Nous voilà repartis pour une nouvelle ronde d'atermoiements, de tergiversations, de débats politiques autour d'un projet d'envergure pour Montréal, comme si le fiasco de la réfection de la rue Notre-Dame ou le lancinant projet du CHUM ne nous avaient rien appris.

Simon Prévost<br><br><i>L'auteur est président de Manufacturiers et exportateurs du Québec.</i> LA PRESSE

Nous voilà repartis pour une nouvelle ronde d'atermoiements, de tergiversations, de débats politiques autour d'un projet d'envergure pour Montréal, comme si le fiasco de la réfection de la rue Notre-Dame ou le lancinant projet du CHUM ne nous avaient rien appris.

Dans cette nouvelle saga qui commence, ou plutôt qui s'étire, au sujet de la reconstruction de l'échangeur Turcot, certains politiciens et bon nombre de citoyens semblent oublier de quoi il est question. Il s'agit bel et bien de refaire de toute urgence une infrastructure routière de première importance pour l'économie de Montréal et aussi pour l'économie du Québec dans son ensemble.

Par définition, une infrastructure routière est d'abord et avant tout un équipement à vocation économique dont la raison d'être est de permettre une certaine fluidité dans les transports des personnes et des marchandises.

Même si le maximum doit être fait pour que les infrastructures s'intègrent harmonieusement dans le paysage urbain, une autoroute ou un échangeur, c'est rarement beau ou gracieux, mais c'est absolument essentiel. Cela est particulièrement vrai dans le cas de Turcot, qui est au carrefour de voies de transport cruciales sur l'île.

Si ce n'était de la nécessité impérative de permettre avec un minimum d'efficacité le déplacement des personnes, mais aussi des marchandises, le débat serait clos et on se contenterait de mettre à terre cet horrible spaghetti qui s'effrite dangereusement. Or, si cet équipement est de première importance sur le plan économique, il faut absolument ramener le débat actuel sur les impacts économiques de choisir un projet plutôt qu'un autre, sans pour autant négliger les autres impacts qui ont été justement relevés dans le rapport du BAPE au sujet du projet du ministère des Transports.

Puisque l'échangeur Turcot a une fonction bien définie qui est de permettre la communication fluide entre différents axes routiers, il est impensable d'imaginer un projet qui aurait pour effet de réduire la capacité de circulation déjà déficiente de l'échangeur actuel au-delà de ce qui est déjà prévu dans les plans du ministère.

Les manufacturiers québécois, qu'ils soient situés sur l'île de Montréal où même ailleurs au Québec, ont besoin d'un échangeur qui leur permette dans la mesure du possible de maintenir leur capacité actuelle à faire transiter leurs marchandises vers leurs clients sur l'île et hors de l'île.

En outre, cette infrastructure est très importante pour favoriser les exportations du Québec vers l'Ontario et les États-Unis. Tout projet qui limiterait notre capacité collective d'exporter à coût raisonnable entraînerait certainement des conséquences économiques néfastes. Concrètement, les conséquences d'un échangeur inefficace sont assez directes: perte de productivité (les innombrables heures perdues dans les bouchons), perte de compétitivité, réduction des exportations, et éventuellement faible croissance de l'emploi et même pertes d'emplois.

Par ailleurs, à l'heure où les finances publiques du Québec sont dans un état lamentable, où chaque dépense publique est scrutée à la loupe, où le gouvernement tente de renflouer ses coffres de manière parfois impopulaire, nous ne pouvons souscrire à tout projet qui aurait pour effet de faire grimper substantiellement les coûts de construction par rapport aux coûts actuellement envisagés.

Toutes les discussions actuelles sont de bien mauvais augure pour quiconque espère un jour voir s'ériger un nouvel échangeur Turcot et les coûts transitoires directs et indirects grimpent à vue d'oeil. Déjà, l'échangeur actuel ne peut remplir son rôle efficacement et chaque semaine, un bout de sa structure menace de nous tomber sur la tête. Il faut absolument que l'on évite de faire avec Turcot ce que l'on est en train de faire avec le CHUM depuis plus de 10 ans ou ce que l'on a fait avec le projet de réfection de la rue Notre-Dame.