Le gala des Gémeaux, dimanche, s'est avéré la plus récente tribune de choix pour que les artistes crient leur crainte d'un gouvernement conservateur, après l'élimination de quelques programmes culturels fédéraux à hauteur de 45 millions $.

Pierre Jury

Le gala des Gémeaux, dimanche, s'est avéré la plus récente tribune de choix pour que les artistes crient leur crainte d'un gouvernement conservateur, après l'élimination de quelques programmes culturels fédéraux à hauteur de 45 millions $.

Et ce n'est pas terminé. D'autres gestes de solidarité sont prévus, la semaine prochaine, à mi-chemin dans cette campagne électorale fédérale où les conservateurs de Stephen Harper flirtent avec la possibilité d'une majorité de députés à la Chambre des communes. Une idée qui ne plaît pas beaucoup à une certaine communauté artistique, même si plusieurs, dont des gens qui bénéficiaient des programmes d'exportation culturelle, sont demeurés muets.

Mais il est de bon ton chez les artistes de décrier les faiblesses culturelles des conservateurs, autant il est de bon ton pour les conservateurs de casser du sucre sur le dos des z'artistes. M. Harper a beau insister sur son intérêt pour le piano, il n'a pas dirigé depuis deux ans et demi comme un homme qui avait un grand intérêt pour la chose culturelle. Pour les armements, le pétrole des sables bitumineux et la réduction de la taille de l'État, si. Évidemment, il avait délégué plusieurs de ces responsabilités à des ministres comme Michael Fortier - qui a joué son rôle de responsable de Montréal en distribuant quelques chèques pour des événements culturels - mais celle que les gens espéraient voir, c'était évidemment Josée Verner, à titre de ministre du Patrimoine canadien. Elle a été tristement absente de la scène, se levant tard et timidement pour parler de culture, et sans grande conviction.

La réforme de certains programmes culturels a donc dégénéré en crise parce que le gouvernement conservateur n'a pa su prévoir les coups. Dans le milieu artistique, cela fait des mois qu'il était su que des programmes d'exportation culturelle, tel PromArt, étaient sous le couperet. Cela fait même des années qu'au sein du ministère des Affaires extérieures, par exemple, des fonctionnaires ergotent sur la pertinence, ou non, de gérer des enveloppes de nature culturelle. Certains voudraient les voir abolies afin d'en transférer la responsabilité à Patrimoine canadien par exemple, ou au Conseil des arts du Canada. D'autres estiment, à l'opposé, que la culture fait partie de l'économie d'un pays et que le ministère des Affaires extérieures est justifié d'avoir la mainmise sur quelques millions à ces fins.

Le gouvernement a mal géré la crise en devenir. Plutôt que de mettre en place de nouveaux programmes comme la ministre Verner jure qu'ils s'en viennent, ils ont attendu. Cela a ajouté aux doutes des amateurs d'art au pays qui étaient déjà méfiants des conservateurs avec des projets de loi comme C-10, discuté au début 2008 et qui suggérait de retirer les crédits d'impôt à des productions cinématographiques "jugées contraire à l'ordre public". Les conservateurs, majoritairement issus de l'ouest du pays ou de circonscriptions rurales, seraient évidemment les juges de ce bon goût. Surtout qu'ils avaient comme exemple un film anodin mais au titre choc, Young People Fucking. Dernièrement, ils en ont remis une couche en justifiant les coupures culturelles pour illustrer qu'un groupe rock au nom abrasif, Holy Fuck, ne devrait pas bénéficier de l'aide de l'État pour financer des tournées à l'étranger. Ça ne leur semblait pas grave si, au passage, on coupait du même coup des subventions aux Grands ballets canadiens...

Le tollé des artistes a cours surtout au Québec, quoiqu'on l'ait aussi entendu en marge du Festival du film de Toronto, la semaine dernière.

Les plaintes de ces artistes n'effraient pas les conservateurs qui considèrent, avec raison, qu'ils ne comptent que bien peu d'électeurs dans leurs rangs. Les Bleus sont par ailleurs convaincus que ce débat n'obtient aucun écho au pays. Et que les électeurs qu'ils courtisent se disent qu'"encore une fois, une bande de Québécois se plaignent". Ce ne serait pas surprenant que bien des conservateurs se disent que ça augmente même leurs chances d'être élus !

pjury@ledroit.com