Mais que faisaient ces Basques attroupés au pub de la Station Ho.st, chantant et dansant comme s’ils étaient 500 ? Ils célébraient la venue d’Olentzero, une sorte de « père Noël » traditionnel, la communauté profitant de l’occasion pour se retrouver et faire vivre quelques coutumes importées de ce petit coin de pays juché entre la France et l’Espagne.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Au XVIe siècle, les pêcheurs du Pays basque furent parmi les premiers Européens à sonder les rives du Saint-Laurent. Près d’un demi-millénaire plus tard, leurs descendants y sont toujours présents et continuent de faire vivre leurs coutumes : des membres de l’association locale des Basques, Euskaldunak Québec, qui compte une centaine d’adhérents à travers la province, se sont ainsi rassemblés dans un joyeux brouhaha, dimanche soir, à Montréal. Pour l’occasion, les lieux étaient tapissés de drapeaux basques, et certains invités avaient dépoussiéré leur béret.

Au menu : de la camaraderie, du mutxiko – danse en cercle folklorique – au son d’un trikitixa (accordéon typique), des chants traditionnels et, cerise sur le gâteau basque, la visite surprise d’Olentzero, personnage légendaire qui descend de sa montagne à l’occasion de Noël et du solstice d’hiver.

Bon bougre

Bien que l’on soit vite tenté de comparer ce dernier au père Noël, puisqu’il distribue des cadeaux aux petits enfants, il s’en démarque en divers points. Le visage grimé de traces noires (rappelant qu’il exerce le métier de charbonnier), béret vissé sur la tête, foulard autour du cou, il arbore un accoutrement usé par le travail. Selon les mythes, qui ont évolué au fil des siècles, Olentzero n’est pas toujours commode, voire un peu grossier, et profite de son apparition annuelle pour s’empiffrer dans la cuisine et s’envoyer une (ou deux, ou trois…) rasade de vin dans le gosier. Mais il n’a pas un mauvais fond, et ce bon bougre est aussi là pour répandre de bonnes nouvelles et ravir les enfants.

Ceux-ci étaient bel et bien présents, sagement assis dans le lieu de rendez-vous à Montréal, de même que des Basques de toutes générations, provenant de villes et villages des deux côtés de la frontière franco-espagnole.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Noël Fagoaga, président d’Euskaldunak Québec, est originaire de la ville de Saint-Pée-sur-Nivelle.

L’association organise plusieurs activités qui permettent aux Basques du Québec de se retrouver, comme des cours de langue, de danse ou de txalaparta [instrument à percussion semblable à un xylophone en bois], mais la célébration d’Olentzero, c’est important, parce que c’est un événement familial.

Noël Fagoaga, président d’Euskaldunak Québec

Récemment initié aux danses traditionnelles, Beñat Urrutia, originaire de Biarritz, offre des cours de basque durant l’année. Il s’est retrouvé à sauter au rythme de l’instrument joué par Adriano Aragoneses, natif de Bilbao. « Nous avons peu d’occasions de tous nous rassembler, alors on en profite pour se voir et parler la langue », indique celui-ci, implanté à Montréal depuis cinq ans.

Bonne humeur contagieuse

Au sein du pub, l’effervescence n’atteint certes pas l’intensité des fameuses Fêtes de Bayonne, mais la bonne humeur proverbiale de cette communauté se transmet telle une grippe hivernale entre les convives. Pendant que les adultes trinquent et racontent leurs souvenirs et projets, Iñaki Loinaz, alias Olentzero, distribue quelques cadeaux aux plus jeunes.

Au Pays basque, un mannequin à l’effigie du charbonnier est érigé sur l’esplanade des mairies de certaines villes. Lors du passage à l’année nouvelle, il est parfois brûlé, symbole de renouveau et de purification. Les Basques du Québec ne vont certes pas jusqu’à reproduire ce rituel, mais veillent à garder bien vivante la flamme de leurs coutumes, langue et culture. Et les pêcheurs d’antan lèveraient certainement leur verre à ces rassemblements, estomaqués de constater qu’Olentzero a, lui aussi, traversé l’Atlantique.