Le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis a quelque chose de stupéfiant. Les électeurs américains sont à 70% convaincus que leurs malheurs actuels sont l'héritage légué par Bush et les républicains, mais ils viennent de réélire leurs bourreaux. Ils ne sont pas les seuls à se comporter ainsi face à l'inconnu. Les Soviétiques avaient chaudement pleuré Staline à sa mort. Ils en ont la nostalgie aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, sur le plan interne, les États-Unis entrent dans une zone de turbulence. En politique étrangère, rien ne devrait toutefois changer.

Publié le 3 nov. 2010
Jocelyn Coulon

L'auteur (j.coulon@cerium.ca) est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM de l'Université de Montréal.

Le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis a quelque chose de stupéfiant. Les électeurs américains sont à 70% convaincus que leurs malheurs actuels sont l'héritage légué par Bush et les républicains, mais ils viennent de réélire leurs bourreaux. Ils ne sont pas les seuls à se comporter ainsi face à l'inconnu. Les Soviétiques avaient chaudement pleuré Staline à sa mort. Ils en ont la nostalgie aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, sur le plan interne, les États-Unis entrent dans une zone de turbulence. En politique étrangère, rien ne devrait toutefois changer.

Dans une société où la gratification instantanée est la mesure ou non du succès, patienter afin de donner une chance aux réformes de porter ses fruits n'est l'objet d'aucune considération. Et lorsque cette société s'appelle l'Amérique et que ses élites lui racontent chaque jour qu'elle est la meilleure au monde, la patience fait place à la colère et à l'affolement face à ce qui est incompréhensible: si nous sommes les meilleurs alors pourquoi les choses ne changent-elles pas immédiatement? Les Américains, du moins ceux qui ont voté, chauffés à blanc par une droite haineuse, revancharde et dont le programme consiste à resservir les recettes de l'ancienne administration, viennent de se défouler. Pourtant, remplacer une majorité par une autre tous les deux ans n'augure rien de bon pour la gouvernance d'un pays, encore moins pour les États-Unis moteurs de l'économie mondiale. Cette instabilité est le reflet d'une société qui a peur, qui doute et qui comprend mal les énormes changements auxquelles elle doit se plier pour s'adapter au monde actuel. Ainsi, BMW vient d'annoncer l'ouverture d'une usine automobile en Caroline du Sud où l'ouvrier moyen touchera 15$ de l'heure. En Allemagne, le même ouvrier gagne 30$. Voilà où sont les États-Unis. Sont-ils en train de devenir le Sud de l'Occident?

Au cours des deux prochaines années, avec ce nouveau Congrès, les Américains ne doivent attendre aucune solution concrète à leurs problèmes et leurs angoisses. Ils auront plutôt droit au spectacle de la division idéologique et de la paralysie législative jusqu'à la présidentielle de 2012. Les républicains en ont fait la promesse.

Il reste donc à l'administration Obama de gérer à la petite semaine et de se tourner vers la scène internationale. Ce théâtre extérieur est, habituellement, moins mouvementé que celui de l'intérieur. La comparaison historique est ici bonne à rappeler. Bill Clinton, un autre démocrate élu en 1992, a perdu, dès 1994 et durant le cours de ses deux mandats, la majorité au Congrès. Pour autant, les échecs de politique étrangère ont été rares. Il a obtenu la ratification de plusieurs traités de libre-échange et il a engagé son pays dans d'impopulaires interventions militaires en Bosnie et au Kosovo sans rencontrer d'opposition au Congrès. Le processus de paix israélo-palestinien a connu des ratés, mais c'est bien sous son mandat que les contours d'un futur accord ont été définis et se discutent toujours.

Obama n'a, pour l'instant, rien de marquant à son actif dans ce domaine. Sa présidence est jeune. Tout de même, son grand mérite est, chaque jour, de changer l'atmosphère des relations entre les États-Unis et le reste du monde. Obama et son équipe comprennent une chose: les États-Unis ne peuvent plus encadrer, et même dicter, la marche du monde. Ils doivent l'accompagner. Certains s'en chagrinent et leur demandent de forcer les parties au conflit israélo-palestinien à s'entendre. D'autres appellent au bombardement de l'Iran afin d'en éliminer le programme nucléaire. Obama n'en fera rien. Son grand souci, comme celui de quelques républicains, je l'espère, est de trouver comment s'y prendre pour que les Américains fassent aussi bien que les Allemands.