Celui qui ne participe pas à la préparation n’en mange pas ! Dans cette famille montréalaise, on ne badine pas avec les règles régissant la traditionnelle salade de dinde, confectionnée invariablement tous les 26 décembre avec les restes du souper du réveillon. Un rituel convivial pour allonger les festivités et éviter le gaspillage, reconduit chaque année depuis des décennies.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

« Tout a commencé quand j’étais jeune mariée et que notre mère nous recevait pour le dîner de Noël. Dans la soirée, comme on ne voulait pas cuisiner un autre repas, on s’est mis à faire une salade de dinde avec les restes », se souvient Kathleen Power, qui a repris cette tradition à son compte et la partage aujourd’hui avec sa famille élargie.

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Depuis, la date a été déplacée au 26 décembre, et ce sont les restes de dinde du souper du 24 qui sont incorporés dans la salade. Ainsi, bon an, mal an, une quinzaine d’invités se retrouvent autour de la table, et ceux qui ne veulent pas se retrouver avec une assiette vide ont plutôt intérêt à s’échauffer les poignets.

Ils apportent leur couteau et leur planche à découper, sinon ils ne mangent pas. C’est aussi simple que ça. Tout le monde coupe, et moi je brasse.

Kathleen Power

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La famille de Kathleen Power perpétue la tradition de la salade de dinde depuis de nombreuses années. Un rituel à la fois convivial et strict !

Une année, l’un des petits-fils de Mme Power a décidé de faire la grève de la découpe. Et ça n’a pas coupé : il a été condamné à regarder les autres se régaler. « On est stricts sur ces choses-là ! », rappelle-t-elle, un brin amusée.

Également draconienne, la composition de la salade s’est avérée immuable depuis le début des années 70 : dinde, laitue, concombres, radis, céleri, tomates, oignons verts, olives, sel et poivre.

Là encore, les tentatives de hors-piste ou d’ajouts fantaisistes ne sont pas tolérées ; à la rigueur, le convive qui n’aime pas l’un des ingrédients peut toujours le mettre de côté, et ceux qui souhaitent un assaisonnement ajoutent quelques cuillerées de mayonnaise.

Une salade d’invités

« Au début, ce n’était que la petite famille qui participait, et c’est vraiment devenu un événement. Des membres de la famille élargie ont appris l’existence de la tradition et ont voulu y participer. Bien sûr, nous les avons invités à se joindre à nous, mais cela reste un groupe très sélect ! Dommage collatéral de la chose : nous devons maintenant faire cuire deux dindes pour avoir assez de restes pour le 26… », raconte Guy Duguay, beau-fils de Mme Powell et fervent participant à la préparation rituelle depuis 22 ans.

Parfois, quand la famille apprend que certaines connaissances seront seules pour le temps des Fêtes, elle n’hésite pas à les convier pour les initier aux secrets de la fameuse salade.

PHOTO FOURNIE PAR GUY DUGUAY

La préparation de la salade de dinde

Une coutume qui présente moult avantages ; hormis la dose de simplicité qu’elle injecte dans une période de l’année où la logistique devient vite infernale, elle regroupe une grande partie de la famille, enraye le gaspillage alimentaire… et « évite qu’on soit obligés de manger de la dinde pendant trois semaines », indique Mme Powell, qui compte passer le flambeau de chef d’orchestre à sa fille Julie dans les prochaines années.

Entre-temps, pas question de manquer une année. « Ce serait un crime de lèse-majesté », annonce Kathleen Power. Décidément, la salade de dinde, c’est sacré !