Le volcan Eyjafjallajokull est entré en éruption le 20 mars quand il a commencé à émettre de la lave par des fissures. Cette première activité s'est produite dans une zone du volcan qui n'est pas recouverte de glace. À partir du 14 avril, de nouvelles fissures sont apparues quelques kilomètres plus à l'ouest dans une partie du volcan recouverte d'une épaisse calotte glaciaire. La chaleur générée par l'éruption a fait fondre la glace, provoquant d'importantes inondations dans les zones situées autour du volcan. Les éruptions de lave se sont transformées en éruptions explosives, produisant ainsi de la cendre volcanique. Ce changement a été causé par la rencontre entre l'eau de fonte glaciaire et le magma sous la glace. La composition du magma s'est aussi transformée pour devenir plus riche en silice. Ces deux facteurs contribuent habituellement à augmenter l'explosivité des volcans.

John Stix<br><br><i>Volcanologue de réputation internationale, l'auteur est professeur à l'Université McGill.</i> LA PRESSE

Le volcan Eyjafjallajokull est entré en éruption le 20 mars quand il a commencé à émettre de la lave par des fissures. Cette première activité s'est produite dans une zone du volcan qui n'est pas recouverte de glace. À partir du 14 avril, de nouvelles fissures sont apparues quelques kilomètres plus à l'ouest dans une partie du volcan recouverte d'une épaisse calotte glaciaire. La chaleur générée par l'éruption a fait fondre la glace, provoquant d'importantes inondations dans les zones situées autour du volcan. Les éruptions de lave se sont transformées en éruptions explosives, produisant ainsi de la cendre volcanique. Ce changement a été causé par la rencontre entre l'eau de fonte glaciaire et le magma sous la glace. La composition du magma s'est aussi transformée pour devenir plus riche en silice. Ces deux facteurs contribuent habituellement à augmenter l'explosivité des volcans.

Jusqu'ici, l'éruption a été beaucoup moins importante que celles du mont St-Helens, en 1980, et du mont Pinatubo, en 1991, qui ont tous deux craché des tonnes de cendres jusqu'à plus de 20 kilomètres d'altitude. Eyjafjallajokull a seulement rejeté des cendres jusqu'à 10 kilomètres d'altitude, mais les vents dominants les ont transportées à des centaines, voire des milliers de kilomètres vers l'est.

Cette éruption est la preuve qu'un événement relativement modeste peut causer de très graves problèmes. Pourquoi? Premièrement, parce que la cendre peut être transportée sur de très grandes distances, même si elle a été émise à des altitudes relativement basses. Deuxièmement, parce que l'éruption a lieu près du couloir aérien qui passe au-dessus de l'Atlantique Nord, sans doute le plus fréquenté au monde. Troisièmement, parce qu'on a beaucoup plus conscience aujourd'hui qu'il y a 20 ans des dégâts que peut causer la cendre volcanique aux moteurs à réaction. Les autorités de l'aviation civile et les pilotes savent que la cendre peut engluer et boucher les moteurs des avions, et même entraîner l'arrêt de ceux-ci. C'est ce qui est arrivé en 1982 et une autre fois en 1989, quand les quatre moteurs d'un Boeing 747 se sont arrêtés temporairement au moment où ces avions traversaient des nuages de cendre volcanique. Les autorités et les pilotes ont donc tendance à user de la plus grande prudence.

Des mégapoles vulnérables

Les événements actuels démontrent que nous sommes de plus en plus à la merci des éruptions volcaniques. Il y a 60 ans, peu de gens traversaient l'Atlantique Nord, et la plupart le faisaient par bateau. Une éruption de cette ampleur n'aurait eu que très peu ou pas du tout d'effet à cette époque. Mais aujourd'hui, plusieurs millions de personnes dépendent d'avions extrêmement sophistiqués et excessivement coûteux pour traverser l'Atlantique Nord. Les grandes villes s'avèrent aussi très vulnérables. Depuis 50 ans, les mégapoles de plus de 10 millions d'habitants sont de plus en plus grandes et de plus en plus nombreuses. De telles villes peuvent être très affectées par des éruptions volcaniques, des tremblements de terre et des ouragans.

Que va-t-il se passer dans les jours et les semaines qui viennent? Si l'éruption continue, le volcan demeurera explosif pourvu qu'une quantité suffisante d'eau de fonte glaciaire se mélange au magma du volcan. Toutefois, si la gorge du volcan s'assèche et que l'eau ne peut plus y entrer, alors l'activité explosive se transformera en émission de lave et le problème disparaîtra. Le volcan pourrait alors retourner à l'état de dormance ou encore rester en activité pendant des mois ou même plus, comme ce fut le cas lors de sa dernière période d'activité, au XIXe siècle.