«Je me souviens d'une fois où les armoires de cuisine rentraient dans la maison et où la dame sortait en même temps avec ses valises!» L'entrepreneur en rénovations Réjean St-Louis est éloquent. C'est bien beau d'avoir des projets de couple, mais en matière de rénovations, pour supporter le bruit, la proximité, la saleté pendant des semaines, voire des mois, les divergences de vues sur les réaménagements ou les dépenses exagérées, il faut être fait fort...

Publié le 16 oct. 2010
Marie-France Léger LA PRESSE

Selon lui, 5% des gens qui rénovent ont la «chance» de vivre ailleurs le temps des travaux tandis que 5% sont assez riches «ou naïfs» pour partir en vacances au même moment. Reste 90% des rénovateurs qui vivent dans les travaux...

Environ 30% des couples qui voient débarquer les ouvriers à 7h, alors qu'ils sont encore en jaquette et les yeux bouffis, auraient de la difficulté avec ça., estime l'entrepreneur.  M. St-Louis, en a connu des vertes et des pas mûres en 25 ans de métier. «C'est pas évident. La chicane pogne. Les trois premiers jours, ça va. Mais à partir du 10e jour, c'est plus difficile, avec les enfants aussi ou les beaux-parents», reprend-il.

Depuis un mois et demi qu'elle est dans les travaux, avec conjoint et enfants, Marie, dans la trentaine, en a plein le dos. Elle rénove un duplex pour le transformer en maison individuelle. Travaux majeurs donc, que son conjoint mène apparemment selon les délais et en respectant le budget. Alors, quel est le problème? L'intimité...

«On est devenus des partenaires d'affaires. On ne parle que de chèques à faire, de comptes à payer, de plans d'architecte, de ci et de ça. On n'a plus aucune conversation intime», raconte Marie qui préfère garder l'anonymat. Au moins, elle et son conjoint ont pu jusqu'ici conserver leur chambre pour se réfugier, car les rénovations se déroulent dans un premier temps au rez-de-chaussée du duplex. Reste que, pour elle, la vie normale n'existe plus depuis 16 semaines. D'autant qu'il faut maintenir le rythme. Pas de temps mort ou c'est la tuile. «On n'a plus aucun temps de loisir. On est toujours dans le rush. Une étape enchaîne tout de suite après l'autre. Faut pas retarder», ajoute Marie qui a de jeunes enfants.

Marie et son conjoint en sont à peine à la moitié. Bientôt, il leur faudra déménager en bas, dormir dans le salon avec les enfants, car tout sera à aire ouverte. Avec des ouvriers dans la maison tous les jours, la poussière, le barda, le camping qui s'installe, Marie commence à pomper. Pourquoi? Parce qu'elle ne sait pas manier le marteau. Résultat: elle se sent impuissante et n'a plus qu'à remplir un rôle traditionnel de femme au foyer: bouffe, ménage et lavage. «La féministe en moi en prend pour son rhume. Je leur fais à manger (aux ouvriers), je fais le lavage de mon chum. C'est sûr qu'il a le beau rôle. Si je me plains, il me dit: "t'as qu'à prendre le marteau et le faire toi-même!" J'ai hâte d'arriver au stade de la déco», confie Marie d'un ton légèrement excédé.