Dans un texte d'opinion publié mardi dans vos pages, un professeur de l'UQAM, Jean-François Lessard, cite incorrectement un extrait d'entrevue que j'ai accordée à votre journaliste Nathaëlle Morissette à propos de la sortie de Jacob Tierney, en plus d'oublier quelques passages de cette entrevue... ce qui a eu pour effet de pervertir considérablement ce que je disais, si ce n'est carrément me faire dire l'inverse de ce que je pense.

Hugo Latulippe<br><br><i>L'auteur est cinéaste.</i> LA PRESSE

Dans un texte d'opinion publié mardi dans vos pages, un professeur de l'UQAM, Jean-François Lessard, cite incorrectement un extrait d'entrevue que j'ai accordée à votre journaliste Nathaëlle Morissette à propos de la sortie de Jacob Tierney, en plus d'oublier quelques passages de cette entrevue... ce qui a eu pour effet de pervertir considérablement ce que je disais, si ce n'est carrément me faire dire l'inverse de ce que je pense.

La journaliste m'a d'abord fait dire que je trouvais le débat - sur la place des néo-Québécois dans notre cinéma grand public - pertinent. Ça, le professeur Lessard oublie subtilement de le mentionner. Je suis en accord avec le constat, je ne le discute pas. Par contre, précisons que je le suis dans la mesure où l'on parle du cinéma commercial (celui qu'on voit dans les temples de boulevards). Je ne suis pas du tout d'accord si on parle du cinéma comme forme d'art, du cinéma indépendant du Québec, foisonnant et qui regorge justement des thèmes importants qui traversent notre époque, notamment l'immigration, la définition du NOUS, la modernité et ses complexités et mixités.

Ensuite, je disais: «Luc Picard est un Québécois, il incarne le Québécois, d'accord (j'aurais dû dire 'parfois', pour être certain!). Mais il est d'abord un acteur de talent, un artiste inspiré. Si l'anglophone ou l'immigrant n'est pas suffisamment marié au monde québécois pour voir cela, c'est qu'il est peut-être coincé dans une manière de voir la société qui tient du racisme ou du manque d'ouverture.»

Le monsieur de l'université, lui, me fait dire ceci: «Hugo Latulippe va même jusqu'à soutenir que si les anglophones ou les immigrants ne sont pas suffisamment intégrés à la société québécoise pour percevoir que Luc Picard incarne le Québécois, c'est qu'ils sont peut-être coincés dans une manière de voir la société qui tient du racisme ou du manque d'ouverture.»

Voyez-vous ce qu'il fait en omettant une idée au beau milieu de mon argumentaire (nuance que votre journaliste avait bien saisie, heureusement)? Il me fait dire que l'immigrant devrait accepter Luc Picard comme l'incarnation exclusive du Québécois. Je dis bien: Luc Picard est pour moi un acteur de talent, un artiste inspiré et que l'interprétation des arts et de l'expression publique en général à l'aune obstinée du tableau d'analyse racial est pour moi une manière d'aborder la vie publique qui tient du racisme, de l'obsession de la race. Voilà ce que je dis et que je dénonce.

Ceci dit, je continue de croire «qu'il y a aussi une responsabilité de l'immigrant (et de la minorité), qui consiste à épouser le monde dans lequel il arrive (il vit)». J'emprunte d'ailleurs cette idée à mon ami Boucar Diouf qui m'a souvent fait remarquer le repli sur soi des minorités ou nouveaux arrivants... Qu'on l'on peut tous comprendre, mais qui est un piège de notre temps, voir un défi de société à relever. Ensemble.