Fini l'orchestre, le champagne et le bifteck de cerf. Cette année, un DJ, quelques consommations comptées et une poitrine de poulet devront faire l'affaire.

Silvia Galipeau LA PRESSE

Pas de doute. La crise a frappé fort cette année. Résultat: une des rares traditions festives du monde du travail québécois subit une cure d'amaigrissement assez sévère merci. Plus d'une entreprise sur dix a décidé d'annuler ses festivités cette année, et le tiers ont choisi de revoir leurs concepts à la baisse.

 

C'est ce qui ressort d'un coup de sonde réalisé la semaine dernière par l'Ordre des conseilleurs en ressources humaines agréés auprès de ses 440 membres, qui travaillent pour de moyennes et grandes entreprises du Québec. «La tendance est à la compression des coûts», confirme Florent Francoeur, PDG de l'Ordre.

Il faut dire que plusieurs entreprises ont souffert cette année. Certaines ont dû se restructurer, voire faire plusieurs mises à pied. Un gros party, dans le contexte, serait pour le moins mal venu. Plusieurs, du coup, optent pour des festivités plus «raisonnables», résume le conseiller.

C'est le cas de CAE et Bombardier, qui ont toutes deux, en dépit d'une année difficile, décidé de fêter malgré tout, «pour remercier nos employés» (CAE), mais aussi pour «renforcer l'esprit d'équipe» (Bombardier), indiquent leurs responsables des communications.

D'autres font toutefois preuve de moins de délicatesse: Goldman Sachs, par exemple, a carrément annulé toutes ses festivités. «Le moral n'est pas super bon, confie Karen, qui travaille dans le bureau montréalais d'une entreprise située à Los Angeles, laquelle a également annulé tous ses partys, dans ses bureaux internationaux. Les gens se disent: d'abord le party, après quoi?»

Plusieurs organisateurs de grands événements sont les témoins directs de cette morosité du temps des Fêtes. Cette année, non seulement ils organisent moins de partys de bureau (une baisse de 20% en moyenne), mais la plupart de ceux qui fêtent dépensent aussi nettement moins (30%). Un seul spécialistes nous a affirmé organiser certes moins d'événements, mais d'une plus grande ampleur. «Ces deux derniers Noëls auront été les pires de toute ma carrière, commente Sheldon Kagan, le propriétaire de la société éponyme, qui travaille dans le milieu depuis 40 ans. Cette année, certains ont même annulé à cause de la grippe A(H1N1)! Mais je n'y crois pas. C'est juste une excuse pour couper...» «C'est énorme, se désole aussi Jason Turcotte, coprésident de Sens Concept, également organisateur d'événements. On enlève toute la magie des partys.»

Mais attention avant de signer l'arrêt de mort des partys de Noël. Certaines entreprises (on pense à l'industrie pharmaceutique), n'ont pas vraiment souffert cette année, et fêtent du coup comme toutes les autres années. Et si de manière générale, les gros partys de bureau où l'alcool coule à flots semble être révolus, plusieurs observateurs insistent sur l'importance de ce rendez-vous professionnel annuel. «Humainement, dans une entreprise, c'est très important. C'est un must, poursuit Jason Turcotte. Dans le contexte, il est important de ne pas tomber dans l'extravagance, mais il ne faut pas non plus abattre le moral des troupes!»

Le conseiller en ressources humaines Florent Francoeur abonde dans son sens: «C'est un événement important dans une entreprise, parce que c'est une des rares fois où l'organisation peut remercier ses gens, dit-il. Tout revient à la reconnaissance. On ne le dira jamais assez, mais une tape dans le dos, cela vaut presque autant qu'un cadeau en argent. Oui, les gens aiment se réaliser, mais ils ont aussi besoin de sentir que leur entreprise les apprécie.» Et dire merci, ça ne coûte pas nécessairement une folie...

Le party de Noël et vous

Important, le party de Noël? Plutôt, oui. L'an dernier à pareille date, au tout début de la crise économique, un sondage CROP, réalisé pour le compte de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, a tâté le pouls des travailleurs.

53% des 18-34 ans ont affirmé qu'ils seraient déçus si la fête était annulée.

Dans l'ensemble, tous les âges confondus, plus du tiers des membres auraient été déçus si le traditionnel party n'avait pas eu lieu.

32% des répondants trouvent que le party de Noël est la seule activité officiellement organisée pour les remercier, au cours de l'année.

«Pour une organisation, le party de Noël est une belle occasion de remercier ses employés. Les gens ne se trompent pas en y voyant une marque de reconnaissance de leur employeur. Ils ont besoin de sentir que leur patron est conscient de leur contribution. C'est humain. La reconnaissance, ça donne des ailes pour reprendre le collier en début d'année.»

Florent Francoeur, PDG de l'Ordre.

Source: Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, décembre 2008.