Les dernières semaines ont donné lieu à plusieurs mises en évidence publiques de questionnement sévère et critique sur les orientations du gouvernement québécois en matière de lutte au cancer. Les constats sont malheureusement désolants à bien des égards.

Publié le 14 déc. 2010
Denis Soulières

L'auteur est hématologue et oncologue médical au CHUM.

Les dernières semaines ont donné lieu à plusieurs mises en évidence publiques de questionnement sévère et critique sur les orientations du gouvernement québécois en matière de lutte au cancer. Les constats sont malheureusement désolants à bien des égards.

Il n'existe au Québec aucune banque de données pour déterminer si ce qui est fait en matière d'oncologie est efficient ou pas, si nos soins permettent d'obtenir des résultats comparables aux autres provinces ou non. Le Québec est incapable de s'analyser formellement en matière de cancer, même si c'est depuis déjà plus de cinq ans la première cause de mortalité au Québec. Ce taux continue non seulement d'augmenter, il demeure supérieur à celui des autres provinces.

Alors, les demandes fusent: création d'une agence québécoise du cancer, approbation de nouveaux médicaments, instauration de programmes de dépistage du cancer du côlon, etc. En matière de cancer, les demandes peuvent être infinies. Nonobstant ce fait, la plupart des demandes sont légitimes et ne font que calquer des programmes existants et efficients ailleurs au Canada. Et qu'on cesse de proférer des inepties voulant que le Québec soit différent en matière de cancer. Ce sont les mêmes maladies, et les mêmes traitements!

L'Association canadienne du cancer du rein sonnait l'alarme, il y a quelques jours, exigeant, avec justesse, que les rares thérapies efficaces disponibles pour traiter cette condition le soient aussi au Québec, et pas seulement dans les autres provinces. Il est malheureux de dire que l'appel de ces patients est aussi vrai pour d'autres types de cancers.

Le ministre Yves Bolduc a sommairement répondu à leur requête pressante en disant que les budgets sont présents pour les thérapies jugées efficaces. Il y a ici omission. Le Conseil du médicament, qui conseille le ministre sur l'ajout de nouveaux médicaments, évalue non seulement l'efficacité, mais aussi la justesse du prix. Ce conseil fait des jugements qui sont de plus en plus défavorables aux thérapies anticancer, et les raisons invoquées sont largement économiques.

Le ministre a aussi annoncé une réforme générale du réseau de la santé cette semaine, basée sur un budget, mais sans objectif en matière de santé. Le monde médical de l'oncologie demande depuis plus de 12 ans un plan directeur définissant des objectifs précis. Si le Québec décide, avec tous ses acteurs et citoyens, que la réduction de la mortalité et morbidité causées par le cancer représente un objectif de santé valable et commun, que le but est de donner plus de vie et plus de qualité à la vie de gens souffrant du cancer, il est plus que temps que l'on définisse les cibles pour permettre d'avoir un impact sérieux sur la cause principale de mortalité au Québec.

La plupart des personnes impliquées en oncologie veulent que les règles soient clarifiées. Un budget supplémentaire est certes recherché, mais il doit être structurant et permettre de générer des données à partir desquelles on sera à même de vérifier si ce qui est fait atteint les objectifs visés, et si les nouveaux programmes qui sont instaurés ont l'effet positif escompté. Il faut carrément réformer l'oncologie, et pour ce faire, modifier ou abolir le Conseil du médicament et diverses instances gouvernementales pour les axer sur l'objectif d'aider les patients avec cancer. Il faut faire fi, dans un premier temps de l'objectif de contrôler le budget qu'on leur consacre.

Il est cependant envisageable, à bien des égards, que de structurer formellement et rationnellement l'oncologie permette aussi de répartir différemment certains crédits et de les imputer à des programmes plus performants.

Mais il y a une prémisse à tout cela : accepter de remettre en question le fonctionnement du sacro-saint système de santé québécois et le transformer en fonction d'objectifs de santé convenus socialement plutôt que seulement en fonction d'impératifs budgétaires. Le Québec est-il encore capable d'une révolution face à son ennemi de santé numéro un: le cancer?