Chaque semaine, différentes personnalités nous offrent leurs réflexions sur cette période effervescente  de l'année. Aujourd'hui, La Presse rencontre l'initiatrice du mouvement zéro déchet, Béa Johnson.

Mis à jour le 12 déc. 2017
Isabelle Morin LA PRESSE

La Californienne d'origine française a marqué les esprits en faisant la démonstration qu'il est possible, pour une famille de quatre personnes, de ne produire qu'un seul bocal de déchets par année. Son mode de vie Zéro déchet prône l'idée d'une vie simple, basée notamment sur le refus du superflu et ne fait pas relâche pendant les Fêtes, quoi que puisse en penser le père Noël!

La fin de la démesure

«Avant, il fallait que je me surpasse chaque année à Noël. Ma carte de voeux devait être plus épatante, mon arbre, plus grand et plus garni, les cadeaux, plus nombreux... C'était une fantaisie excessive. La magie de Noël, je ne la vois plus comme étant féerique, mais comme de la démesure. Quelque part, on se met tellement de pression qu'on n'apprécie plus les Fêtes.»

Des décorations maison

«Financièrement, la famille a traversé un moment difficile durant la récession [après avoir connu l'hyperconsommation]. Quand est venu le temps d'acheter un sapin, on ne pouvait se permettre de dépenser 60 $ pour un truc qu'on allait mettre sur le bord du chemin au bout de deux semaines. On a décidé d'utiliser ce qu'on avait chez nous. On a entré un arbuste qui était devant la maison et on l'a décoré avec ce qu'on avait déjà. La première année a été bizarre, parce qu'on a grandi avec un sapin à Noël, puis après, c'est devenu notre Noël.»

Une expérience en cadeau

«Comme bien des gens, je demandais aux enfants ce qu'ils voulaient pour Noël. Je leur donnais des catalogues pour qu'ils me donnent des idées, ce qui leur donnait d'autres envies. Quand on a adopté un mode de vie sans déchets, on leur a d'abord offert des cadeaux d'occasion. Nos enfants s'en foutaient que leurs Playmobil soient usagés ou non. Tant qu'ils recevaient des jouets, c'était neuf dans leur tête. Ensuite, on a commencé à remplacer les cadeaux par des expériences: des coupons pour aller chez le glacier, par exemple, ou des activités. Maintenant, on ne se donne plus que ça. On ne fête même plus Noël chez nous, parce que tout le monde est à la course et qu'il n'y a plus de magie. Alors, on s'évade et on vit des expériences ensemble.»

Freiner l'entourage

«Il faut en parler avec les gens qui nous entourent et leur demander de respecter nos efforts. Au début, les grands-parents ne comprenaient pas. Il est vrai que c'est plus facile d'acheter un cadeau au magasin que d'offrir une expérience. Aujourd'hui, ça demande évidemment plus d'efforts et de réflexion. Mais au bout du compte, le cadeau est plus senti et il a plus d'impact.»

Le bonheur dans le contentement

«Notre motivation pour changer nos habitudes était environnementale au départ. On a commencé à réduire notre consommation d'eau et d'énergie, pour nous attaquer ensuite aux déchets. On a alors remplacé tout ce qui était jetable par des solutions de rechange réutilisables [...] Comme on consomme beaucoup moins, on réussit à faire 40 % d'économies sur notre budget, ce qui nous permet d'acheter bio ou de faire des voyages. Mais pour moi, le plus grand avantage, c'est une vie simple, basée sur le verbe être, et non avoir. Moins vous possédez, moins vous avez à dépoussiérer, à stocker, à réparer, à jeter, à racheter. Ça laisse plus de place pour ce qui compte vraiment. Gandhi l'a dit: «Le bonheur, c'est lorsque ce que l'on dit, ce que l'on pense et ce que l'on fait sont en harmonie.» J'estime que le mode de vie zéro déchet a fait ça pour moi.»