représentant. S'il s'agissait véritablement d'une préoccupation, on insisterait sur la liberté d'association et on plaiderait en faveur de l'abolition de la formule Rand. L'employé qui a une voix est celui à qui l'on donne le choix de s'associer ou non à un groupe, lequel peut ne pas bien représenter ses intérêts personnels.

Dans le contexte syndical particulier du Québec, on ne peut qualifier de coïncidence le fait que notre province soit aussi l'État le plus pauvre en Amérique du Nord. L'exemple de la prospérité relative de la Suède donné par le collectif est grotesque alors que l'on sait que la Suède compte sur des systèmes de santé et d'éducation faisant davantage appel au privé et qu'elle a remplacé son gouvernement social-démocrate en 2006 par une coalition de centre-droit qu'elle vient tout juste de réélire.

Dans une économie de marché où l'embauche et la mobilité des travailleurs qualifiés sont favorisées, les ressources humaines compétentes sont des actifs prisés par les employeurs, lesquels sont susceptibles d'enchérir sur les conditions à offrir en vue de favoriser la rétention. Cependant, le syndicalisme débridé et les privilèges légaux dont il bénéficie demeurent parmi les principaux obstacles à l'émergence d'un tel processus sociétal sur le marché de l'emploi au Québec.

Un meilleur titre n'aurait pu être choisi pour coiffer le texte du collectif. La mission syndicale doit effectivement être repensée pour la ramener vers les catégories d'emploi qui justifient sa présence, comme des salariés d'usine remplaçables parfois trop aisément. Si souhaiter de meilleures conditions à chaque travailleur est un état d'esprit partagé par tous, saisir et accepter la réalité des forces économiques demeure encore le pas à franchir pour certains idéalistes.