Vous désirez avoir une cuisine écologique et saine ? Faire des choix écoresponsables ne coûte pas plus cher, rassure la première. Si vous rénovez, avez-vous vraiment besoin de tout jeter par terre et de tout recommencer ? demande le deuxième. Ce n’est pas une science compliquée, il suffit de faire attention à certains points, assure le troisième. Voici trois visions pour alimenter votre réflexion.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Les 3 R

La designer Line Castonguay, qui s’est spécialisée en aménagement durable et enseigne à l’Université de Montréal, a mis en pratique les 3 R lorsqu’elle a rénové sa cuisine. Le désir de réduire, de recycler et de réutiliser a guidé ses actions.

« Des fois, on veut tout changer parce qu’on est tanné, reconnaît-elle. Mais on peut modifier certaines choses plus défraîchies et garder ce qui est encore bon. Cela génère moins de déchets. »

Elle a conservé la configuration de sa cuisine. Cela lui a évité de remplacer son couvre-plancher en linoléum, puisqu’il n’avait pas été endommagé. Elle a réutilisé les armoires, tout en changeant leur apparence. Elle en a ajouté d’autres afin d’augmenter l’espace de rangement. Elle a par ailleurs opté pour des plans de travail en quartz et un éclairage à DEL.

« La nouvelle mélamine est recyclée et recyclable, précise-t-elle. J’ai essayé le plus possible d’utiliser des produits locaux, recyclés et recyclables, sans COV [composés organiques volatils]. J’ai aussi prévu un espace pour quatre petits bacs. Il y en a deux pour le recyclage, un pour le compost et un pour les déchets. »

Le gaspillage lui fait mal au cœur. « Il y a moyen de faire un aménagement original en conservant certaines choses », estime-t-elle. Dans son entreprise, Castonguay Design, elle partage sa vision avec ses clients. Beaucoup veulent faire des gestes verts, mais craignent que cela coûte plus cher. Pas du tout, leur explique-t-elle.

« Réutiliser le plus possible l’existant est une contrainte de plus, dit-elle. C’est stimulant. »

Attention à la qualité de l’air

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Voici à quoi ressemblait la cuisine aménagée dans les bureaux de l’agence immobilière Via Capitale du Mont-Royal, il y a cinq ans. L’entreprise À hauteur d’homme l’a modernisée en changeant les surfaces des armoires du bas et les poignées.

La cuisine est l’endroit où il faut particulièrement faire attention à la qualité de l’air, indique Emmanuel Cosgrove, directeur général d’Écohabitation et évaluateur sénior LEED Canada pour les habitations. Les caissons des armoires, en aggloméré ou en contreplaqué, peuvent en effet libérer d’importantes quantités d’urée-formaldéhyde. C’est par la cuisine qu’entre la plus grande quantité des COV néfastes dans une maison.

Lorsqu’on envisage de faire une rénovation, il faudrait tout d’abord se demander s’il est nécessaire de tout remplacer, fait-il remarquer. « L’idéal est de relooker les caissons et les portes, estime-t-il. Après cinq ans, ils sont sains, l’urée-formaldéhyde s’est échappée. On peut être satisfait sans tout changer. »

Dans le cadre de son programme Rénovation Écohabitation, l’organisme a déterminé les 10 gestes pour refaire sa cuisine de manière écologique. Ceux-ci vont de la gestion des déchets à la sélection des électroménagers et de l’éclairage, en passant par le choix des couvre-planchers, des armoires et des surfaces des plans de travail.

Les recommandations du programme ont été suivies à la lettre lorsqu’un appartement de 850 pi2 a été aménagé dans les bureaux de l’agence immobilière Via Capitale du Mont-Royal, pour faire office de réception et inspirer clients et passants dans le Plateau Mont-Royal. 

« Nous avons une conscience écologique et nous pensons que nous pouvons changer la donne en démontrant que cela ne coûte pas nécessairement plus cher quand on fait des choix pour la santé et l’environnement », explique Nathalie Clément, courtière immobilière à la tête de l’agence.

De l’ardoise provenant du Québec couvre le sol de la cuisine. Le corian, qui émet très peu de composés volatils, a été privilégié pour le dosseret et les plans de travail. L’entreprise montréalaise À hauteur d’homme, spécialisée dans la fabrication de mobilier et de cuisines avec des matériaux et des finitions écologiques, a utilisé des panneaux de particules NU Green, d’Uniboard, pour réaliser les caissons et les façades. Ces dernières ont depuis été changées pour donner un style différent à la cuisine.

Il y a de plus en plus de produits à faibles taux d’émissions de COV, comme ceux certifiés CARB (California Air Resources Board). Ceux certifiés NAUF (No Added Urea Formaldehyde) sont encore mieux, précise Emmanuel Cosgrove. « Les cuisinistes les offrent, dit-il. Il faut les exiger. »

>>> Consultez le site d’Écohabitation

La santé au premier plan

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LEMAY

Les cuisines qui seront aménagées dans les logements locatifs du complexe Humaniti, dans le centre-ville de Montréal, seront composées de matériaux à faibles émissions de COV puisque les certifications WELL et LEED sont visées.

Chez lui, Hugo Lafrance, directeur aux stratégies durables à l’agence d’architecture Lemay, a fait le choix de ne pas rénover sa cuisine, qui a plus de 50 ans. À peine a-t-il repeint et changé les poignées des portes d’armoire. Au travail, le complexe Humaniti, au centre-ville de Montréal, est l’un des projets qui requièrent son attention. Or, les cuisines qui seront aménagées dans les logements locatifs exigent un soin particulier puisque les certifications WELL (pour la première fois au Québec) et LEED sont visées.

« Le promoteur, DevMcGill/Cogir Immobilier, voulait se distinguer en étant plus orienté vers le confort, le bien-être et la santé des occupants, explique-t-il. La certification WELL permet de s’assurer du sérieux de la démarche. »

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LEMAY

Pour assurer une bonne qualité de l’air, des matériaux à faibles émissions de COV seront privilégiés. Les armoires et l’îlot seront en mélamine de bonne qualité fabriquée au Québec (par Uniboard), certifiée à la fois CARB et NAUF. Le couvre-plancher sera un vinyle résistant, dénué de phtalates, qui a l’apparence du bois.

« Pour l’obtention d’une certification LEED, le critère de la qualité de l’air est optionnel, précise-t-il. C’est un prérequis pour la certification WELL. Une vérification est faite par une tierce partie pour s’assurer que tout a été bien fait, en prélevant un échantillon de l’air. L’interdiction de fumer dans les espaces privés et communs est un autre prérequis. »

« Pour certains produits, les grandes entreprises ont élaboré une formulation sans composantes nocives, poursuit M. Lafrance. Notre intention n’est pas d’offrir des appartements locatifs luxueux. On diminue les coûts avec des produits qui sont résistants à l’usure et n’émettent rien de nocif dans l’air. Certains types de produits, par exemple, sont proscrits, comme ceux auxquels ont été ajoutés des retardateurs de flammes, reconnus comme étant potentiellement néfastes pour la santé. »

Des matériaux à faibles émissions de COV seront donc privilégiés. Les armoires seront en mélamine de bonne qualité fabriquée au Québec (par Uniboard), certifiée à la fois CARB et NAUF. Le couvre-plancher sera un vinyle résistant, dénué de phtalates, qui a l’apparence du bois.