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Quand les rénovations se terminent en dépression

La fin des rénovations laisse parfois un grand...

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La fin des rénovations laisse parfois un grand vide. La difficulté à décrocher ou l'insatisfaction devant le résultat final peuvent laisser les rénovateurs en herbe aux portes de la dépression.

Fred A. Bernstein
The New York Times

«On me disait que je serais très soulagée quand ce serait terminé», dit-elle. Pour les travaux, il avait fallu percer un grand trou dans le mur arrière de sa maison. Maintenant, «il y avait un énorme trou dans ma vie». Soudain, plus de décisions à prendre. «Je ne courais plus à la quincaillerie pour acheter des robinets, ou de la peinture ou des poignées de tiroirs. Et je n'étais pas debout à 3 h du matin obsédée par des tuiles, raconte Mme Toth. Je me sentais vide.» Non seulement ça, mais avec la fin des rénovations, poursuit-elle, «j'étais en deuil des possibilités disparues».

  Mme Toth appelle son état «la dépression post-rénovations». Bien sûr, «ils ne distribuent pas du Wellbutrin (un antidépresseur) chez Home Depot, mais ils devraient peut-être le faire». Les rénovations sont parfois perçues comme un cauchemar - à cause des délais, des dépassements de coûts et des entrepreneurs intimidants - mais pour certains, elles sont plutôt un rêve dont ils ne voudraient pas se réveiller.

  Kevin White, psychologue de Providence au Rhode Island, explique qu'une «sévère dépression» peut survenir à la fin de tout gros projet. «C'est comme un artiste qui termine un tableau ou un écrivain qui termine un livre.» M. White, qui a rénové plusieurs maisons en Nouvelle-Angleterre, dit qu'il peut «comprendre la difficulté à décrocher après avoir été plongé» dans un projet de rénovations. Rénover - comme planifier un mariage ou s'occuper d'un nouveau-né - est «plus que prenant», assure Jill Marquiss, qui a récemment refait la cuisine de son pavillon des années 20, à Baltimore.

  Pendant des mois, les courses à faire étaient «comme une drogue», dit-elle. «Quand j'ai réalisé que c'était fini, j'étais déçue.» Une partie du problème était «d'avoir soudain plus de temps libre et de ne plus se rappeler comment le remplir», ajoute-t-elle. À sa «grande surprise», elle a même commencé à cuisiner dans la pièce qu'elle et son mari, Michael Norris, avaient passé presque un an à réaménager.

  Dans certains cas, la raison de la dépression post-rénovations est évidente : les travaux ont été un échec. Dans d'autres cas, les rénovations se sont bien déroulées, mais pas autant que dans les rêves du rénovateur. «La lumière se reflète d'une façon qui fait apparaître que les tuiles ne sont pas parfaitement droites», dit Mme Toth. (Elle avait choisi des tuiles «de couleur taupe avec des teintes bleu-vert et plusieurs éclats de coquilles et de fossiles».)

  Et un problème mineur apparaît parfois grand quand on vient d'achever le projet d'une vie. Peu importe les résultats, croit Mme Toth, «ils ne seront jamais aussi bons que ce qu'on avait imaginé». Le contrecoup est peut-être aussi l'effet d'une illusion perdue. «Inconsciemment, je croyais que de réaménager la cuisine serait réaménager ma vie», reconnaît Mme Marquiss. Mais ça n'a pas été le cas. «La cuisine était terminée, mais j'étais encore moi et Michael était toujours Michael.»

  La dépression post-rénovations peut être particulièrement sévère chez les gens qui n'ont pas d'emploi à l'extérieur. Pour ceux qui travaillent de leur domicile, ou qui ne travaillent pas du tout, les rénovations peuvent devenir l'occupation rêvée : des employés arrivent tous les matins, attendent les instructions, et personne ne conteste nos décisions. Mme Toth, de Californie, a déjà un travail à temps plein, chez Yahoo!. Mais au bureau, «on peut passer des semaines sur un projet sans voir de progrès tangible», dit-elle.

  À l'opposé, l'avancement des travaux chez elle est perceptible à tous les jours. Pendant la rénovation de sa cuisine, Mme Toth a commencé à tenir un blogue, en partie pour tester le nouvel outil de Yahoo!. Mais elle a poursuivi à la fin des travaux, puisque c'était devenu pour elle une forme de thérapie. Et elle a trouvé des gens qui ont pu l'aider, dont une amie virtuelle du nom d'Irene Au, qui venait tout juste de terminer de rénover sa maison de Palo Alto et tenait un blogue sur son expérience. Mme Toth se souvient avoir écrit qu'elle se sentait à plat après les rénovations. «Irene a immédiatement répondu qu'elle partageait mon sentiment.

  Nous nous sommes dit à la blague que nous devrions construire des maisons de campagne pour combattre la dépression post-rénovations.» Mme Toth pense sans cesse à tout ce qu'elle aurait pu faire différemment. Mais maintenant qu'elle habite avec son mari et leurs trois fils dans leur grande maison, elle sait qu'elle n'entreprendra pas d'autres travaux de sitôt. Elle se contente de proposer des idées de rénovations dans les maisons des autres. «Je leur dis : si je devais repenser cet espace, je ferais ceci ou cela. Ils sont probablement insultés.»

 




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